Cop21 : histoire d'un échec annoncé, histoire de vraies alternatives à bâtir

Si les négociations de la Cop21 végètent déjà, même un accord contraignant permettrait seulement de polluer moins, plus longtemps. Pour élaborer des solutions véritables, conviviales et démocratiques, Il est temps de se réapproprier nos choix de vie, et de voir l'horizon des futurs soutenables et souhaitables qui s'ouvre sous nos yeux : il s'agirait de ne pas regarder ailleurs.

 

Sans surprise, les négociations de la Cop21 végètent déjà. Et quand bien même un accord contraignant serait trouvé in extremis à l'issue des négociations du Bourget, il ne permettra que de polluer moins, plus longtemps.
La Cop21 et ses promoteurs n'ont  pas le monopole des solutions contre le réchauffement climatique, bien au contraire : lorsqu'on a un marteau dans la tête, on voit tous les problèmes sous forme de clou, comme reprend Serge Latouche. Il est temps de se réapproprier nos choix de vie, et de voir l'horizon des futurs soutenables et souhaitables qui s'ouvre sous nos yeux : il s'agirait de ne pas regarder ailleurs.

 

« On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré. »
Albert Einstein

 

A Rio déjà, même les médias mainstream n’attendaient plus grand chose de ce type de sommet comme on peut le constater en lisant les unes de la presse et en particulier celle du Monde datée du 20 juin 2012 : L’économie verte déraille à Rio+20, l’article commençant par : « La conférence des Nations unies sur le développement durable, qui doit se dérouler du mercredi 20 au vendredi 22 juin à Rio de Janeiro, sera-t-elle jouée avant même d’avoir débuté ? »

Pour continuer : " La crise (comprendre économique et financière) pèse sur les négociations" .« Le cycle de négociations, qui a débuté en janvier, a pâti de la crise financière et de l’incapacité des pays industrialisés à prendre des engagements financiers clairs ainsi que l’exigeaient les pays du sud. »

Et pour conclure : « En comparaison avec le sentiment d’urgence diffusé par les nombreux experts présents à Rio, qui s’inquiètent – presque unanimement – des dangers qui menacent l’humanité si celle-ci ne parvient pas à adapter ses modes de production et de consommation à la raréfaction des ressources, combinée à la croissance démographique, les décisions concrètes qui émergeront de ce sommet risquent de paraître bien timorées. »

Plus de 40 ans après le premier sommet de Stockholm, et la publication du rapport Meadows, les travaux de Nicholas Georgescu-Roegen, mais aussi l’An 01 de Gébé, plus de 25 ans après la sortie du rapport Brundtland donnant naissance à cet oxymore qu’est le développement durable, à Rio, « on prend les mêmes et on recommence » et le refrain sans fin revient à Paris : la Cop est morte, vive la Cop !

« Lorsque l’on a un marteau dans la tête, on voit tous les problèmes sous forme de clou.» M.Twain, cité par Serge Latouche.

En fait à travers ce titre, cette introduction et cette conclusion, on retrouve toutes les contradictions que les objectrices et objecteurs de croissance dénoncent depuis déjà bien trop longtemps. Que sont croissance verte, développement durable, économie verte, comment concilier baisse de nos consommations et sauvetage de notre système économique ? On mélange tout sans jamais faire le lien entre tous ces paramètres et on utilise des expressions vides de sens.

Rio ou Paris, ce type de rencontres est voué à l’échec, comme notre société de croissance, puisqu’elles essaient de trouver des compromis entre des acteurs et des visions fondamentalement contradictoires. De plus, la plupart des organisateurs, des acteurs et des observateurs, aveuglés par leur religion de l’économie, ne s’en rendent pas compte.

Des impostures comme le développement durable, la croissance verte et de manière générale le greenwashing, sans oublier la foi dans le progrès technique et scientifique, participent à empêcher d’identifier et d’analyser le fond du problème, c’est à dire un modèle de civilisation qui est dans une impasse ! Nous faisons preuve d’une forme d’obscurantisme des temps moderne où la religion est celle de la Croissance, soi-disant seule capable de résoudre tous nos problèmes (crise économique, chômage, progrès technique, développement) mais aussi d’apporter un bonheur illusoire (profiter de la jouissance de la sur-consommation à l’occidentale).

20% de la population mondiale s’approprie 87% des ressources de la planète.

Nous vivons dans une société  institutionnellement, économiquement, financièrement mais aussi culturellement, psychologiquement, socialement et politiquement toxico-dépendante à la Croissance !
Or, comme nous le savons, une croissance infinie dans un monde fini n’est pas possible et encore moins souhaitable. Force est de reconnaître que cette prise de conscience s’élargit, mais cela n’est pas suffisant. L’enjeu est donc de sortir de la société de croissance et d’imaginer des modèles alternatifs et un chemin pour y parvenir.

Cela commence chez nous, les plus riches, là où nos modes de consommation ne sont plus soutenables et nous obligent à exploiter le reste de la planète. Il faut aussi sortir de ces politiques destructrices que nous imposons et que nous appelons, non sans hypocrisie, développement, lorsqu’il ne s’agit pas de guerre humanitaire.

Moins de biens, plus de liens.

Cela n’est possible qu’avec une sortie de notre système économique et donc en défiant l’oligarchie qui en profite !
Le plan B existe bel et bien, il n’est ni dans l’austérité, ni dans la relance mais dans la Décroissance : c’est à dire à travers une décolonisation de nos imaginaires et une transition démocratique et sereine vers des sociétés soutenables et souhaitables. C’est pourquoi, des propositions doivent être discutées :

1) De ne pas rembourser les dettes publiques, de nous réapproprier démocratiquement la banque centrale et de manière générale le système et la création monétaire.

2) A travers cette réappropriation de l’outil économique, de protéger les populations européennes afin qu’elles retrouvent de la sérénité et de l’espoir et par là même se réapproprient leurs choix de vie. Nous proposons ainsi la mise en place d’un revenu inconditionnel d’existence se déclinant de manière transitoire sous forme d’une dotation inconditionnelle d’autonomie.

3) La mise en place d’un revenu maximum autorisé.

4) La mise en place d’une transition énergétique et agricole s’appuyant une relocalisation ouverte et s’inscrivant dans le questionnement : qu’est-ce qu’on produit ? Comment ? Pour quel usage ?

5) Le remboursement de la seule vraie dette que nous avons : la dette envers les pays du sud que nous colonisons, pillons, détruisons depuis des décennies. Sans eux, leur main d’œuvre que nous exploitons et leurs ressources que nous nous approprions, nos modes de consommation seraient impossibles. A nous leur rendre ce que nous leur avons volé, et en premier leur auto-détermination !

 

Ainsi, à la vitesse de l’escargot, nous continuons à essayer d’initier ici et là, sans attendre, les cercles vertueux d’une Décroissance sereine, soutenable et conviviale !

 

 

 

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