Repenser la ville autour de l’agroforesterie

Comme une volonté d'adaptation aux conséquences du changement climatique et par soucis de repenser l'harmonie de la ville, un collectif de Budapest, s'est engagé dans l'aménagement d'un jardin forêt. On observe à travers cette expérimentation, les nombreux points qui lient agroécologie et décroissance. Explications ...

Depuis plusieurs années, nous souhaitons repenser en profondeur la ville, notamment à travers l’agroécologie. Elle se rapproche des logiques de Décroissance, par ses principes d'autonomie des citoyens, de sécurité alimentaire, de justice sociale et environnementale, ou encore à travers les notions de communs ou de low-tech. Notre terrain d’expérimentation est Budapest mais nous questionnons aussi les relations entre zones urbaines hyper-connectées et ruralité abandonnée. L’enjeu est ainsi de penser la transition à travers une autre manière de vivre les espaces pour ramener la campagne à la ville et inversement.

 

  • Une autre mobilité

Ainsi, autour de Cargonomia, qui est un collectif ouvert, nous avons d’abord questionné la place de la voiture. A Budapest, comme dans la plupart des grandes villes européennes, l’automobile occupe la majorité des espaces publics pour une efficacité des plus absurde (moins de 15 km/h en moyenne) sans même parler de ses méfaits en terme de pollution atmosphérique, changement climatique ou encore gâchis d’énergie fossile. Atelier vélo, auto-fabrication de vélocargos et remorques, centre logistique pour de la nourriture bio produite localement ont rapidement été mis en place, entre autres, en lien avec une ferme AMAP.

  • Villes fertiles

Mais, nous avons souhaité aller plus loin, en particulier inspirés par la notion de ville fertile. Budapest jusque dans les années 80 produisait une grande partie des fruits et légumes qu’elle consommait sur son propre territoire grâce à un réseau de jardins très productifs qui n’a pas résisté à l’arrivée de l’agro-business. Plus tard, au début des années 2010 a émergé un mouvement d’agriculture urbaine donnant la naissance à une quinzaine de jardins communautaires. Afin de donner plus de place à cette pratique souvent vulnérable faute d’accès a des terrains permanents et de faire émerger une agriculture plus diversifiée et intégrée à la dynamique urbaine nous avons décidé de lancer un projet d’agroforesterie urbaine en créant un jardin-forêt comestible.

  •  L'agroforesterie urbaine ?

L'agroforesterie urbaine répond à un ensemble d'enjeux climatiques, environnementaux et sociaux : effondrement de la biodiversité, îlots de chaleur, la réhabilitation et conservation des sols urbains, création d'espaces verts récréatifs et de sensibilisation autour de l’agroécologie. Il s’agit de se réapproprier des espaces ouverts souvent abandonnés à la voiture pour recréer, protéger ou valoriser des écosystèmes à la fois soutenables, fertiles, mais aussi ramener l'espace public aux citadins et créer des lieux de rencontre, de partage et de convivialité.

  • Repenser les communs ?

Comme écrit dans les recommandations du dernier rapport du GIEC, il faut planter des arbres, alors faisons le aussi en ville, pas dans des bacs mais en inventant la ville du futur, en ancrée dans la forêt pour voir le retour de la biodiversité. L'agroforesterie urbaine peut amener une autre innovation sociale. Ce projet s’inscrit dans une envie de repenser notre gouvernance des communs en particulier la question des espaces publics, de leur production de nourriture et par extension des savoir-faire, des connaissances, des outils mais aussi de l’eau, des énergies. Il s’agit d’un projet pilote et expérimental pour repenser les gratuités avec un accès ouvert et aussi créer des dynamiques collectives à travers l’animation d’ateliers participatifs et festifs : planter  des arbres, des plantes et des aromatiques, auto-fabrication de boîtes à compost, partenariat avec les voisins ou les écoles du quartier autour de diverses rencontres

  • Villes et Décroissance

A travers ce projet nous souhaitons participer à la décolonisation de nos imaginaires. Bien loin d’une approche fonctionnelle, rationnelle des territoires, l’enjeu est de relocaliser nos productions et activités, sur la base des outils de la convivialité et du « small is beautiful » : autonomie locale mais solidarité et ouverture. Il est temps de rompre avec la religion du toujours plus, de l’innovation technologique, des grands projets d’infrastructure ou encore de l’impasse de l’imposture des smart technologies. Bien loin de l’aquaponie high-tech ou des trottinettes électriques qui ne font que déplacer les problèmes, comment vraiment repenser une ville soutenable, autonome et conviviale ? L'agroforesterie urbaine est une alternative qui permettrait de valoriser les espaces verts ouverts urbains et de créer des connexions avec les zones périurbaines en rupture avec l’étalement urbain.

  • Municipalisme

Ce projet s’inscrit aussi dans une approche municipaliste ou comment repenser notre rapport à la démocratie et aux institutions. Les élections municipales auront lieu à Budapest en septembre, puis l’année prochaine en France. Ce projet que nous portons, à petite échelle, par choix et cohérence, a vocation à inspirer, susciter des débats et pousser des citoyens à s’emparer de ces questions afin de peser sur les orientations à prendre en terme de politique de la ville, en repensant et inventant de nouvelles formes de gouvernance, plus directes et participatives.

  • On avance en marchant

Ainsi, nous expérimentons l’agroforesterie urbaine en partenariat avec la mairie de Zuglo, XIVème arrondissement de Budapest, l’université d’architecture du paysage et d'urbanisme Szent Istvan, et les citoyens du quartier. La deuxième grande journée de plantation vient d’avoir lieu avec, entre autres, ateliers pour enfant, déjeuner végétarien à base de légumes bios et locaux. Nous espérons voir des projets similaires apparaître partout, en réponse à l’effondrement qui a commencé mais encore plus afin de ré-enchanter la vie et le vivre ensemble.

 



Vincent Liegey, essayiste, co-auteur d’ « Un Projet de Décroissance » et coordinateur de Cargonomia

et

Paloma de Linares, doctorante en agroforesterie urbaine, département d'architecture du paysage, SZIE Budapest.

 

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