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Billet de blog 19 avr. 2022

Exercice d'écriture sur le thème de l'Amour - Atelier de Six-Cent-Soixante Simones

Un autre registre que mes articles habituels : l'écriture. J'ai participé à quelques ateliers d'écritures de l'association Six-Cent-Soixante Simones, animée par Marion et Pauline Harmange (autrice de "Moi, les hommes, je les déteste" (Seuil), de "Aux endroits brisés" (Fayard) et de "Avortée" (Daronnes)). Elle organise un club de lecture et des ateliers d'écritures, sur des thèmes mensuels.

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Je voulais vous partager un de mes exercices, lors de l'atelier ayant pour thème "l'Amour". La consigne était d'écrire la suite du premier paragraphe en choisissant parmi trois propositions :

Sacha et Charlie s'étaient donné rendez-vous dans le café-bar qui avait accueilli leurs révisions de partiels, leurs déconvenues amoureuses et leurs après-séances de cinéma. L'endroit était plein de souvenirs que ni Sacha ni Charlie ne savait plus comment interpréter. Depuis le retour de Sacha, cette soirée chez leur amie commune où leurs regards s'étaient aimantés, il s'était passé quelque chose, une électricité, il était impossible de le nier. Ce rendez-vous, aujourd'hui, n'avait qu'un but : en avoir le cœur net, ou du moins, éclaircir la situation. Il faisait beau, le ciel était bleu, et derrière lui les étoiles s'étaient peut-être alignées.

Peut-être. D’aucun ne saurait le dire, entre vous et moi, entre Charlie et Sasha. En tout cas, il était certain que l’étoile de Charlie n’avait pas été au rendez-vous. Celle-ci arriva en retard, le portable déchargé et la robe de travers. Il aurait été peu de dire qu’elle était nerveuse et quand elle était nerveuse, la vie ou la bonne étoile la boudait. Une conjonction d’événements inattendus, dramatiques venait accabler notre pauvre héroïne, dont l’attention se dispersait si souvent. Le matin même, toute chamboulée de l’électricité de la veille, toute angoissée par la perspective de savoir ou non si l’élu incongru de son cœur serait assez original pour l’aimer en retour _ Enfin, aimer est déjà un bien grand mot, employé si tôt, mais Charlie aimait avant tout rêver _, elle s’était levée, sans avoir rechargé son téléphone, son réveil en panne et n’ayant aucun moyen de tomber sur l’heure qu’il était. Ajoutez à celui une pincée de chaos, de cheveux en bataille, de chaussettes qui trainaient dans la chambre, suffisamment pour perturber le sens de l’orientation de Charlie, pour qu’elle perde la notion du temps et le sens des priorités : quelle tenue adéquate pour un premier rendez-vous galant, où la première impression déterminerait tant la suite des événements ? Par quoi commencer ? Se brosser les cheveux, les dents ? Se doucher aurait été déjà la première des priorités. Quelle robe ? Quelle coiffure ?

Une fois toutes ces questions épineuses posées, il fallait sortir, se diriger dans la rue et ne surtout pas écouter les élucubrations inutiles de son cerveau. En apercevant l’heure dans le métro, elle paniqua et fut encore plus en retard : elle se trompa de station, de rue, se retrouva derrière toutes les personnes les plus lentes de la ville, qui avaient décidé de sortir toutes en même temps pour ralentir Charlie ce matin-là.

Arrivée dans le café-bar, Charlie mit au moins une heure _ c’est une façon de parler _ avant d’apercevoir Sasha, qui en était peut-être à son deuxième ou troisième espresso. C’est qu’il était gentil, ça change de tous les autres. Non, Charlie, ce n’est pas le moment de repenser à tes ex et tous ces incapables de l’amour.

Après une énième bouffée d’air dans ses poumons, le millième battement de cœur, de ce cœur coincé dans sa cage de faraday, qui débordait de bondir sur le carrelage et de se cacher dans un trou au lieu d’affronter son destin, Charlie se décida à saluer Sasha et se confondit tellement en excuse que ses phrases, ses mots se mélangeaient.

Le regard de Sasha posé sur elle lui sembla encore plus brûlant et intimidant que la veille, qu’elle ne parvint pas à ranger son capharnaüm verbal. Mais le jeune homme n’avait pas besoin de mot avec Charlie. Il n’avait pas besoin d’eux pour la comprendre. Il comprit tout de suite et, très solennellement, la rassura en se levant et en lui tendant une main, profondément humble devant elle.

Charlie lui serra la main, tellement rassurée de retrouver un peu de la poésie guindée de ses romans. Un homme qui serre la main, en costume trois pièces, c’est exactement ce qu’elle recherchait, et bonus qui ne gâtait rien, Sasha avait cet éclat de gentillesse et de modestie dans le regard, qui donna à son geste très formel et étrange, un charme désuet mais chaleureux.

Charlie s’installa sur la chaise en face et commanda exactement ce que Sasha s’imagina : un chocolat viennois. C'est là qu’il tomba amoureux.

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