Contre la haine. Soutien au Collectif Contre l’Islamophobie en France

Nous, personnels queer de l’éducation, tenons à exprimer notre tristesse et notre douleur face à l’assassinat de notre collègue Samuel Paty, et notre soutien le plus sincère à sa famille et ses proches.
Dans les derniers jours, le débat médiatique et politique a rajouté l’abject à l’horreur dans son ciblage des associations musulmanes et c'est pourquoi nous nous exprimons : ce crime atroce ne doit pas servir un agenda politique islamophobe. Nous apportons notre soutien au Collectif Contre l’Islamophobie en France (CCIF), menacé de dissolution par le ministre de l’Intérieur depuis hier. La diffamation dont le collectif est victime et qui porte sur sa supposée responsabilité dans l’assassinat terrible de Samuel Paty est abjecte. Le prétexte à cette accusation réside dans une vidéo mise en ligne par un parent d'élève où, dénonçant le professeur avant le drame, il avait appelé à contacter le CCIF et l'inspection académique pour mener une action. Le CCIF était en phase de prise de renseignement et n'a, à aucun moment, communiqué sur cette histoire avant la mort de Samuel Paty.
Depuis 2003, le CCIF mène une veille de documentation de l’explosion de l’islamophobie et organise le soutien légal des personnes qui la subissent. Cette action est nécessaire et participe avec énergie à la lutte contre le racisme et les discriminations. Nous refusons l’instrumentalisation de notre profession, par un État qui n’aura eu de cesse de fragiliser nos conditions de travail. Brandir la liberté d'expression, soi-disant symbole de notre république, un an après la mise en place du devoir de réserve pour les enseignant·es dans le cadre de la réforme “pour une école de confiance” apparaît comme un paradoxe cynique et arrogant.

Une telle décision serait un coup très grave porté à la lutte contre le racisme et plus largement aux droits démocratiques. Il est crucial que nous nous battions pour la liberté d’expression et la liberté de travailler contre l’ensemble des discriminations et des violences qui les perpétuent. Nous devons soutenir à la fois l’ensemble de la communauté enseignante et de la communauté musulmane qui est aujourd’hui encore victime d’amalgames. Les efforts qui travaillent à faire taire le CCIF sont précisément des formes de pression pour taire des voix dont nous avons besoin pour vivre dans une société où la liberté d’expression est bien vivante.

Des membres de l’association Queer Education

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