La visite de Manuel Gattaz à la City

Le premier ministre français Manuel Valls était hier à Londres, où il a notamment prononcé un discours au cœur de la City, temple de la finance. Outre sa petite phrase « My government is pro-business », le premier ministre a aussi remis en cause trois acquis sociaux chers à la gauche : le repos dominical, les 35 heures de Martine Aubry et même … les montants selon lui trop élevés de l'assurance-chômage. Une question se pose : Manuel Valls serait-il en train de dépasser Pierre Gattaz et même Nicolas Sarkozy, pour devenir le chantre du libéralisme ?

Le premier ministre français Manuel Valls était hier à Londres, où il a notamment prononcé un discours au cœur de la City, temple de la finance. Outre sa petite phrase « My government is pro-business », le premier ministre a aussi remis en cause trois acquis sociaux chers à la gauche : le repos dominical, les 35 heures de Martine Aubry et même … les montants selon lui trop élevés de l'assurance-chômage. Une question se pose : Manuel Valls serait-il en train de dépasser Pierre Gattaz et même Nicolas Sarkozy, pour devenir le chantre du libéralisme ?

Manuel Valls ne semble pas vouloir finir de si tôt son tour d’Europe du libéralisme. Le premier ministre français aime l'entreprise, et ne cache plus du tout son admiration pour la politique de l'offre. En français, en allemand ou en anglais, les pulsions libérales et refoulées depuis deux ans et demi de l'ancien maire d’Évry semblent se bousculer pour sortir de son être. Pire qu'une attaque contre l'aile gauche du PS, c'est aujourd'hui l'ensemble de son électorat qu'est en train de perdre le tandem exécutif Hollande-Valls.

Car le premier ministre a franchi un nouveau cap dans sa croisade pro-libérale, qu'il mène contre l’interventionnisme des Montebourg, Hamon ou autre Filipetti. Depuis leur débarquement du gouvernement, Valls semble être un autre homme, et on commence à se demander si sa prochaine intervention ne sera pas une demande à l’État de s'en tenir uniquement à ses fonctions régaliennes, comme le prônait Adam Smith, père fondateur du libéralisme. Inutile de perdre son temps à reparler du discours du Bourget, de trahison, etc.. car, aujourd'hui, le constat est sans appel : le premier ministre marche dans les pas de Pierre Gattaz et de … Nicolas Sarkozy.

Ainsi, le sort du repos dominical semble être plié depuis un bon moment, au bonheur de Pierre Gattaz, le patron du MEDF y voyant l'occasion de créer des milliers d'emplois. Mais en s'en prenant aux 35 heures et à l'assurance-chômage, Manuel Valls se retourne même contre son propre camp, les 35 heures étant l’œuvre de Lionel Jospin et Martine Aubry, ses prédécesseurs aux hautes responsabilités gouvernementales sous la gauche. Ainsi, l'assouplissement de la durée légale de travail est également prôné par Pierre Gattaz, dans son document de travail sur les pistes à étudier pour parvenir à la création d'un millier d'emplois, mais également par N.Sarkozy, dans son interview au Figaro le week-end dernier, où l'ancien chef de l’État énonce « ses propositions pour la France ». Quand à la référence à des allocations chômages jugées trop élevées et pénalisant le retour à l'emploi, elles auraient indirectement fait l'objet d'un référendum si Sarkozy avait été réélu (et qu'il avait tenu sa promesse en cas de réélection). Pour l'anecdote, même Pierre Gattaz n'a pas osé s'y attaquer ouvertement ces dernières semaines. Un premier ministre socialiste qui dit ouvertement ce qu'un patron du MEDEF n'ose pas dire par peur de froisser les syndicats, c'est du jamais vu dans l'histoire de la cinquième république.

Manuel Valls a aussi confirmé la fin de la taxe à 75% à partir du premier janvier 2015, qui représentait l'un des derniers bastions fiscales de la gauche. Mais cela est presque anecdotique par les temps qui courent.

 

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