Quentin Pasquiou
Abonné·e de Mediapart

12 Billets

0 Édition

Billet de blog 20 sept. 2014

Supprimer les centimes pour relancer l'inflation ?

Il y a trois jours, par l'intermédiaire d'un communiqué, l'agence Eurostat a annoncé les chiffres définitifs de l'inflation au mois d'août pour la zone euro. Celle-ci est faible, très faible avec une augmentation des prix de seulement 0,4%, très loin de l'idéal de 2% fixé par la BCE. De plus, dans certains pays européens, on assiste même à une baisse des prix, avec par exemple une déflation de -0,5% en Espagne le mois dernier. Il y a plus d'un an, la commission européenne avait menée une enquête sur l’hypothétique suppression des pièces de 1 et 2 centimes, avant de se résigner, remettant en cause … l'inflation (à l'époque de 1,3%). Alors serait-ce le moment ou jamais ? Et si, finalement, la suppression de ces pièges pouvait permettre à la zone euro d'échapper à une spirale déflationniste tant redoutée ?

Quentin Pasquiou
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Il y a trois jours, par l'intermédiaire d'un communiqué, l'agence Eurostat a annoncé les chiffres définitifs de l'inflation au mois d'août pour la zone euro. Celle-ci est faible, très faible avec une augmentation des prix de seulement 0,4%, très loin de l'idéal de 2% fixé par la BCE. De plus, dans certains pays européens, on assiste même à une baisse des prix, avec par exemple une déflation de -0,5% en Espagne le mois dernier. Il y a plus d'un an, la commission européenne avait menée une enquête sur l’hypothétique suppression des pièces de 1 et 2 centimes, avant de se résigner, remettant en cause … l'inflation (à l'époque de 1,3%). Alors serait-ce le moment ou jamais ? Et si, finalement, la suppression de ces pièges pouvait permettre à la zone euro d'échapper à une spirale déflationniste tant redoutée ?

Mi-mai, l'année dernière, la commission avait publiée une enquête* sur la non-utilité des pièces de 1 et 2 centimes, qualifiées « d'objet sans valeur » et qui, comme l'avait analysé Jessica Dubois**, journaliste pour La Tribune, coûteraient 1,4 milliards d'euros à frapper et mettre en circulation, soit « quatre fois plus cher que leur propre valeur », selon la journaliste. Cependant, se posant la question de leur suppression, la commission avait fait machine arrière s'inquiétant des effets d'un arrondissement général des prix sur … l'inflation (alors de 1,3% dans la zone euro). Plus d'un an et demi après, le cercle déflationniste est en train de devenir la hantise des institutions et gouvernements européens. Alors, supprimer ces fameux centimes serait-ce une solution ? Il s'agit en réalité d'une fausse bonne idée.

En effet, on distingue l'inflation de l'inflation ressentie. Ainsi, l'inflation calculée par exemple par l'INSEE prend en compte un panier de biens très divers, allant de la baguette de pain à la dernière tablette numérique. Ainsi, cette inflation là semble en péril, notamment du fait de la baisse des prix des biens durables (outils informatiques, électroménager …). Alors que l'inflation ressentie se limite aux produits de première nécessité des consommateurs. Ainsi, les français seront par exemple bien plus sensible à l'augmentation de la tablette de beurre que celle de la dernière tablette numérique. C'est tout ce paradoxe et cet écart de calcul qui explique une différence toujours plus importante entre la mesure de la hausse des prix par les économistes et le ressenti des consommateurs. Ainsi, une suppression des centimes viendrait augmenter les prix des produits de première nécessité, et creuserait donc encore un peu plus cet écart entre inflation « réelle » et inflation ressentie. Fausse bonne idée, disait-on.

De plus, il s'agirait encore une fois d'une mesure monétaire, après la baisse historique du taux directeur à 0,05% et la mise en place d'un taux de dépôt négatif par la BCE. Sans oublier le TLLTRO, programme de refinancement massif des banques européennes. Or, comme l'a déclaré Mario Draghi à Jackson Hole, « la politique monétaire ne peut pas seule faire remonter l'inflation », c'est désormais aux états de la zone de se mettre (vraiment) au travail.

*http://ec.europa.eu/economy_finance/euro/cash/coins/pdf/1_2_eurocoins_en.pdf

** http://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/industrie-financiere/20130514trib000764504/vers-la-fin-des-pieces-de-1-et-2-centimes-d-euro-.html

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Santé
Maltraitance en Ehpad : une indignation feinte et insuffisante
Les pouvoirs publics font mine de découvrir que le puissant groupe Orpea se joue des règles dans ses Ehpad. Mais la maltraitance, les conditions de travail dégradées et la répression syndicale sont sur la table depuis des années,  sans que jamais le système de financement ne soit remis en cause.
par Mathilde Goanec et Leïla Miñano
Journal
Le logement menacé par la financiarisation
Un rapport commandé par le groupe écologiste au Parlement européen et publié jeudi dresse un tableau inquiétant de la financiarisation du logement sur le Vieux Continent. Avec, souvent, l’appui des pouvoirs publics.
par Romaric Godin
Journal
La grande colère des salariés d’EDF face à l’État
Ulcérés par la décision du gouvernement de faire payer à EDF la flambée des prix de l’électricité, plus de 42 % des salariés du groupe public ont suivi la grève de ce 26 janvier lancée par l’intersyndicale. Beaucoup redoutent que cette nouvelle attaque ne soit que les prémices d’un démantèlement du groupe, après l’élection présidentielle.
par Martine Orange
Journal — France
Macron 2017 : la preuve que l’affaire a été enterrée
Le préfet Cyrille Maillet, nommé par Emmanuel Macron à la tête d’un service du ministère de l’intérieur, a personnellement classé l’enquête concernant des prestations de sécurité suspectes durant la campagne présidentielle, avec des motifs fallacieux et contre l’avis de trois sous-directeurs.
par Fabrice Arfi, Antton Rouget et Marine Turchi

La sélection du Club

Billet de blog
En Afghanistan, on décapite impunément les droits des femmes
Les Talibans viennent d’édicter l’interdiction de toute visibilité du visage féminin dans l’aire urbaine, même celle des mannequins exposés dans les commerces. Cette mesure augure mal pour l’avenir des droits de la population féminine, d’autant qu’elle accompagne l’évacuation forcée des femmes de l’espace public comme des institutions, établissements universitaires et scolaires de l’Afghanistan.
par Carol Mann
Billet de blog
Traverser la ville à pieds, être une femme. 2022
Je rentrais vendredi soir après avoir passé la soirée dehors, j'étais loin de chez moi mais j'ai eu envie de marcher, profiter de Paris et de ces quartiers où je me trouvais et dans lesquels je n'ai pas souvent l'occasion de passer. Heureusement qu'on m'a rappelé, tout le trajet, que j'étais une femme. Ce serait dommage que je l'oublie.
par Corentine Tutin
Billet de blog
« Je ne vois pas les sexes » ou la fausse naïveté bien-pensante
Grand défenseur de la division sexuée dans son livre, Emmanuel Todd affirme pourtant sur le plateau de France 5, « ne pas voir les sexes ». Après nous avoir assuré que nous devions rester à notre place de femelle Sapiens durant 400 (longues) pages, celui-ci affirme tout à coup être aveugle à la distinction des sexes lorsque des féministes le confrontent à sa misogynie…
par Léane Alestra
Billet de blog
Les crimes masculinistes (12-12)
Depuis une dizaine d'années, les crimes masculinistes augmentent de manière considérable. Cette évolution est principalement provoquée par une meilleure diffusion - et une meilleure réception - des théories MGTOW, mais surtout à l'émergence de la communauté des incels, ces deux courants radicalisant le discours misogyne de la manosphère.
par Marcuss