Pour un rééquilibrage entre politique de l'offre et politique de la demande !

En étant critique envers la politique économique menée par le gouvernement (elle demande notamment sa « réorientation ») lors d'une interview donnée au Journal du Dimanche (JDD), Martine Aubry ne se contente pas seulement de prendre implicitement la tête des frondeurs. La maire de Lille propose également un rééquilibrage entre politique de l'offre (aides aux entreprises) et de la demande (aides envers les collectivités et les ménages), qui pourrait être le compromis gagnant permettant de sauver le quinquennat Hollande.

En étant critique envers la politique économique menée par le gouvernement (elle demande notamment sa « réorientation ») lors d'une interview donnée au Journal du Dimanche (JDD), Martine Aubry ne se contente pas seulement de prendre implicitement la tête des frondeurs. La maire de Lille propose également un rééquilibrage entre politique de l'offre (aides aux entreprises) et de la demande (aides envers les collectivités et les ménages), qui pourrait être le compromis gagnant permettant de sauver le quinquennat Hollande. 

On savait Martine Aubry lassée par les baisses de dotations aux collectivités, qui devront se passer de 3,7 milliards d'euros l'année prochaine, tout en devant résorber un déficit de 9,2 milliards d'euros qui pénalise le retour de la France dans les clous budgétaires de Bruxelles, le déficit des collectivités entrant en compte dans les critères de Maastricht. Elle était également montée au créneau suite à l'abandon en province de la mesure phare de la loi Duflot sur le logement : l'encadrement des loyers. Hier, en demandant un changement d'orientation de la politique économique elle a , du point de vue politique, plus ou moins implicitement pris la tête du groupe des désormais fameux frondeurs socialistes.

 Mais Martine Aubry a surtout préconisé une politique économique basée sur le compromis entre l'offre et la demande, et qui pourrait s'avérer gagnante, tant en terme de reconquête de l'électorat, que de résultats. Ainsi, elle propose de diminuer par deux les aides aux entreprises (de 40 à 20 milliards d'euros : pacte de responsabilité), pour les réserver uniquement aux entreprises en contexte de forte concurrence internationale (et qui doivent donc se démarquer par une forte compétitivité, rendue possible par la baisse du coût du travail), ainsi que les entreprises qui embauchent et investissent (soient les contreparties initiales du pacte). Les 20 milliards restants permettraient ainsi aux collectivités locales de jouer leur rôle d'acteur économique majeur, et de donner plusieurs coups de pouce aux ménages pour relancer la demande, plutôt que de finir dans les poches des actionnaires et d'alimenter une hausse des dividendes de plus en plus forte.

En coupant la poire en deux, entre offre et demande, Martine Aubry pourrait également obtenir le soutien de plusieurs poids lourds de l'aile gauche du PS comme … Arnaud Montebourg. En effet, l'ancien ministre du redressement productif, puis de l'économie, démissionnaire du gouvernement Valls à la rentrée car en désaccord avec la politique économique menée par son ancien allié, est tout de même resté pendant deux ans dans un gouvernement menant une politique pro-entreprise. Signe de son dévouement pour une politique combinant à la fois offre et demande. 

Malgré la fin de non-recevoir exprimée par François Hollande dimanche lors du séminaire sur l’attractivité qui se tenait à l’Élysée, cette sortie médiatique de l'ancienne première secrétaire du parti socialiste pourrait donc à nouveau faire bouger les lignes au sein de la majorité. Et François Hollande n'a de toute façon plus rien à perdre.

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