Comment et pourquoi l'occident a assassiné Keynes...

Qu'est-ce qui coince ? Pourquoi la politique économique et budgétaire occidentale ne peut-elle plus fonctionner ? Trump, Philippe : même arme, même combat !...

 

On a les économistes qu'on mérite... mais ils font tout ce qu'on leur a appris...

On en a de la chance d'avoir des économètres aussi pointus !...

"Ils" ont appris et retenu que le seul levier à la disposition du politique depuis le "new deal" rooseveltien des années 30 est de type keynésien. Point-barre.

Pourtant et clairement, sans aucune autre alternative théorique, aujourd'hui comme demain : le résultat, c'est le mur !

En même temps la fonction du système de formation des élites des républiques occidentales n'est pas, surtout pas, de leur permettre de penser par elles-mêmes mais d'appliquer des procédures estimées efficaces, théoriquement et pratiquement efficaces.

Rien à dire donc, le personnel, formé (Usiné ?) pour cela, fait le travail.

La question est : qu'est-ce qui coince et pourquoi ?

Ce bref rappel est destiné aux lecteurs pas nécessairement tous familiers des  politiques économiques gouvernementales, non seulement française mais européenne et occidentale.

Le bagage économique opérationnel servi à l'ENA comme dans toute l'université occidentale est concentré sur deux facteurs, la "croissansommation" des ménages et les investissements nécessaires pour la servir.

Le premier "sous-jacent" : le système économique est en constante expansion et doit conduire à une société harmonieuse dans laquelle, grâce à la régulation par le marché, cœur du libéralisme, convergent naturellement besoins individuels et besoins collectifs.

Depuis 1929, "dépression" américaine, il est admis par les tenants du libéralisme eux-mêmes, que le chemin vers la convergence idéale par le marché, n'est pas naturellement bordé de roses et que rôle gestionnaire de l'état, au delà de ses tâches régaliennes, est déterminant dans le "pilotage" économique.

D'où la fameuse réponse keynésienne : le capitalisme d'état.

C'est ultra simple, le revenu disponible des ménages est soit consommé, soit épargné. En agissant politiquement par collecte et dépense publiques, tantôt sur la consommation, tantôt sur l'épargne, l'état assure le "coup de pouce" économique soit en finançant directement une aide aux entreprises via sa dépense,  soit en augmentant le revenu disponible directement ou par une baisse du niveau de sa collecte, soit en manipulant support légal et/ou taux de rémunération de l'épargne afin qu'elle s'investisse dans… l'investissement des entreprises précisément.

La politique économique de l'occident c'est la combinaison plus ou moins fine et intelligente de ces éléments.

Et ça marche… depuis 1933… et disons jusqu'au début du 21ème siècle.

Le second "sous-jacent" de l'économie dite "classique" : le procès de production repose sur la combinaison de deux facteurs, le capital et le travail. La "mondialisation" est "automatique" puisque tous les pays sont censés obéir aux mêmes lois économiques et que la convergence besoins individuels et besoins collectifs est assurée par "la main invisible" du marché, international, à travers les échanges.

AUCUN économiste sérieux, Marx inclus, ne remet en question le modèle économique "classique". Cela ne signifie pas pour autant que ce modèle soit le bon ni même qu'il soit unique. Toujours est-il qu'il est planétairement dominant et qu'aucune alternative crédible et opérationnelle ne parait possible… TINA donc.

Le bémol, c'est que l'économie "classique", libérale ou pas, implique pour fonctionner, une division internationale harmonieuse du procès de production… çà, c'est "le troisième sous-jacent"… celui qu'aucun économiste n'analyse ou révèle… et qu'aucune université occidentale n'enseigne… et surtout pas l'ENA…

L'explosion de la croissance chinoise depuis le début du 21ème siècle induit deux évolutions théoriques majeures. La séparation "disruptive" entre mode de production et mode d'appropriation peut rendre le capitalisme "vertueux", la seule confiscation nationale du procès de production "impérialise" l'économie dans tous ses aspects.

La rémunération chinoise du facteur travail est sinon "juste" du moins nationalement suffisante pour permettre d'une part de créer ex nihilo une "classe moyenne" évaluée et évolutive à 500 millions de ménages gloutonnement consuméristes (80 % de la production nationale) et néanmoins dotée d'un taux d'épargne brut de l'ordre de 50%, d'autre part d'inonder le reste de la planète d'artefacts industriels (qui directement et indirectement représentent environ 80% de l'économie mondiale...) à des coûts occidentalement "inconcurrentiables" puisque marginaux.

Ici il faut être parfaitement clair… la responsabilité de "la confiscation" du procès de production par la Chine incombe intégralement au capitalisme occidental. Les entreprises occidentales n'ont plus aucun intérêt à investir en occident, voire à investir tout court, en dehors de joint-ventures chinois. Réaliser des marges, en exploitant le travail chinois à l'achat et les consommateurs occidentaux à la vente, en lieu et place de profits capitalistes "classiques", est le moteur de la mutation du capitalisme industriel en capitalisme marchand. LA cause, unique, de la désertification industrielle occidentale et de la casse sociale ajoutée : les miettes de la rémunération du facteur travail ne sont plus ni nécessaires, ni distribuées.

Il faut également bien comprendre que "la part chinoise" des soi disant exportations intra-européennes, spécialement allemandes, n'est pas statistiquement prise en compte… ce qui autorise les "économètres" occidentaux à croire, contre toute réalité, que notre déficit d'échange avec la Chine, uniquement direct donc, n'est pas une préoccupation majeure… (Hors USA, où et puisque l'unité nationale l'autorise, le constat est le bon même si la "réponse", benoîtement protectionniste, est mauvaise)

Pourquoi, dans ce contexte réel, allons-nous dans le mur ?

L'extraordinaire envolée du crédit hors sol (217 000 Mds Usd de "dette mondiale" en 2017...), sans plus aucun lien avec les capacités d'engagement et la solvabilité des opérateurs occidentaux (ménages, entreprises et… états) a provoqué l'assèchement de l'épargne de ces mêmes opérateurs. Entre béquille à la paupérisation occidentale avérée, fausses solutions (recours effréné à l'endettement massif) apportées à l'explosion des subprimes titrisés à l'automne 2008 (1000 malheureux Mds Usd estimés à l'été 2007...) et création de la zone euro le 01/01/2002 ce double attentat, économique et politique, envers les peuples concernés sur fond de grand marché européen fantasmé, plus aucune politique keynésienne n'est possible… en occident.

Soutenir la "croissansommation" occidentale c'est d'abord soutenir la croissance chinoise. Soutenir l'investissement c'est bonifier les marges engrangées par les pseudos industriels occidentaux ainsi qu'engraisser ses "amis" nationaux avec, en France et au premier rang, Bouygues et Vinci… "quand le bâtiment va... tout va !" c'est l'essentiel du niveau économique de l'Ena. Attaquer les "bas de laine"… ça, c'est fait !... sans résultat…

"Ils" ont tué Keynes, une deuxième fois… et là... c'est un assassinat.

L'avenir économique de l'occident c'est le consumérisme subventionné sur un marché vassalisé.

La seule bonne question à poser : qui doit payer, celui qui cause la situation et en profite ou celui qui subit ?...

Ceci n'est apparemment pas la problématique des gouvernements occidentaux… De Trump à Philippe... c'est pourtant bien le même problème : c'est le logiciel, il est obsolète... même les plus grands larbins du capitalisme occidental doivent le comprendre...

Contre l'évidence du réel, les politiques économiques des états occidentaux persistent à lier revenu disponible et production "classique" alors que valeur et croissance ne sont désormais plus engendrées que par le marché lui-même. La solvabilité de la demande occidentale ne repose plus sur la rémunération du facteur travail, et il est de moins en moins possible de l'asseoir, de la béquiller par le crédit, le butoir est enfoncé. Il est désormais indispensable d'envisager une autre approche.

La demande consumériste n'est plus salariée du capital… il n'est plus possible de la "financiariser" par le système bancaire… il devient impératif que le capitalisme industriel devenu marchand consente de nouvelles "miettes" prélevées sur ses marges. Il est devenu indispensable de faire payer un ticket d'entrée, un droit d'accès au marché occidental, par les entreprises qui en tirent non plus des "profits" classiques... mais des marges commerciales. C'est la condition de la réanimation de Keynes…

Le salarié ne l'est plus mais il demeure, aujourd'hui artificiellement, consommateur, indispensable au système capitaliste… occidental... et un peu chinois aussi, ce qui explique d'ailleurs la grande "serviabilité" financière de ce dernier.

Clairement l'avenir économique du capitalisme occidental n'est plus productiviste mais, et quasi exclusivement, consumériste.

L'occident est devenu réductible à un marché dont la solvabilité, pour être pérenne doit être assurée par une contribution de substitution à la rémunération du facteur travail…

Aussi "douloureux" qu'il soit, ce "partage" obligé ne peut être qu'une ponction réalisée sur la marge, puisque celle-ci est désormais substituée à la réalisation du profit "classique", générateur des "miettes" de la rémunération du facteur travail qui, une fois encore et aujourd'hui, ne sont ni plus nécessaires, ni plus distribuées.

La politique budgétaire de l'occident ne peut plus consister dans la contention des dépenses publiques, il est indispensable d'imposer le prélèvement de nouvelles recettes sur ceux qui profitent "mécaniquement" de l'exploitation du système capitaliste marchand avec la bénédiction d'états complices qui regardent ailleurs.

AUCUN programme politique occidental n'incluant pas un "revenu universel" en capacité d'assurer la solvabilité du marché... ET le financement de ce revenu par une taxation spécifique de l'excédent brut d'exploitation (EBE*) des entreprises importatrices, directement ou pas, depuis la Chine principalement (En Europe il en va de même de la réforme de la TVA... d'amont...) n'a une quelconque chance de fonctionner... AUCUN... de droite ou de gauche...  La "souveraineté" du peuple n'est plus que relative, en Europe comme partout ailleurs en occident.

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*EBE : L'Excédent Brut d'Exploitation (EBE) est le lieu comptable et économique, l'agrégat en fait, où se concentre la marge réalisée par les entreprises capitalistes commerciales et pseudo industrielles qui, devenues de simples transitaires de productions chinoises principalement, dans tout l'occident, importent désormais et quasi exclusivement des artefacts (finis et semi-finis) qu'elles blanchissent sous labels nationaux et revendent directement, ou indirectement sous forme de pseudo exportations, Allemagne en tête, aux consommateurs occidentaux (mais pas que...), tels quels ou après simple assemblage, sans plus rien produire d'autre que casse sociale et désertification en occident... et surtout pas de "valeur ajoutée".

En occident, valeur et croissance ne sont plus liées à la production mais dépendent, désormais quasi exclusivement, du marché consumériste.

Prôner des "entreprises sans usines" quand le sous-traitant s'appelle la Chine n'est pas sans conséquences, le cynisme économique doit avoir un prix et c'est au peuple de le fixer.

L'avenir économique de l'occident c'est le consumérisme sur un marché vassalisé. Il est certes permis de le déplorer... mais il faut l'admettre, l'admettre et s'adapter parce que pour l'heure il n'existe pas d'alternative opérationnelle crédible.

J'ignore tout de celui qui, un temps (dans les premiers mois du regrettable quinquennat de F. Hollande) préconisât la taxation de l'EBE mais une chose est sûre l'érection d'une statue à cet "économiste inconnu" est une nécessité historique tant sont rares ceux qui savent quoi faire.

Hélas ! Comme manifestement il n'aimait pas l'entreprise... fantôme, cet hérétique visionnaire, assurément galiléo-copernicien, fut promptement jeté aux oubliettes... par nos énarques avec, soyons-en sûrs, un "Ouf !" lobbyisé des "médefiens" réunis, solidaires et... soulagés de ne pas l'être !...

En France, les marionnettistes de l'entre-soi, l'Ena et le Medef, sont autrement plus solidaires et autrement plus efficaces aussi que... les "politiques" face... aux alternatives "révolutionnaires"... qu'ils jugent dangereuses... parce qu'efficaces... précisément.

 

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