Aux "imbéciles de gauche qui ne changent pas d'avis"…

Une "union de la gauche" pour inventer... le reste.

 

Adresse aux "imbéciles de gauche qui ne changent pas d'avis"…

Au-delà des discours, sectes et chapelles… il devient un peu urgent de débattre… directement… et de proposer… directement… entre citoyens responsables.

La première des analyses concerne le danger : Présidentielles 2017… second tour… Le Pen : 33.9 %... Oui ou non un vote second tour, celui qui impose un véritable choix, un instant de vérité sociale au-delà des stratégies, à 33.9 % pour Le Pen signifie-t-il qu'aujourd'hui en France plus d'un français votant sur trois soutient objectivement des idées objectivement fascistes ?

Il est clair qu'il se trouvera toujours des réponses nuancées… il est clair aussi que se prétendre à gauche ET voter Le Pen peut paraître incompatible, incohérent en fait et… définitivement.

Donc et de là, il s'agit de s'adresser aux seuls électeurs de gauche qui n'ont pas voté Le Pen et qui n'envisagent, en aucun cas, de le faire, ceci pour d'emblée circonscrire l'auditoire de gauche et éviter malentendus et grands écarts.

Je m'adresse donc bien ici et uniquement aux "imbéciles de gauche qui ne changent pas d'avis".

La seconde analyse concerne l'offre de gauche. Force est de constater que le choix est pléthorique. Tellement ouvert qu'il va de LREM à LO… en passant par EELV. L'ouverture à gauche est telle qu'elle ne signifie plus grand-chose… d'autre que l'expression d'une "sensibilité"… Que sont les convictions devenues ?

Macron affirmant la colonisation en "crime contre l'humanité" n'est pas moins de gauche qu'un Mélenchon déclarant : " Partout, le libéralisme a diffusé le venin de la fin des solidarités, de la compétition de chacun contre tous, l’accoutumance à la précarité et à la souffrance du vivant…"

Il est permis de s'interroger : Qui n'est pas à gauche… à gauche ?...

Du "libéralisme de gauche" au "révolutionnarisme" tonitruant… l'écart est tel que même la droite dite "républicaine" y trouve son compte… tout autant que le gauchisme soixante-huitard. Aussi distendue… l'offre de gauche a-t-elle un sens ?...

Dans un tel environnement, "l'imbécile de gauche" ne doit-il pas purement et simplement s'affranchir de sa représentation, de sa propre "sensibilité", cesser de vouloir "se reconnaître" pour (ré)apprendre à se connaître, pour s'attacher à ses valeurs et s'interroger sur ce qu'elles sont ? A-t-il même aujourd'hui un autre choix ?

Clairvoyance inaccoutumée, Mediapart découvre que c'est le(s) pouvoir(s) en place, qui utilise(nt) Le Pen en repoussoir "utile"… quoi d'étonnant à ce que le parti successful soit avant tout celui du "celui qui y est" ni de droite… ni de gauche… donc… d'abord celui du "tout sauf Le Pen"… Chirac, Sarkosy, Hollande ou Macron… à des degrés divers… et des personnalités différentes… les politiques sociale et économique mises en œuvre sont-elles, elles, si... différentes ?

"Oui, la gauche fait une politique de droite... la différence, c'est qu'elle, elle en souffre !..." (A. Métayer) Est-ce suffisant ? Sisyphe peut-il être heureux le doit-il ?

De manière diffuse… la France s'interroge… la stratégie du "tout sauf Le Pen" est-elle encore suffisante… pour tout endurer en son nom… n'est-il pas venu le moment du changement… de l'alternative ?…

Avec un report de voix du premier au second tour de 33.9-21.3 = 12.6 % il est permis de penser qu'une partie significative de la droite dite "républicaine" a répondu… sachant que Le Pen traditionnellement "fait le plein" dès le premier tour… et, espérons-le, que "les imbéciles de gauche qui ne changent pas d'avis" demeurent nombreux.

Toujours est-il que cette interrogation diffuse a pour effet mécanique de cantonner restes de droite "républicaine" ET gauche "sensible" rassemblée… à 66.1 % des français votants… ce qui ne peut que faire regretter le ratio 50/50 gauche/droite qui prévalait jusqu'alors… avec un total invariant. Le grand chambardement provient de la gauche… sans revenir sur les errements stratégiques des uns et des autres…  les 6,36 d'Hamon ajouté au 19,58 de Mélenchon ne font que 25.94… dans les 66.1 %... même si ils suffisaient à sortir Le Pen au 1er tour... on ne le répétera jamais assez...

Il n'y a aucun doute à avoir… dans ce contexte dangereux une "union de la gauche" positionnée en alternative porteuse de changement ne peut pas être un assemblage de "sensibilités" de gauche avec juste une étiquette : "union de la gauche"… ce n'est même pas envisageable…

Il va falloir positionner quelque chose de plus… substantiel… de beaucoup moins consensuel, d'infiniment plus dérangeant : une "union de la gauche" ne plaira pas à tout le monde… surtout pas à l'entre soi du Medef et de l'Ena.

Une "union de la gauche" sera "révolutionnaire"… mais "froidement"… fiscalement en fait… "tranquille" en somme ou elle ne sera pas… et il à craindre que "l'offre de gauche" couchée (LREM PS), au mieux mendiante (FI EELV) ou compulsivement politique (PC Gs) voire très haut perchée (NPA LO) devant "l'entreprise sans usine" et ses marionnettes administratives d'état, ne puisse y pourvoir… l'alternative Le Pen progresse…

Il est temps que la gauche, ses "imbéciles" surtout, rangent leur sébile… et sortent… leurs crocs.

La troisième analyse… pourrait/devrait concerner directement "les imbéciles de gauche qui ne changent pas d'avis" mais en dehors de "l'offre de gauche", défaillante…: Que doit être une alternative de gauche ? Et accessoirement qui doit la porter…

La principale question, celle qui fonde d'abord la crédibilité et la "faisabilité" d'une "union de la gauche" pertinente, c'est celle du budget, quels moyens mettre en face d'un changement politique radical d'orientation sociale et économique ?...

Le sous-jacent de cette question est : Pourquoi ? Pourquoi changer radicalement de politique sociale et économique…

Il faut bien comprendre ici que le budget… n'est ni le comment, ni le quoi… il s'agit ici d'un préalable, de la condition sine qua non.

Il faut en premier lieu admettre que les marxistes… se sont trompés… mais qu'ils ont raison… maintenant.

Il faut "actualiser" Marx  c'est la première des conditions pour comprendre le pourquoi.

En allant vite… depuis le début de ce siècle l'explosion économique chinoise a rebattu les cartes, changé radicalement la donne du capitalisme occidental.

Clairement nous sommes passés quasi intégralement d'un capitalisme industriel à un capitalisme marchand.

La cause unique de la désertification industrielle comme de la paupérisation associée est à rechercher dans l'exploitation du facteur travail chinois en lieu et place du facteur travail occidental avec pour conséquence l'absence de nécessité de distribuer les miettes de la rémunération de ce dernier.

Le capitalisme occidental ne réalise plus de profits en combinant capital/travail… il réalise des marges commerciales que ce soit sur des finis ou des semi-finis il achète... pour revendre en l'état ou après assemblage.

Il n'assure plus la solvabilité de la demande consumériste qui se trouve béquillée par ce que la planète occidentale appelle finance et qui n'est, en réalité, que du crédit hors sol monétarisé (sans plus aucun lien avec la solvabilité et les capacités d'engagement des opérateurs économiques : ménages, entreprises, états) et qui, privé de contrepartie économique crédible, menace d'exploser à tout moment... en occident.

En fait, c'est parce que le capitalisme occidental n'a pas répondu à la question de ce siècle - l'usine du monde est en Chine, pourquoi croissance, emploi et innovation demeureraient-ils en occident ? - qu'aujourd'hui il est permis de considérer que  "La grande bourgeoisie dominante a rempli sa mission historique; non seulement elle n'est plus capable de diriger la société, mais elle est devenue un obstacle…" F. Engels (1877)

Pourquoi changer radicalement de politique sociale et économique ?… Parce que c'est devenu nécessaire… d'un point de vue matérialiste historique.

Il est indispensable que le capitalisme occidental concède une part de sa marge, représentative de la rémunération du facteur travail qu'il ne distribue plus, ne serait-ce que parce qu'il a intérêt à subventionner, et de manière pérenne, la demande consumériste puisque c'est un peu la condition de sa survie.

C'est pourquoi le question du budget est un préalable à une "union de la gauche" et la principale question aussi.

Ensuite viennent les questions du quoi et du comment…

Il ne s'agit pas de "refaire le monde" ni même de "réinventer la roue"… mais de définir un socle commun… juste ça…

Avant tout chose… une "union de la gauche" c'est se donner les moyens d'inventer… le reste.

Sur fond "d'implication limitée" un "programme commun" en 3 points : réforme de la fiscalité pour assurer un budget pérenne et casser la spirale du crédit toxique, nouvelle constitution pour restituer une légitimité populaire démocratique incontestable aux institutions républicaines, instaurer de réelles garanties citoyennes en matière de vie sociale... de revenu principalement… ça devrait suffire.

Question aux "imbéciles de gauche qui ne changent pas d'avis" : voyez-vous quelque chose qui ressemble à ça dans "l'offre de gauche" ?...

Une autre vraie bonne question : QUI ?... qui a aujourd'hui, ici et maintenant, le plus de légitimité pour porter une "union de la gauche", une alternative nécessaire... historiquement nécessaire.

N'est-ce pas d'abord aux "imbéciles de gauche qui ne changent pas d'avis" de décider de qui est… populaire et pas populiste ?

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.