Faut il actualiser Marx ?

Trop de simplets le prennent pour une auberge espagnole

 

Il faut "actualiser" Marx…

D'abord parce que c'est un peu chiant à lire, y a pas d'images, pas de graphiques limpides, pas de statistiques implacables, c'est même pas "tweetable"...

ensuite parce que trop de simplets le prennent pour une auberge espagnole en lui tordant le bras,

puis parce que ses hagiographes amis, les marxolâtres, marxiens voire même marxistes, en ont fait Nostradamus et qu'ils le torturent depuis des décennies pour cause de manquements… en le rendant responsable de ne pas y arriver…

aussi pour ses hagiographes ennemis… déclarés, compulsifs ou pas, les marxophobes,  tenants des "sciences molles", tous un peu trop contents que le bon peuple soit passé à autre chose… de moins politiquement dangereux... de plus "sociologique"... d'infiniment plus acceptable pour leurs intérêts... convergents... une manière de preuve ontologique, par le "libéralisme socialiste" et l'écologie aussi, que la terre est plate et que le soleil tourne autour...

Seulement voilà : le monde a changé… très vite...

Désolé… Marx n'a pas tout prévu… surtout pas la Chine communiste…

Désolé… Marx a tout prévu… surtout les limites de l'appropriation capitaliste "classique".

Marx est un économiste "comme les autres"… un économiste "classique" donc. Rien dans son discours ne remet en cause le mode de production capitaliste. Certes le capital résulte bien de l'appropriation du facteur travail, c'est bien du "travail mort", mais le procès de production résulte de la combinaison de ces deux facteurs… le capital et le travail… l'interrogation marxiste est simple : "Depuis que l'économie politique avait établi que seul le travail est la source de toute richesse et de toute valeur, on devait fatalement se demander comment il se fait que le salarié ne reçoive pas toute la valeur produite par son travail et doive en abandonner une partie au capitaliste."

C'est ici que, quand même, on peut dire qu'il exagère… il fait preuve d'une trop grande rigueur… que "le salarié ne reçoive pas toute la valeur produite par son travail et doive en abandonner une partie au capitaliste" c'est le "toute" qui gène… dans le monde d'aujourd'hui… "une partie au capitaliste" soyons clairs c'est devenu "normal"… mais la question reste bonne…

Et c'est là qu'il est possiblement pris en défaut… il est parfaitement concevable de dissocier le mode de production capitaliste de son mode d'appropriation… sans modifier ses autres caractéristiques. Ici le communisme chinois fait exemple… Bien évidemment les inégalités existent en Chine… et au moins autant qu'ailleurs… "Les riches"… est-ce pour autant le problème… pour qui n'est ni névrosé ni revanchard évidemment… pas simplet en fait… juste  pragmatique, radicalement.

La "classe moyenne" chinoise évolutive à 500 millions de ménages, dispose d'un revenu disponible tel qu'il permet d'afficher un taux d'épargne brute de l'ordre de 50% et un niveau de consommation établi à 80% de la production intérieure… il devient difficile de considérer les chinois comme des crèves la faim surexploités… ainsi, si le niveau de rémunération n'est pas "juste", dans un absolu marxiste, il se révèle suffisant, nationalement suffisant, pour assurer un développement économique endogène "harmonieux" et pérenne au moins sur les 25 prochaines années selon le 19ème Congrès du PCC (octobre 17… 2017).

Hasard de l'économie et coïncidence historique… depuis le début du 21ème siècle… le développement de la Chine, harmonieux donc, laisse un excédent de production, consommation intérieure déduite, de l'ordre de 20 %... excédent produit à un coût marginal… totalement "inconcurrentiable" donc… ce reliquat, exportable à vil prix, ne pouvait que tenter et plus le capitalisme occidental…

Ce que Marx ne pouvait absolument pas prévoir ni même pressentir c'est la pure et simple désertion du capitalisme occidental… plus du tout intéressé par la recherche du profit maximum… même plus par la plus-value arrachée au salarié, la source de la rente… pas davantage par la nécessaire reconstitution de sa force de travail… même plus par la transformation du facteur travail en capital… ce que les marxophobes appellent investissement… tout juste inquiet de la paupérisation avérée… de son ex-salarié et néanmoins consommateur indispensable à sa survie…

Survie pour l'heure essentiellement béquillée par le crédit monétarisé, tellement hors sol - sans plus aucun lien crédible avec la solvabilité et les capacités d'engagement des opérateurs économiques (ménages, entreprises et états) - que la bonne question à laquelle les marchés ne manqueront pas de répondre, inévitablement, est devenue : accumuler, certes, mais quoi et à quelle valeur ?

Quasi instantanément… et pendant que les européens discutaient "plombier polonais" sur fond de délocalisation "régionale"… le capitalisme occidental s'interrogeait… Pourquoi produire encore en occident cher et inconfortable… entre syndicats et normes contraignantes… quand il me suffit d'acheter, produits finis et semi-finis, en Chine et de revendre… tel quel ou après assemblage, principalement en occident… mais pas que… ce en réalisant une marge commerciale supérieure à un profit espéré ?...

Que se passe-t-il ?... Europe et USA font… la même chose… ils blanchissent… ils nomment nationales des… importations chinoises directes ou indirectes... principalement… en rêvant à des "entreprises sans usines"… un bien bel exemple nous est fourni par le "modèle allemand" (1)… mais la France n'est pas en reste (2)… les chiffres parlent… clair et net.

Désertification, casse sociale et envolée du crédit hors sol n'ont qu'une seule et même cause, unique : l'exploitation du facteur travail chinois en lieu et place du facteur travail occidental qui rend la distribution des "miettes" de sa rémunération quasi inutile… en occident.

Les artefacts industriels, directement et indirectement… c'est 80% de l'activité économique mondiale, c'est le cœur du problème.

La dimension politique de cet état de fait n'est pas intégrée…(3) (4)

Tout a changé autour des politiques confortablement installés dans le capitalisme monopoliste d'état newlook, la superstructure, principalement keynésienne, de la gestion du capitalisme, du "système"…

C'est très précisément ici que Marx, équivalent philosophique économique et politique de Galilée + Copernic, a tout compris et tout prévu…

Nous y sommes… effectivement et peut être pas uniquement pour les raisons "mécaniques" qui fondent cette affirmation… mais c'est ici et maintenant que et force est de le constater : "La grande bourgeoisie dominante a rempli sa mission historique; non seulement elle n'est plus capable de diriger la société, mais elle est devenue un obstacle…"... essentiellement faute d'avoir répondue à la question de ce début de siècle : l'usine est en Chine comment et pourquoi croissance, emploi et innovation demeureraient ils en occident ?

Représentatif des "miettes" de la rémunération du facteur travail occidental qui ne sont aujourd'hui plus distribuées en occident, le subventionnement de la demande consumériste occidentale par un financement spécifique directement opérée sur la marge commerciale des entreprises importatrices DIRECTEMENT ou INDIRECTEMENT (via l'Allemagne principalement) n'est une option ni pour les peuples occidentaux, ni pour le capitalisme occidental...

La "révolution" n'est pas souhaitable… elle est nécessaire… elle sera "froide", fiscale, ou ne sera pas.

Réalisé avec l'aimable concours de F. Engels (1877) (5)

(1) LA RÉUSSITE... A L'ALLEMANDE

(2) Pour une vision primitive du capitalisme occidental…

(3) La très compréhensible incompréhension économique occidentale

(4) Comment et pourquoi l'occident a assassiné Keynes...

(5) Les deux principales découvertes de Marx, par Engels (Blog de Jean-marc B)

 

 

 

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