L’incendie de Notre-Dame de Paris: L’erreur commise.

Nous en savons un peu plus sur l’incendie spectaculaire qui s’est déclaré hier à la Cathédrale Notre-Dame de Paris. Une alarme incendie s’est déclenchée 23 minutes avant que le feu ne commence à ravager la toiture de la cathédrale. Un dysfonctionnement grave et assez flagrant qui aurait pu être évité. Comment ? On vous explique tout..

Incendie Notre Dame de Paris avec les pompiers de paris © Pompiers de Paris
 

 

       

 

 Nous avons appris ce soir qu’une première alarme d’incendie s’est déclenchée à 18h20. Cela veut dire quoi ?  Cela veut dire qu’au moins une tête de détection ( un ou des DAI ) a été sollicitée  dans un premier temps.

 “ Le procureur de la République, Rémy Heitz, a expliqué qu’il y avait «eu une première alerte à 18H20 suivie d’une procédure de levée de doutes mais aucun départ de feu n’a(vait) été constaté». «Il y a eu une deuxième alerte à 18H43, et là, le feu a été constaté au niveau de la charpente. Entretemps, l’église avait été évacuée puisqu’une messe avait débuté peu avant”. 

  En fait, il ne s’agit pas d’alerte mais d’alarme. L’alerte c’est quand on appelle les pompiers ( Centre de secours ). L’alarme c’est quand un détecteur automatique d’incendie ( DAI) est sollicité, ce qui fut le cas pour la Cathédrale Notre-Dame de Paris.

 Cela se passe comment ? Les détecteurs d’incendie installés dans les combles de l’édifice ont signalé une présomption de départ de feu par l’analyse des micros éléments dans l’air ambiant.

  Les détecteurs peuvent être sollicités soit par des flammes soit par la fumée soit par une augmentation importante des températures soit par l’ensemble de ces éléments.

  Un signal est envoyé automatiquement au SSI ( Système de Sécurité Incendie ). Sur la partie SDI ( Système de détection incendie ), une alarme sonore et visuelle est déclenchée indiquant en rouge “Alarme Feu”. Cela s’est produit à 18h20.

  L’agent présent 24h/24 devant le SSI reçoit l’information  , fait un arrêt signal sonore, lit soigneusement l’intitulé et l’adresse de l’alarme feu. Une fois qu’il a noté l’adresse du détecteur sollicité il effectue la levée de doute.

  C’est quoi l’adresse du détecteur. C’est l’endroit exact où se trouve le détecteur. L’agent doit se rendre à cette adresse et retrouver le détecteur en question.

  Comment peut-il savoir que c’est tel ou tel détecteur qui a été sollicité ? C’est très très simple. En se rendant à l’adresse indiquée, le led du détecteur sollicité sera allumé.

  On ne finit la levée de doute que si l’on retrouve ce détecteur. On ne peut faire un retour à l’endroit où se trouve le SSI sans avoir fait correctement sa levée de doute.

  Si l’agent avait retrouvé ce détecteur, on aurait certainement évité qu’une bonne partie de la cathédrale parte en fumée. Un agent compétent connaissant bien son site retrouve le détecteur sollicité en moins de 5 minutes. 3 minutes en général sont largement suffisants.

  Et à ce stade, le départ de feu peut être facilement circonscrit avec l’aide d’un simple extincteur.

  Que nous dit-on ? Que cette levée de doute effectuée à partir de 18h20  n’a pas permis de découvrir un départ de feu. Le problème est là et non ailleurs.

   Plusieurs questions se posent. L’agent chargé de faire la levée de doute a-t-il vraiment trouvé le détecteur sollicité ? Avait-il la bonne adresse du détecteur ? A-t-il vraiment fait une levée de doute ? Connaît-il vraiment son site ?

   En règle générale, si l’on trouve le détecteur en question , on constatera forcément pourquoi il a été sollicité. Et à supposer qu’on ne constate rien, l’agent demande le réarmement de la centrale SSI.

   S’il y a vraiment un feu ( c’est-à-dire que l’alarme n’est pas intempestive) la centrale SSI continuera à sonner et à indiquer “ Alarme Feu”, “Alarme Feu” de manière continue, à moins d’inhiber (isoler) le ou les détecteurs sollicités.

   Donc il est impossible d’avoir que deux alarmes ( ou que deux alertes comme le disent le procureur de Paris et l’ancien architecte de la cathédrale qui font preuve d’une grande ignorance dans l’usage de la terminologie utilisée en matière de sécurité incendie ) si on a un départ de feu. 

   Ce n’est qu’à 18h43 que le feu a été constaté de manière flagrante. Cela signifie que le feu a débuté à 18h20 et que la levée de doute n’a pas été effectuée comme il faut, d’où cet incendie spectaculaire qui a ravagé les deux tiers de la toiture de l’édifice.

   Entre 18h20 et 18h43, on aurait dû avoir des dizaines de détection et non deux. Si on n’en a eu que deux, c’est qu’il y a un énorme problème qu’il va falloir tenter d’expliquer.

   Le coup du bug informatique qui aurait donné une mauvaise adresse sur le détecteur est tout simplement un gros gros gros mensonge. Les libellés des détecteurs doivent être vérifiés périodiquement par des sociétés de maintenance du SSI ( ça peut DEF, ça peut être Siemens, ça peut être Chubb, ça peut être SNEF pour ne citer que les plus connues). Cela a-t-il été fait correctement ?

   Si le détecteur donnait une mauvaise adresse c’est pas dû à un bug, mais c’est qu’il y a eu un dysfonctionnement dans le travail de maintenance. 

   Quand les pompiers sont intervenus, c’était déjà trop tard.

   L’origine du Feu : 

   Les origines du feu peuvent être diverses:

   -Une cigarette mal éteinte ( Si si y en a qui fument dans les chantiers et ça les emmerde de descendre et remonter à chaque fois les escaliers pour aller fumer à l’extérieur).

   - Un court-circuit  dans une armoire électrique ou dans une installation. 

   - Un multi-prise non débranché car parfois sur la durée il peut chauffer et causer le départ d’un feu.

    - Un feu couvant. Qu’est-ce qu’un feu couvent ? C’est un feu qui a commencé pendant la présence des ouvriers à l’occasion par exemple d’un travail par points chauds.

    - Ce peut être un acte volontaire d’un pyromane.

    - Le feu peut avoir une origine chimique aussi. 

    Prévention

    Pour éviter qu’un tel incendie arrive, un certain nombre de mesures  devaient être prises: 

     - Des rondes chantiers périodiques ( début de chantier, en milieu de chantier et fin de chantier ) auraient dues être faites comme le stipule la réglementation de sécurité incendie.

     - Une bonne formation des équipes de sécurité incendie ( Bonne connaissance du site, motivation par de bons salaires au lieu que ça soit des salaires de misère ..

      - Les pompiers devraient avoir des équipements adaptés à ce genre de sites d’autant plus qu’il y a eu par le passé des exercices de  simulations d’incendie dans la cathédrale  .

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.