Au début, c’était simple. Lorsque les Tibétains sont descendus de l’Himalaya à la fin des années 1950 pour arriver en exile en Inde et plus tard, il n’y avait qu’une seule vision claire, ou un seul rêve : de retourner au Tibet.
Ce n’est plus si simple, il me semble.
Avec la profusion de pensées et de idées, entre Rangzen où l’indépendance pour le Tibet et l’autonomie est venue la confusion. Les chemins sont devenus brumeux et alambiqués, empiétant sur les buissons épineux d’opinions et d’attitudes divergentes. Même pour beaucoup des militants de longue date, la situation est peut être déstabilisante. N’ayons pas honte de dire qu’il y a eu des moments où nous avons été poussés bout de notre raison, après des heures de lutte contre des émotions contradictoires.
Je réfléchis, j’essaie et je me pousse. Il se peut qu’il y ait, qu’il y ait tout simplement quelque chose, quelque chose que nous avons tous manqué depuis le début. C’est là, à l’horizon, à la périphérie de nos pensées, juste hors de portée. Et ce quelque chose, ce quelque chose d’insaisissable, serait la potion magique, la solution pour notre cause.
J’ai souvent souhaité qu’il y ait un endroit où aller, où je pourrais trouver des réponses à mes interrogations. Oui, malheureusement, trouver des réponses aux questions prend du temps et est parfois est un processus tout aussi frustrant. Je fouille le net, les bibliothèques, les livres, tout ce qui est à ma portée. Je parle, je discute des idées, j’écoute les autres. Je suis l’actualité, j’assiste à des réunions et des séminaires, et je participe à des discussions et des conférences.
Et je continue à fouiller.
Comme disait Victor Hugo, « L’exil est une espèce de longue insomnie ».
Personne qui lira ceci ne saura si j’ai les yeux rouges et gonflés par le fait que j’ai passé trop de temps à me débattre avec trop de choses différentes.
Personne ne verra si j’ai des nuits blanches alors que trop de pensées me trottent sans cesse dans la tête.
Et pour tout cela, est-ce que je semble plus près de trouver une réponse ?
Je me souviens d’un poème de Rabindranath Tagore que j’ai lu il y a longtemps, intitulé « Ekhle Cholo Re » :
Si la nuit noire apporte le tonnerre et la tempête à la porte
Alors laisse la foudre allume la lumière en vous seul pour briller sur le chemin
Si personne ne répond à votre appel
Alors marchez seul
On ne peut pas ignorer le fait qu’à chaque nouvelle génération née en exil ou sous le joug de la domination chinoise, la lutte pour la libération du Tibet devient de plus en plus compliquée. L’histoire a montré que la haine et la violence ont la capacité vicieuse de confondre et de contaminer sa propre cause. Les véritables enjeux et l’origine du conflit sont alors occultés de façon frustrante. Les chemins se tordent lorsque la violence introduit son propre enchevêtrement de concepts.
Même si les actes de violence peuvent faire les gros titres et attirer un moment d’attention internationale, ils n’apportent jamais une aide ou une sympathie substantielle à la cause d’un peuple. Si l’on regarde la lutte tibétaine, c’est là que les Tibétains ont réussi jusqu’à présent.
La cause tibétaine à une grande sympathie parmi les gens grâce à la voie non-violente que nous suivons. Cela montre que, malgré le bruit et la fureur qui accompagnent les actes de violence, c’est après tout un outil des politiquement faibles. Il ne fait rien pour atteindre des objectifs solides et durables.
Ce que les Tibétains ont présenté au monde c’est l’idée extraordinaire d’une nation entière, et pas seulement des individus, de résister à la violence et à la terreur pacifiquement. Ce n’est pas un concept nouveau en soi, mais c’est celui qui a été soumis à l’épreuve la plus dure de toutes. La base de la philosophie politique du Dalaï Lama a le potentiel de devenir un nouveau paramètre dans ce monde déchiré par les conflits, où la guerre est encore considérée par une minorité et puissante comme un outil de résolution des conflits. Une solution pacifique à la question du Tibet établirait une ligne directrice pour l’avenir, une feuille de route pour la paix par des moyens pacifiques dans notre monde.
Et peut-être pour les Tibétains un chemin de retour.