Tibétains en contact avec leur famille en exil dans la cible de gouvernement chinois.

Des informations provenant de sources officielles et des informations introduites clandestinement du Tibet suggèrent qu’au moins 400 Tibétains ont été arrêtés dans le cadre de cette répression. La politique semble a été imposée pour empêcher les informations du Tibet de passer aux exilés tibétains et d’atteindre le monde extérieur.

Selon « Tibet Watch », les autorités chinoises ont enquêté entre 4000 et 5000 ménages au Tibet qui ont des liens familiaux avec des exilés au Népal, en Inde et dans d’autres pays.

Plus précisément, les enquêtes ont eu lieu dans le comté de Dingri, ville de Shigatse, dans la région autonome du Tibet (TAR), a indiqué Tibet Watch. Tibet Watch a également constaté que des responsables ont forcé des Tibétains de la région à enregistrer leurs noms et numéros d'identification pour leur compte WeChat et d’autres réseaux sociaux.

À partir de février 2018, les autorités provinciales et régionales du Tibet ont supervisé une répression contre ce que le PCC appelle les « forces du monde souterrain » et les « gangs criminels ». Les notifications publiques, appelant à l’aide du public, ont clairement indiqué que la définition des gangs criminels comprenait les Tibétains qui organisent des manifestations pour protéger l’environnement, les critiques des autorités gouvernementales locales ou nationales et les Tibétains qui tentent de préserver la langue et les coutumes du Tibet.

Des informations provenant de sources officielles et des informations introduites clandestinement du Tibet suggèrent qu’au moins 400 Tibétains ont été arrêtés dans le cadre de cette répression, 385 personnes dans la seule Région autonome du Tibet étant jugées et reconnues coupables de soi-disant « crimes liés aux gangs » entre janvier et décembre 2018.

La politique semble a été imposée pour empêcher les informations du Tibet de passer aux exilés tibétains et d’atteindre le monde extérieur.

Rinchen Tsultrim, 29 ans, moine tibétain de Kundo Comté de Ngaba Amdo tibétain, province du Sichuan, originaire du village de Kashul, a été arrêté dans la nuit du 1er août 2019 avec deux autres moines. Ses deux compagnons ont été libérés et sont retournés au monastère après un certain temps.

Rinchen Tsultrim a été détenu pour avoir échangé avec des Tibétains à l'étranger, ainsi que pour ses écrits portant sur les problèmes du Tibet.

Selon des sources fiables, il a été emprisonné à Ngaba, district de Bakham. Depuis lors, sa famille et ses proches n’ont plus eu de ses nouvelles.

« Il est toujours extrêmement difficile et dangereux pour les Tibétains d’enquêter et de faire passer des informations en dehors du Tibet », a déclaré à RFA Cédric Alviani, chef du Bureau d'Asie de l’Est de Reporters sans frontières (RSF), ajoutant que la liberté d’expression au Tibet ne s'est pas améliorée en raison de la censure et surveillance mises en place par le Parti communiste chinois (PCC). RSF classe la Chine au 117e rang sur 180 pays dans un indice mondial annuel de la liberté de la presse en 2020.

Tenzin Nyima Tenzin Nyima
La mort en détention du moine tibétain Tenzin Nyima, le 19 janvier 2021, a incité l’armée chinoise à intervenir dans les foyers tibétains pour intimider les habitants de la ville de Dza Wonpo dans le cadre d'une « opération de nettoyage » visant à confisquer les photos de Sa Sainteté le Dalaï-Lama.

Un certain nombre de Tibétains de la région ont publié des messages de solidarité et de condoléances sur leur compte WeChat privé quelques instants après l’annonce de la mort de Tenzin Nyima. Un groupe de l’armée chinoise à Wonpo aurait détenu et interrogé plusieurs Tibétains locaux pendant plusieurs jours. Une importante troupe de l’armée chinoise, identifiée par Human Rights Watch comme étant les Snow Wolf Commandos (une unité de la People’s Armed Police (PAP)), est arrivée à Wonpo le 5 mars.

Des images et des vidéos publiées sur le site de HRW montrent les commandos paradant dans la ville avec un grand drapeau rouge et poussant des cris de guerre. Selon une source anonyme de la CTA, cette routine particulière est exécutée quotidiennement par les troupes pour intimider les résidents tibétains. Par la suite, le 17 mars, les autorités chinoises ont organisé une réunion publique pour annoncer que l’affichage et la possession de photos du chef spirituel tibétain dans les foyers feront l’objet de poursuites pénales.

Les Tibétains présents à la réunion ont dû signer un document en cinq points dans lequel ils s’engageaient à ne pas conserver ou distribuer d’images du Dalaï Lama, à s’opposer aux activités illégales et à suivre le Parti communiste.

les commandos chinois paradant dans la ville les commandos chinois paradant dans la ville
Depuis février 2021, les autorités chinoises ont également commencé à suivre l’utilisation des téléphones portables à Dza Wonpo. Quelques jours avant le 10 mars, la Journée du soulèvement tibétain de 1959, les habitants ont dû télécharger une application sur leur téléphone qui surveillait les données des utilisateurs, rendant ainsi extrêmement difficile et risqué l’envoi d’informations hors du Tibet.

En mars 2021, Dradul, un étudiant tibétain, hospitalisé après avoir été gravement torturé en détention. La police chinoise lui a cassé ses deux jambes en le battant après qu’il ait été arrêté avec deux amis pour avoir participé à un « groupe illégal » sur l’application de messagerie instantanée WeChat.

En avril 2021, deux Tibétains âgés d’une trentaine d’années, Samten Sangpo et Tsultrim, ont été arrêtés dans la préfecture de Golog, dans l’est du Tibet, pour avoir communiqué avec des Tibétains en exil. Ils ont été accusés de communiquer avec des Tibétains vivant hors du Tibet sur WeChat, une application téléphonique polyvalente chinoise très populaire. Ils ont tous deux été remis à la police du comté de Machen (Ch : Maqin) par les autorités du comté de Tridu (Ch : Chenduo), mais les détails concernant leur localisation actuelle et leur état de santé restent inconnus.

Les autorités chinoises auraient organisé des réunions et mis en garde les Tibétains de la région contre le maintien de liens avec les Tibétains en exil. Outre le dispositif de cybersurveillance, des personnes sont recrutées pour faire de l’espionnage et surveiller les communications en ligne, en leur faisant miroiter d’énormes récompenses forfaitaires en espèces et des aides gouvernementales.

Ces arrestations dans l’est du Tibet font suite à l’annonce tardive de l’arrestation, le 13 octobre 2020, d’un nomade tibétain, Tashi Gyal, de la ville de Ragya, dans le comté de Machen, qui a été emprisonné pendant un an pour des messages WeChat datant de 2014 et 2015. De même, en février 2021, trois adolescents tibétains de Kyegudo, dans la préfecture autonome tibétaine de Yushu, également régie par la province du Qinghai, ont été arrêtés. Les trois adolescents étaient les fondateurs d'un groupe WeChat comptant 240 membres.

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