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Billet de blog 23 oct. 2021

Le Tibet et Mélenchon

Pour le candidat de La France Insoumise, Jean Luc Mélenchon, il s’agissait de manipulations des méchants américains, des leaders, des représentants du Tibet féodal ancien. Il a même accusé le Dalaï Lama d’avoir “un projet théocratique, autoritaire, ethniciste, dangereux pour la paix.”

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En 2008 Raquel Garrido écrivait “C’est dommage que la fenêtre médiatique ouverte par les JO soit vampirisée par la qustion (sic) tibétaine.” En tant que l’avocate et la porte-parole internationale de Jean-Luc Mélenchon et de La France Insoumise, j’en suis sûr qu’elle pèse bien ses mots. Elle est aussi l’épouse d’Alexis Corbière, le porte-parole de La France Insoumise.

Mme Garrido a oublié que c’est grâce aux milliers des tibétains qui sont descendus dans la rue, partout au Tibet contre l’occupation chinoise qu’il y a eu cette explosion d’articles dans les médias sur le Tibet. Mme Garrido a aussi oublié que la question tibétaine représente la lutte anticolonialiste qui perdure depuis maintenant plus que 70 ans. La question tibétaine c’est la destruction de la culture tibétaine par le colon chinois, la perte de l’identité tibétaine, la mort de la langue tibétaine etc.

Souvent, quand il s’agit du Tibet, la position du gouvernement chinois est claire – « Aucun gouvernement ne reconnaît l’indépendance du Tibet » ou encore « Tous les gouvernements du monde entier reconnaissent le Tibet comme partie de la République Populaire de Chine ». Certes, aujourd’hui aucun gouvernement n’affiche clairement son opinion sur la colonisation du Tibet. Il y a encore quelques années, on parlait au minimum, seulement des Droits de l’Homme, du droit de culte au Tibet etc.

"La lutte de l'homme contre le pouvoir est la lutte de la mémoire contre l'oubli." Milan Kundera.

Je me souviendrai toujours combien en 2008, les protestations ont enflammées tout le Tibet. Chaque jour, nous les tibétains en exil, nous recevions des photos, des vidéos et des témoignages de touristes qui confirmaient que l’insurrection de 2008 a été la plus importante depuis les protestions et les révoltes de 1989 au Tibet. Je me rappelle très bien cette vidéo de 2008 montrant de jeunes nomades tibétains, sur leurs chevaux, galopant devant un bâtiment public chinois. En arrivant, l’un d’eux saute de son cheval, grimpe sur le mât et arrache le drapeau rouge chinois pour disparaître tout aussi soudainement, dans un nuage de lungtas. Il y a eu, juste en mois du mars 2008 plus des 150 manifestations au Tibet.

Pour le candidat de La France Insoumise, Jean Luc Mélenchon, il s’agissait de manipulations des méchants américains, des leaders, des représentants du Tibet féodal ancien. Il a même accusé le Dalaï Lama d’avoir “un projet théocratique, autoritaire, ethniciste, dangereux pour la paix.”

La défense de « Il n’est pas un ange non plus »

Ce qui est très différent ou « hors de système » avec Mélenchon et son entourage, c’est qu’il s’attaque à l’histoire du peuple et de la nation tibétaine. Il fustige et ment sur l’histoire du Tibet et sur la condition sociale au Tibet ainsi que sur les relations historiques entre le Tibet et la Chine. Il y a une vaste différence entre ne pas soutenir les revendications des tibétains et être contre les tibétains par mensonge et par ignorance.

La résistance, pour le candidat de La France Insoumise, n’est valide que si elle est dirigée contre les Américains et toujours selon lui, seul le livre de Maxime Vivas dénoncerait la vérité sur le Dalaï Lama, terroriste suprême !

Certains de mes amis français, en particulier ceux de gauche qui soutiennent Mélenchon comme leur candidat à la présidence en 2022, estiment que je suis injuste lorsqu'il s'agit de Mélenchon et de sa politique.

J'ai suivi les actes et les discours politiques de Mélenchon depuis que j'ai commencé à avoir une connaissance approximative de la langue et de la politique françaises après environ quelques années en France. Ma première exposition aux idées politiques de Mélenchon a eu lieu en 2008, lorsqu'il a commencé à cracher ses idées à moitié cuites sur le Tibet et son histoire, le Dalaï Lama, la colonisation du Tibet et surtout la résistance tibétaine elle-même. Ma première réaction a été la suivante : pour un dirigeant élu dans un pays démocratique, il défend avec vigueur un système qui n'est pas démocratique. 

Sa logique : Le Tibet a toujours fait partie de la Chine. Le Tibet a été libéré par le parti communiste chinois de la tyrannie du Dalaï-lama et des dirigeants féodaux. Ipso facto, la résistance n'est rien d'autre que des efforts futiles pour retrouver leurs privilèges par les anciens dirigeants féodaux.

En 2013, le nombre d'auto-immolations au Tibet a dépassé la centaine. Lors d'une interview à la télévision nationale française, un journaliste lui demande ce qu'il pense de la situation au Tibet et du mouvement tibétain pour la liberté. Sa réponse ?

De quels Tibétains parlez-vous ?" [sous-entendant qu'il s'agirait d'une minorité ? Seulement des Tibétains en exil ?] et ajoutant "Quelqu'un a donné l'ordre de s'immoler par le feu..., il n'y a pas d'ordre...", reprenant dangereusement la propagande du gouvernement chinois. Niant également l'agence au peuple tibétain, qui ne peut pas penser par lui-même mais doit être contrôlé et manipulé de l'extérieur.

Peut-on dire que le positionnement de Mélenchon est pareil que les autres ?

Tu sais, au-delà ces problématiques, toute façon, la position de mon candidat, Mélenchon, et la même chose que toute le monde, on-me dit. Ah bon, Je pensais qu'il était anti-système et voulait changer les choses.

Mais mon ami tibétain, d’ailleurs, même le premier ministre tibétain et le gouvernement tibétain en exil ne réclament que l’autonomie pour le Tibet, on me repète.

Certes, c’est vrai, mais il y a beaucoup d’autres tibétains qui réclament indépendance du Tibet.

Je tiens à préciser que le gouvernement tibétain en exil est en train de négocier avec la Chine. De plus, le Sikyong a très peu de marge de manœuvre et fait face à de fortes contraintes diplomatiques. C’est une logique assez tordueuse d’ailleurs, même pour moi.

Aujourd'hui, Mélenchon est à la tête du seul parti politique "La France Insoumise", si je ne me trompe pas, qui n'a pas signé une proposition de résolution sur "la reconnaissance et la condamnation de la nature génocidaire de la violence politique systématique et des crimes contre l'humanité perpétrés contre les Ouïghours" au Parlement français. Et il est l'un des vice-présidents du "Groupe d'amitié Chine-France" à l'Assemblée nationale française. Bien sûr, cela n'est pas un problème en soi. Pourtant, quand on additionne tout cela, on obtient une image claire de ses penchants idéologiques.

En outre, il fait "le gaslighting" brouille les pistes concernant les politiques répressives de la Chine au Tibet, au Turkestan oriental, à Hong Kong, etc. en jouant beaucoup sur le 'whataboutisme'. Il est en grande partie responsable de la simplification excessive et de la normalisation du régime répressif de la Chine. Et vous savez qui il cite pour justifier ses vues erronées sur le Tibet et les Ouïghours ? Le célèbre Maxime Vivas, qui est souvent cité par le gouvernement chinois et l'ambassadeur de Chine ici à Paris pour défendre leurs politiques au Turkestan oriental et au Tibet. Je pense que c'est une des raisons pour lesquelles beaucoup de gens à gauche hésitent à parler des Ouïghours, des Tibétains, etc. de peur d'être traités de "laquais de la CIA" ou de "partisans des dirigeants féodaux". Aujourd'hui encore, je reçois des gens qui viennent me voir sur Twitter et Facebook, régurgitant ces mensonges proférés par Mélenchon.

Donc, tant que Mélenchon sera là, je crois que son parti ne sera jamais vraiment une option viable pour beaucoup de gens de gauche et de centre gauche.

Le sujet du Tibet est vivant grâce aux millions de tibétains qui ont sacrifié leur vie et qui continuent de lutter encore et toujours pour leur terre, leur patrie et la liberté du Tibet. La résistance tibétaine contre la colonisation chinoise est la seule raison pour laquelle la cause tibétaine est toujours vivante aujourd’hui. La force de la personnalité du Dalaï Lama est la raison pour laquelle le monde reste sensible à la cause tibétaine.

Enfin, on m’explique que ce n’est pas le bon moment pour soulever tout ça, car après l’élection on pourra mieux discuter et que l’urgence, c’est la France aujourd’hui.

Me reviennent alors en mémoire, les mots de Martin Luther King Jr, “Le temps est toujours bon de faire ce qui est juste.” Certes, Mélenchon a des idées brillantes pour la France, mais quand il s’agit du Tibet, il fait preuve, ainsi que son équipe, d’une ignorance volontaire et vulgaire.

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