RAOUL MARC JENNAR
Essayiste, militant éco-socialiste, internationaliste
Abonné·e de Mediapart

273 Billets

0 Édition

Billet de blog 8 mai 2015

RAOUL MARC JENNAR
Essayiste, militant éco-socialiste, internationaliste
Abonné·e de Mediapart

8 mai. Qui a gagné ?

La destruction de l’enseignement de l’Histoire par un gouvernement PS n’ayant pas encore produit tous ses effets, on connait encore, en France, la signification de la date du 8 mai comme anniversaire de la victoire des Alliés (Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie soviétique) sur l’Allemagne qui avait donné le pouvoir aux Nazis en 1933 (*).70 ans après, on est en droit de se poser la question : mais qui a vraiment gagné ?Quand on observe aujourd’hui le continent européen, on constate que 27 pays sont soumis aux volontés politiques, sociales et économiques du 28e : l’Allemagne. Je dis bien l’Allemagne, car je me garderai de mettre en cause tous les Allemands. Le superbe discours de Sarha Wagenknecht, en mars dernier, devant le Bundestag, démontre à l’évidence et une fois de plus qu’il faut distinguer le peuple et les gouvernants qu’il se donne.

RAOUL MARC JENNAR
Essayiste, militant éco-socialiste, internationaliste
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

La destruction de l’enseignement de l’Histoire par un gouvernement PS n’ayant pas encore produit tous ses effets, on connait encore, en France, la signification de la date du 8 mai comme anniversaire de la victoire des Alliés (Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie soviétique) sur l’Allemagne qui avait donné le pouvoir aux Nazis en 1933 (*).

70 ans après, on est en droit de se poser la question : mais qui a vraiment gagné ?

Quand on observe aujourd’hui le continent européen, on constate que 27 pays sont soumis aux volontés politiques, sociales et économiques du 28e : l’Allemagne. Je dis bien l’Allemagne, car je me garderai de mettre en cause tous les Allemands. Le superbe discours de Sarha Wagenknecht, en mars dernier, devant le Bundestag, démontre à l’évidence et une fois de plus qu’il faut distinguer le peuple et les gouvernants qu’il se donne.

Depuis Bismark, il existe dans la droite allemande, forces industrielles, militaires et politiques confondues, un sentiment de supériorité  du peuple allemand sur les autres peuples d’Europe. Il fut à l’origine des pires tragédies du 20e siècle. Le IIe Reich impérial en 1914, puis le IIIe Reich nazi en 1939 ont tenté d’imposer leur vision de la société au reste de l’Europe. Ils ont fort heureusement échoué. Mais à un prix qu’on ne devrait jamais oublier.

Force est de constater aujourd’hui que ce que la droite allemande n’a pas obtenu par la guerre, une fois le pays réunifié en 1990, elle l’a obtenu par la diplomatie. Car la faiblesse et la lâcheté des décideurs des autres pays et en particulier de la France ont été de la même nature que celles dont ils s’illustrèrent dans les années Trente. Comme ils s’étaient inclinés hier devant la force militaire, ils se sont inclinés depuis 1990 devant la force économique.  Sans doute faut-il y voir, une nouvelle fois, le poids du patronat. On sait à quel point, les forces patronales s’entendent. Hier pour financer l’arrivée d’Hitler au pouvoir et ensuite pour se retrouver dans la collaboration économique, aujourd’hui pour imposer  la dictature des institutions européennes.

Ce qui nous a donné les traités de Maastricht, d’Amsterdam, de Nice (où la France de Chirac-Jospin a renoncé à un engagement pris entre Mitterrand et Kohl lors de la réunification : ne pas traduire la nouvelle supériorité démographique de l’Allemagne dans sa représentation au Parlement européen et dans le nombre de voix dont elle dispose au Conseil des ministres de l’UE), de Lisbonne, le Mécanisme européen de stabilité (MES) et le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG). Autant d’abandons de souveraineté au profit d’institutions où l’Allemagne dicte sa loi avec arrogance et mépris. On en a vu une illustration avec les trois membres de la Troïka chargés d’imposer aux Grecs les décisions de la droite allemande. Ils étaient tous de nationalité allemande !

Assurément, après avoir échoué à deux reprises, la droite allemande a gagné. Elle domine les peuples d’Europe. Mais elle le fait parce qu’elle a trouvé des gouvernements prompts à collaborer avec elle. Même s’il fallait un courage extraordinaire, il était, dans une certaine mesure, plus facile de prendre une arme pour résister à cette domination, il y a un peu plus de 70 ans. Aujourd’hui, les peuples qui souffrent des politiques infligées par la droite allemande doivent inventer les armes nouvelles de la résistance.

Rmj

(*) Il semble que cela ne soit déjà plus le cas en Allemagne, si je me réfère à un article écrit par un Allemand dont voici le lien : http://blogs.mediapart.fr/edition/eurojournaliste/article/070515/pourquoi-les-allemands-devraient-aussi-feter-le-8-mai

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans Le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte