600 JOURS POUR PREPARER LA RUPTURE

D’immenses souffrances nous attendent si on ne fait pas rupture avec les politiques et les pratiques d’aujourd’hui. Tel est le véritable enjeu de 2022. Il dépasse, et de loin, le sort personnel de tel ou tel candidat potentiel, quelles que soient ses qualités et ses mérites.

Il paraît qu’il reste 600 jours avant l’échéance majeure de la vie politique française dans le cadre de la Ve République. C’est beaucoup et c’est peu.

C’est beaucoup, beaucoup trop même, quand on sait tout le mal que Macron peut encore faire à la France et aux Français(es) en 600 jours.

Poursuivre l’œuvre de destruction néolibérale entamée en 1983 et mise en oeuvre inlassablement par tous les gouvernements qui se sont succédé depuis lors, avec une accélération sous Jospin (qui a plus privatisé que Balladur et Juppé réunis), sous Sarkozy, Hollande et Macron.

Poursuivre la mise en place d’un modèle anglo-saxon où les droits les plus élémentaires sont laissés aux hasards de la compétition individuelle, aux lois du marché, à la dictature des firmes transnationales dont les gouvernements et l’Union européenne ne sont que les instruments.

Poursuivre la destruction de la biodiversité, le saccage de l’environnement et le dérèglement du climat, en dépit de discours qui prétendent le contraire.

Rien n’empêche Macron, avec la majorité dont il dispose - qui bénéficie bien souvent de l’appui de la droite traditionnelle et de moins en moins républicaine - de mener à bien cette révolution conservatrice pour laquelle il a été mandaté par le monde de la finance.

C’est peu pour préparer, avec quelques chances de réussite, une alternative qui soit une véritable rupture.

Celles et ceux qui, depuis 37 ans, se rendent de plus en plus compte que voter à droite ou voter à gauche, c’est voter pour la même politique néolibérale et productiviste, c’est voter pour un système de moins en moins démocratique et de plus en plus corrompu, c’est voter pour des partis et des gens qui sont coupés des réalités du quotidien, ceux-là ne votent plus.

Dès lors, la seule question qui s’impose, c’est comment recréer l’espoir ? Comment rendre confiance dans l’acte de voter hors duquel rien de légal ne peut se produire ?

C’est un véritable défi. Car pour changer les institutions, pour changer les orientations politiques, pour changer nos modes de vie, il faut élire des femmes et des hommes qui portent cette ambition avec assez de force pour l’imposer.

Ce n’est pas l’affaire d’une seule personne, même si la logique de la Ve République force à élire un président et une majorité qui mettront fin à ce régime présidentiel.

Dans certains partis politiques, dans certains mouvements, il y a des femmes et des hommes de bonne volonté, qui tout en étant extrêmement sensibles aux injustices et aux inégalités, aux dangers que les activités humaines font courir à la planète et au vivant, se rendent compte qu’ils ne sont pas les seuls à éprouver cette sensibilité et qu’ils la partagent avec d’autres, porteurs d’autres étiquettes.

Il faut maintenant que ces gens-là poussent au rassemblement, condition incontournable pour vaincre en 2022.

Nous, simples citoyens, qui savons que nous n’avons pas à nous seuls le monopole des bonnes idées, nous portons la responsabilité ultime d’empêcher que les questions d’égo, d’ambitions personnelles, de logiques d’appareil compromettent cet indispensable rassemblement.

Nous savons qu’aucun des ténors favorables à une alternative démocratique, sociale et écologique ne peut à lui seul l’emporter. Nous savons même qu’il ne peut y avoir qu’une seule candidature porteuse d’une telle alternative pour avoir une chance d’arriver au deuxième tour du scrutin présidentiel. S’il y en a plus d’une, l’échec est assuré. Ce qui veut dire l’élection de Macron ou de Le Pen.

Certains se souviennent qu’après la victoire du non de gauche au référendum sur le traité constitutionnel européen, en 2005, nous avions constitué les CUAL, des comités unitaires anti-libéraux chargés d’élaborer localement, puis de manière centralisée, un programme pour l’élection présidentielle de 2007. Nous avions abouti à 105 propositions. Mais notre espérance s’est fracassée contre des logiques qui ont empêché une candidature unique porteuse de ces propositions. Et depuis, ce sont ces mêmes logiques qui ont, à chaque échéance, réduit à néant l’espoir dont était porteur un projet qui pouvait être commun. A chaque fois, en 2012 comme en 2017, l’espoir s’est noyé dans la dispersion.

Et, à entendre certains, 2022 risque de reproduire la même dispersion et donc le même échec. Dans un contexte qui risque d’être, à bien des égards, dramatique. Nul ne sait aujourd’hui quelle sera l’ampleur des conséquences économiques et sociales de la crise sanitaire du COVID-19. Par contre, ce qui est certain si on retire de l’Histoire les leçons qu’elle nous enseigne, c’est que si cette crise laisse sans travail et sans ressources des centaines de milliers de femmes et d’hommes, il se trouvera des démagogues pour désigner des boucs émissaires et que toutes les aventures, y compris criminelles, sont à redouter. Ce qu’on sait aussi avec certitude, c’est que l’irresponsabilité totale de ceux qui gouvernent nous conduit à des drames majeurs consécutifs au changement climatique et à la destruction de la biodiversité. Dans tous les cas, d’immenses souffrances nous attendent si on ne fait pas rupture avec les politiques et les pratiques d’aujourd’hui.

Tel est le véritable enjeu de 2022. Il dépasse, et de loin, le sort personnel de tel ou tel candidat potentiel, quelles que soient ses qualités et ses mérites.

En tout premier lieu, nous avons besoin d’un projet commun. Certains vont brandir le programme de leur sensibilité. En nous le présentant bien entendu comme le texte idéal. Ce n’est pas la bonne méthode. Rassemblement ne peut pas se confondre avec ralliement, même à d’excellentes propositions. Le rassemblement doit être la matrice qui conçoit le projet. C’est ensemble, venus de tous les horizons qui aspirent à une vraie alternative, que nous devons formuler ce projet.

Pour reconquérir la confiance, ce projet doit proposer une rupture crédible.

La rupture est indispensable. Qu’il s’agisse des institutions nationales et européennes, qu’il s’agisse du périmètre de l’Etat et du rôle des services publics comme garants de l’accès aux droits les plus fondamentaux (alimentation, santé, éducation, culture, logement, travail,…), qu’il s’agisse de l’impact des activités humaines sur la vie de la planète et l’indispensable mutation de nos modes de vie et de production, la politique des petits pas n’est plus d’actualité. Il faut programmer la transition vers une rupture avec les pratiques d’aujourd’hui.

Cette rupture doit être crédible. Sur chaque aspect, les électrices et les électeurs doivent pouvoir en comprendre la nécessité et les étapes. Il faut rendre à la politique sa fonction pédagogique que les populismes de tous bords lui ont fait perdre. Il faut que celles et ceux qui vont voter se soient appropriés les termes de cette rupture.

Cette étape de la préparation de l’échéance de 2022, essentielle et préalable, une fois franchie, il sera temps alors, mais seulement alors, de choisir celle ou celui le mieux à même non seulement de porter ce projet au point d’être élu(e), mais également en capacité de le mettre en œuvre.

600 jours pour relever de tels défis, ce n’est vraiment pas trop !

RMJ

11.07.2020

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