“Un avant et un après”. Quel après ?

Quand on entend Macron dire, depuis quelques jours, tout le contraire de ce qu’il a fait comme président depuis 2017, et avant comme ministre d’un Hollande acquis totalement à la mondialisation néolibérale, comment lui accorder crédit, sauf à être totalement naïf ?

C’est désormais le discours officiel. Plus rien ne sera plus comme avant lorsqu’on sera sorti de la crise sanitaire qui frappe un pays où, comme dans tous les pays qui ont foncé tête baissée dans le néo-libéralisme, dans le primat de la concurrence libre et non faussée, dans la destruction systématique des services publics, on a fait passer le profit avant la santé, où les politiques de santé publique sont devenues une des variables d’ajustement face aux contraintes budgétaires créées à dessein.

Nous sommes sans doute très nombreux à espérer que toutes les leçons seront tirées de la crise qui frappe un monde qui s’est très massivement soumis à la dictature du marché. La crise sanitaire qui surgit alors que la mondialisation néolibérale a aggravé les inégalités sociales et accéléré la crise climatique doit agir comme un révélateur et provoquer les prises de conscience qu’appellent de leurs vœux, depuis plus de vingt ans, celles et ceux qui n’ont cessé d’alerter sur les dangers de la mondialisation néo-libérale. Celle-ci n’est pas un accident de l’histoire. Elle a été a voulue par les gouvernements qui, sous la pression des banques, des multinationales, des entreprises du type de celles du CAC 40, ont négocié les accords de l’OMC et une foule de traités de libre-échange, tous plus nocifs les uns que les autres pour la justice sociale, pour la santé des peuples et pour la qualité de l’environnement et sa diversité.

Quand on entend Macron dire, depuis quelques jours, tout le contraire de ce qu’il a fait comme président depuis 2017, et avant comme ministre d’un Hollande acquis totalement à cette mondialisation néolibérale, comment lui accorder crédit, sauf à être totalement naïf ? Comment croire – parce qu’il ne peut s’agir que d’un acte de foi et non de raison – que les forces financières et économiques qui ont amené cet homme au pouvoir vont accepter une autre politique que celle pour laquelle il est au pouvoir ?

Comment accorder le moindre crédit à un individu qui, en toutes occasions, a craché sur un peuple qu’il est censé respecter ? Comment faire confiance à un chef de parti qui est resté sourd à tous les avertissements des personnels de santé ? Comment créditer de bonne foi un homme qui a fait réprimer avec une sanglante violence celles et ceux qui alertaient pacifiquement sur les dangers d’une privatisation totale de la santé  et des autres services publics ? Comment peut-on prendre un seul instant au sérieux quelqu’un qui, sous prétexte de « réformes » procède depuis qu’il détient un pouvoir exécutif, au démantèlement systématique de toutes les politiques et de toutes les structures qui ont construit un modèle français radicalement différent du modèle anglo-saxon ?

Oui, assurément, il faut un « après ». Mais ce doit être un « après » à l’opposé de cet « avant » que nous subissons depuis le « tournant de la rigueur », quand la social-démocratie française (et européenne) a rallié avec zèle le néo-libéralisme.

Tous, comme êtres humains, nous avons, avant toute chose, un droit absolu à un air pur, à une eau potable, à une alimentation saine. Pour retrouver ce droit absolu dont la logique du marché nous prive depuis de nombreuses décennies, il faut en tout premier lieu rendre force et vigueur à des services publics qui seuls garantissent à tous un accès égal à la santé, à l’éducation, au logement, au transport, à la culture. Il faut repenser notre modèle de société systématiquement orienté vers la croissance de la production et de la consommation. Il faut un véritable pacte instaurant de nouveaux rapports entre les humains et la planète avec toutes les espèces qui l’habitent.

Pour un tel « après », Macron et sa République en Marche ne sont pas qualifiés. Leur ADN néolibéral les rend incompatibles avec la mutation indispensable. Pire, ils sont un obstacle à une telle vision de ce qui s’impose désormais.

Il faut donc, dès que des choix politiques seront possibles, leur enlever toute capacité de nuire.

 

 

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