Qui sera le Jaurès de 2017 ?

L'évènement qui bouleverserait le paysage politique et qui rendrait toutes ses chances à une vraie alternative de gauche, serait que Hamon, Mélenchon et Montebourg se parlent et créent un nouveau mouvement, en dehors du PS, définitivement discrédité et disqualifié.

Dans un récent entretien au JDD, J.-L. Mélenchon analyse avec lucidité ce qui risque d'arriver si ce n'est pas Valls qui emporte la primaire. Il ne fait guère de doute, en effet, que si Hamon emporte la primaire du P$, un grand nombre de députés et de sénateurs P$ vont filer chez Macron et avec eux l'électorat qui approuve le quinquennat finissant.

Dès lors, l'animateur de la France Insoumise considère qu'un désistement en sa faveur prendrait tout son sens, car le candidat du P$ ne pourrait raisonnablement espérer qu'une 4e ou une 5e place au terme du premier tour de la présidentielle.

Toutes celles et tous ceux qui ont renoncé à attendre quelque chose du P$, qui remettent en cause le fonctionnement des partis politiques et des institutions de la Ve République, qui réclament une alternative démocratique, sociale et écologique à la social-démocratie, qui pensent que rien n'est plié et qu'il est encore possible d'éviter Macron-Fillon-Le Pen, vont regretter cette approche.

Quand on veut rassembler, on n'appelle pas à se désister en sa faveur.  On ne fait pas avancer le rassemblement quand on exige un ralliement.

Plutôt que d'appeler au désistement, l'évènement qui bouleverserait le paysage politique et qui rendrait toutes ses chances à une vraie alternative de gauche, serait que Hamon, Mélenchon et Montebourg se parlent et créent un nouveau mouvement, en dehors du P$, définitivement discrédité et disqualifié.

Un mouvement répondant aux aspirations nouvelles d'une démocratie non plus organisée sur le mode hiérarchique, mais sur le mode participatif. Un rassemblement pour porter une espérance nouvelle, anticipant les défis économiques, sociaux et écologiques et refusant l'idée que le progrès doive nécessairement accepter sa part de laissés pour compte. On n'est pas progressiste quand on ne l'est que pour quelques-uns.

Il y a assez de points communs entre ces trois personnalités pour s'unir. Un travail comparatif des programmes respectifs le démontre avec éclat. Certes, tout être humain respectueux de l'autre, peut comprendre qu'ils ont, chacun, consenti des efforts considérables pour arriver là où ils sont aujourd'hui et qu'ils souhaitent, chacun pour leur part, en récolter les fruits. Mais y aura-t-il des fruits si la démarche demeure individuelle ? Ces efforts ne fournissent-ils une raison suffisante pour s'unir plutôt que de les voir réduits à néant au terme de la présidentielle ? N'est pas une raison de plus pour dépasser les questions d'amour propre, infiniment respectables, mais dérisoires au regard de l'enjeu ? Le danger terrible de voir accéder au pouvoir présidentiel un Macron, un Fillon ou une Le Pen n'exige-t-il pas ce dépassement personnel ?

Dès à présent, tous les trois détiennent non seulement l'avenir de la gauche, mais l'avenir de la France. Quelle immense espérance se lèverait si on pouvait assister à un tel rassemblement ! Quelle dynamique serait ainsi lancée qui autoriserait tous les espoirs pour l'élection présidentielle et pour les législatives !

Tous les trois se réfèrent volontiers à Jaurès qui, en 1905, a rassemblé sans se mettre en avant.

Qui sera le Jaurès de 2017 ?

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