L'efficacité d'un vote de gauche

Si la volonté du peuple de gauche est de bloquer le rouleau compresseur de la servitude aux intérêts privés, il FAUT voter, mais il faut choisir la ou les listes qui défendent une vraie alternative démocratique, sociale et écologique à cette société qui détruit les humains et la planète.Le choix se limite à Ian Brossat ou Manon Aubry.

 

Je m’adresse aux femmes et aux hommes qui aspirent à une société de justice et d’égalité, à une société fraternelle, à une société en harmonie avec le cadre naturel hors duquel l’espèce humaine ne peut survivre. Je m’adresse donc aux enfants de Jean Jaurès et de René Dumont, à ceux qui veulent non pas adapter le système, mais le changer.

Mon Europe à moi, elle respecte avant tout les souverainetés nationales. Mais dans les domaines où l’union des peuples peut faire mieux ensemble, les Etats doivent coopérer. Comme ils l’ont fait pour tout ce qui a réussi lorsqu’ils ont mis leurs efforts en commun : Ariane, Airbus, etc. Mon Europe à moi, c’est une organisation intergouvernementale au service des peuples, sans organes supranationaux technocratiques et idéologiquement orientés. Je ne suis pas un fédéraliste européen. Je ne suis pas pour un modèle qui nie notre passé et ce que nous sommes aujourd’hui. Copier les USA, ne me semble pas un projet pertinent.

L’Union européenne d’aujourd’hui n’est pas bonne pour les peuples. Dans les pouvoirs exclusifs qui sont les siens, elle n’est que le bras politique et juridique des intérêts particuliers des grandes entreprises. Les traités européens, depuis l’Acte Unique, de Jacques Delors, interdisent toute Europe sociale puisque c’est le primat de la concurrence qui est a loi suprême. Depuis ce traité voulu par la France de Mitterrand-Delors, l’Union Européenne, c’est essentiellement la concurrence de tous contre tous. La solidarité entre les peuples, n’est qu’un slogan sans contenu. On oppose travailleurs d’ici à travailleurs de là-bas, contraintes écologiques d’ici à contraintes écologiques de là-bas, fiscalité d’ici à fiscalité de là-bas. Le marché unique, c’est, voulu par nos gouvernements, la chasse libre des entreprises au moins disant fiscal, social et écologique. Dans les pouvoirs qu’ont ensemble les gouvernements des Etats de l’UE, c’est la même volonté néolibérale qui s’affirme. C’est l’UE des riches, l’UE des multinationales qui s’imposent à nous et à la planète. C’est aussi l’UE à la botte des USA. Sans le moindre souci pour le sort des populations, des autres espèces vivantes et de notre environnement global. Le seul maître qui dirige l’Union européenne, c’est le profit des puissants.

Profit et éthique sont incompatibles. C’est une réalité incontournable. Nous sommes silencieux sur les crimes contre l’humanité commis par ceux qui nous fournissent du pétrole et par ceux qui nous achètent des armes. Nous sommes par contre éloquents jusqu’à l’emphase sur les droits humains fondamentaux à l’égard des gouvernements qui ne sont ni fournisseurs de matières premières stratégiques, ni clients de nos industries d’armements. Nous rejetons à la mer les victimes des conflits que nous provoquons là où les intérêts de nos firmes privées sont en cause. Nous adorons critiquer les USA, mais à notre niveau, nous faisons exactement comme eux et nous nous plions à leurs exigences. Le crédit moral qu’a pu détenir un temps l’Union européenne et, en son sein la France, est totalement ruiné. Le monde du Sud qui regardait un temps l’Europe comme une alternative à l’impérialisme américain regarde désormais ailleurs.

Face à ce qui ressemble à un rouleau compresseur que rien n’arrête, que faire ?

Certains croient à la violence. C’est l’arme des faibles quand on a en face de soi la violence légitime des gouvernements. On le voit bien avec le jeu de massacre auquel se livrent Macron et sa bande contre les gilets jaunes et les journalistes qui rendent compte de leur protestation. Beaucoup oublient que les plus grands empires sont tombés par des actions non-violentes. L’empire britannique a perdu l’Inde, le joyau de sa couronne, au terme d’une longue et courageuse action non violente conduite par Gandhi. L’empire soviétique s’est effondré pare qu’en Allemagne de l’Est, chaque lundi, des milliers de femmes et d’hommes, sans le moindre geste violent, ont contesté la suprématie du communisme totalitaire. Ils ont fait tomber le Mur de Berlin qui a précipité la fin de l’Union soviétique.

Les manifestations du samedi en France n’ont pas été protégées par leurs animateurs contre la violence des casseurs. C’est une grande faiblesse que de penser qu’il n’y a pas, dans toute société, des désespérés prêts à tout et y compris à ruiner la crédibilité d’un mouvement national comme celui initié par les plus sincères des gilets jaunes. Une action non-violente doit radicalement exclure des casseurs. Surtout lorsque le gouvernement a tout intérêt à ce qu’il y ait de la casse pour discréditer la contestation.

Une nouvelle séquence non-violente se présente à nous : l’élection du Parlement européen. Il faut saisir cette opportunité.

Il importe d’abord de ne pas écouter les imbéciles et les ignorants – souvent les mêmes – qui veulent faire croire que ce Parlement n’a aucun pouvoir. Ils utilisent un argument totalement infondé  et ils trompent les gens. Le Parlement européen dispose de réels pouvoirs. Certes, ce pouvoir n’est pas absolu. Mais ce qu’on oublie très souvent de rappeler, c’est que le Parlement dispose d’un pouvoir énorme qu’il n’utilise presque jamais : celui de dire non, de rejeter ce que proposent la Commission européenne et les gouvernements qui la soutiennent.

Ce silence sur ce pouvoir de dire non, c’est celui de la droite, mais aussi celui de la social-démocratie (le PS en France) qui a soutenu toutes les orientations néo-libérales, toutes les privatisations, toutes les mises en concurrence des activités de service, toutes les politiques austéritaires, tout ce qui s’est traduit par les politiques menées par la droite et par la gauche dite de gouvernement, par Juppé, par Balladur, par Raffarin, par De Villepin, par Jospin, par Sarkozy, par Hollande et par Macron.

Sans le soutien à la fois des gouvernements français successifs et de l’alliance sacrée droite-social-démocratie au Parlement européen, la destruction programmée de toutes les conquêtes sociales et la destruction de notre cadre de vie n’auraient jamais été possibles. Ils n’ont pas utilisé leur pouvoir de dire non. Ils ont dit oui.

Le Parlement européen est donc un réel lieu de pouvoir, n’en déplaise aux menteurs qui ignorent ou feignent d’ignorer les textes en vigueur.

Ce qui signifie que le scrutin de 26 mai comporte un véritable enjeu politique. Et qu’il faut absolument voter. Il faut élire des députés en masse qui diront non aux politiques néo-libérales voulues par Macron et ses collègues européens. Il faut élire un parlement européen qui ne soit plus à la botte des gouvernements et de la Commission européenne. Il faut élire des parlementaires qui auront la force de caractère d’envoyer paître les représentants des lobbies, omniprésents dans les couloirs à Strasbourg et Bruxelles. Il faut élire des parlementaires qui s’en tiendront à la seule règle qui vaille : l’intérêt prioritaire des peuples et de la planète. Et il faut qu’il soit en nombre suffisant pour ne plus se plier à ce que faisaient jusqu’ici les moins mauvais d’entre eux : passer des compromis pour faire passer au moins un tiers ou 50% de leurs idées. Ce qui a conduit à l’échec sur l’essentiel : malgré des promesses toujours solennelles d’une Europe sociale et d’une Europe écologique depuis 1991, rien ne s’est fait.

C’est ici que se pose la question douloureuse du vote utile pour les partisans d’une véritable transition démocratique, sociale et écologique de l’Europe.

Il y a ceux qui, de bonne foi, croient que Marine Le Pen pose les bonnes questions et apporte les bonnes réponses. Ils n’ont sans doute jamais eu l’occasion de vérifier comment les députés de son parti votent au Parlement européen. Cela ferait déjà pas mal réfléchir. Mais l’essentiel est ailleurs : même si au soir du 26 mai, le parti de Marine Le Pen obtient le meilleur score de tous les partis français, parce que le R.N. n’est en fait que l’ancien F.N., la classe politico-médiatique dominante aura vite fait de neutraliser ce vote au motif qu’étant d’extrême-droite, il ne compte pas. Ce parti a été diabolisé pour offrir à la droite – aujourd’hui macronienne – le succès que, seule, elle ne peut atteindre. Le vote R.N. n’aura donc aucun impact sur les politiques conduites. C’est donc un vote parfaitement inutile, même comme vote protestataire.

Le seul vote protestataire ou de conviction qui peut produire un impact sur les politiques conduites, c’est le vote qui affaiblit au Parlement européen l’alliance de la droite et de la social-démocratie.

Je suis trop respectueux des électrices et des électeurs pour donner des consignes de vote. Je rappelle seulement, car je sais que c’est nécessaire, qu’il s’agit d’un scrutin à un seul tour et qu’il faut au moins atteindre 5% des votes exprimés pour avoir au moins un élu. Il n’y a donc aucune possibilité de corriger le tir après le vote, puisqu’il n’y a qu’un tour.

Si la volonté du peuple de gauche est de bloquer le rouleau compresseur de l’asservissement aux intérêts privés, non seulement, il FAUT voter, mais il faut choisir la ou les listes qui défendent une vraie alternative démocratique, sociale et écologique à l’UE et aux gouvernements qui la soutiennent, c’est-à-dire les candidats qui présentent un projet de modèle alternatif au modèle de société existant qui détruit les humains et la planète. Ce qui exclut les listes de droite, bien entendu.

Mais cela exclut aussi les listes qui veulent faire croire à un possible capitalisme vert et à une possible réforme de l’Europe dans le cadre des traités existants. Ceux-là nous trompent. Comme d’habitude. Ils ont un bilan, au Parlement européen. Ils n’ont rien obtenu de ce qu’ils ont si souvent promis. Où est l’Europe sociale promise depuis le traité de Maastricht ? Où est l’Europe verte promise par Cohn Bendit et ses amis d’un temps ?

A ceux qui recommandent l’abstention comme moyen de pression, je rappelle que le taux d’abstention aux élections européennes est déjà le taux le plus élevé depuis plusieurs élections et que cela ne change absolument rien. Combien de fois faudra-t-il que les abstentionnistes soient démentis pas les faits pour qu’ils renoncent à cette erreur majeure ? A moins qu’il ne s’agisse que d’une manière d’habiller leur nonchalance politique, pour le dire poliment.

A vous de choisir. Mais si vous partagez mon analyse, si vous regardez vers l’avenir pour ceux qui nous suivent, le choix est entre la liste de Ian Brossat et celle de Manon Aubry. Il n’y en n’a pas d’autre.

Si les sondages reflètent la réalité, voir la liste PS obtenir 5% et 5 sièges et la liste Brossat ne pas avoir d’élu me fait hurler de rage. On sait que le PS a soutenu les pires initiatives néolibérales au Parlement européen. Les élus membres de la Gauche Unitaire Européenne ont été exemplaires au Parlement européen pour les combats démocratiques, sociaux et écologiques.

Pour qu’il y ait de l’espoir, il ne faut plus d’élus PS. Il faut des élus PCF et FI.

Raoul Marc Jennar

(pour ceux qui ne me connaissent pas : depuis 1999, un des animateurs des campagnes contre l’OMC, l’AGCS, le traité constitutionnel européen de 2005, le projet de traité transatlantique et les accords de libre-échange conçus par l’UE)

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.