Les leçons d'un récent sondage

Si chaque parti politique qui se réclame de la gauche veut être présent au premier tour des présidentielles, Macron sera réélu. Si un rassemblement autour d’un projet alternatif et de celle ou celui qui le portera est possible, l’espoir de fermer la parenthèse ouverte en 1983 est permis.

On le sait, il faut se méfier des sondages. Surtout lorsqu’ils concernent les intentions de vote ou la popularité des actrices et des acteurs politiques. Non pas parce que c’est ce qu’on dit systématiquement quand ils vous sont défavorables. Mais parce que l’indépendance politique des instituts de sondage en France doit être sérieusement questionnée, vu leurs propriétaires.

Il y a donc une suspicion légitime à l’égard de tels sondages. Quels critères méthodologiques adopter dès lors pour en tirer quand même des enseignements raisonnablement crédibles ?

Je crois que le premier critère est celui de la vraisemblance. Certes, cela revient à écarter des résultats qui « renversent la table », des informations surgies « contre toute attente ». Lorsque les résultats du sondage apparaissent comme vraisemblables aux plus indépendants des observateurs – pas ceux qui sévissent dans ces stations de radio ou sur ces plateaux de télé au service d’une idéologie, comme cela domine en France – il me semble qu’alors ces résultats méritent qu’on leur accorde du crédit. Cependant, comme parfois - rarement convenons-en - les résultats annoncés sont démentis ultérieurement par les faits, ce critère de vraisemblance ne peut être considéré comme absolu.

Dès lors, quel autre critère serait susceptible de consolider le précédent et de renforcer la vraisemblance des résultats annoncés ? J’ajouterai le critère de la récurrence. Lorsqu’un sondage vient répéter ce qui a déjà été observé à plusieurs reprises sur une période suffisamment longue, l’information produite mérite d’être prise en considération.

Le troisième critère, plus classique est celui de la représentativité de l’échantillon testé. C’est une donnée essentielle pour la validité du sondage. Dans le cas qui m’occupe, ce critère est rempli.

C’est en vertu de ces trois critères que je regarde les résultats du sondage réalisé par l’IFOP et publié le 22 juin. Je fais deux constats et je tire une conclusion. Mes constats :

A) J’observe que Macron et Le Pen sont dans un mouchoir de 26-28 % en fonction de la présence de l’un ou l’autre candidat LR qui, en tout état de cause, ne dépasse pas 12%. Cette première indication est-elle vraisemblable ? Oui, si en s’en réfère aux résultats de 2017 ; oui encore, si on se rappelle les résultats de sondages antérieurs. Mes deux critères sont rencontrés. La surprise vient toutefois du résultat de Macron dont les fautes, les erreurs et les échecs répétés auraient du affecter sa popularité. Il semble qu’il n’en soit rien et que demeure en France un bloc attaché à l’image créée en 2017. Tout indique que le scénario de 2017 risque sérieusement de se répéter, toutes choses restant égales par ailleurs. Avec pour conséquence la réélection de Macron. Car même si les chances de Le Pen risquent d’être plus grandes dans le climat de crise qui sera le nôtre, la peur de l’élection d’une héritière de Vichy jouera en dernier ressort en faveur de Macron.

 B) J’observe que l’addition de toutes les voix des formations qui s’affirment de gauche (LO, NPA, PCF, FI, PS) aboutit à 26,5 %, dans le meilleur des cas et si on y ajoute EELV, c’est-à-dire au niveau de la fourchette qui réunit les deux finalistes présumés. Ces anticipations confirment les tendances observées antérieurement depuis 2017 et sont tout à fait vraisemblables.

Ma conclusion : iI n’y a aucun candidat qui se réclame de la gauche qui puisse prétendre seul atteindre les 26%, seuil critique selon ce sondage pour espérer figurer au deuxième tour.

Un élément inconnu demeure : le taux de participation. Ce qui appelle immédiatement la question : qu’est-ce qui pourrait inciter les gens à aller voter et en faveur de qui ? A mes yeux, deux réponses sont possibles.

La première c’est la réponse de la peur. La peur de voir l’extrême-droite, avec tout ce qu’elle véhicule, l’emporter. Cette peur est tout à fait légitime. Même si on voit bien vers quelles dérives autoritaires et violentes évolue le macronisme pour imposer le néolibéralisme le plus dogmatique, dérives qui autoriseront plus encore qu’en 2017, à parler d’un faux choix entre la peste et le choléra. Cette peur assure la victoire de Macron.

La seconde, c’est la réponse de l’espoir. L’Histoire nous enseigne la formidable force mobilisatrice du rassemblement à gauche sur un projet alternatif hors duquel il n’y aurait eu ni 1936, ni 1981. D’ores et déjà, avant même qu’on en connaisse les résultats, la démonstration du 2e tour des municipales, c’est la dynamique du rassemblement à gauche. Seul un projet alternatif porté par un tel rassemblement convaincra de l’utilité de voter, après des décennies désespérantes où, quel que soit le vote, les mêmes politiques néolibérales étaient mises en œuvre. Seul ce rassemblement peut triompher de « l’à quoi bon » et faire revenir les abstentionnistes dans les bureaux de vote.

Si chaque parti politique qui se réclame de la gauche veut être présent au premier tour des présidentielles, Macron sera réélu. Si un rassemblement autour d’un projet alternatif et de celle ou celui qui le portera est possible, l’espoir de fermer la parenthèse ouverte en 1983 est permis.

Les dirigeants de tous les partis qui se réclament de la gauche portent aujourd’hui la responsabilité historique d’éviter que 2022 ressemble à 2017. Il dépend d’eux que l’après ne soit pas identique à l’avant.

RMJ

24 juin 2020

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