De quoi le macronisme est-il le nom ?

En France, un homme dirige un peuple, en exerçant un pouvoir absolu, en pratiquant le mensonge, en imposant l’inégalité, en usant de la répression, de la violence, en niant toute responsabilité, en infligeant au peuple son mépris, en exprimant un total déni d’humanité. Un tel régime porte un nom.

Sous peu, il y aura trois ans que la France est dirigée par Macron. Trois ans cela suffit pour tenter de définir à quel type de régime nous avons à faire depuis que la majorité parlementaire dont il dispose lui a conféré un pouvoir absolu.

Car c’est bien la première caractéristique de ce régime. Une majorité inconditionnelle, avec les institutions de la Ve République, fournit un pouvoir absolu.

Tous les projets que Macron a voulu faire adopter l’ont été. Tels qu’il les a conçus. En rejetant systématiquement tout apport extérieur à sa majorité.

La plupart de ses projets ont rencontré un fort courant d’opposition non seulement dans les partis qui ne le soutiennent pas, mais surtout dans la population. Car Macron a gouverné par le mensonge. Il n’y a pas eu de « en même temps ». Depuis trois ans, on assiste à la réalisation à marche forcée d’une révolution néolibérale dont l’objectif est de transformer la société française pour lui faire adopter le modèle anglo-saxon.

Profitant de l’épidémie de COVID 19, dont il a longtemps nié l’ampleur, Macron a fait adopter des textes ayant force de loi qui violent les principes d’un Etat de droit. Avec la complicité d’un parlement croupion, des textes d’une violence rare sont adoptés. Digne des lois de Vichy ou des lois d’apartheid, le fichage ethnique, religieux, politique, moral des citoyens est décidé par décret. Des libertés fondamentales, des législations sociales, sont remises en cause, des interdits sont décrétés qui n’ont qu’un rapport très loin avec les nécessités de la lutte contre l’épidémie.

Le pouvoir absolu, donc.

 Le mensonge est devenu, avec Macron, une méthode de gouvernement, dont même sa porte-parole se flatte d’y avoir recours. Depuis 2017, sur tous les sujets majeurs, le pouvoir macronien a tenu un discours en contradiction complète avec sa pratique. D’élégants morceaux de rhétorique ont tenté de créer l’illusion d’un équilibre entre les exigences sociales et les contraintes économiques, mais les choix du gouvernement tendent tous à soumettre tous les aspects de la vie aux attentes du patronat et des banquiers. D’autres discours du genre ont voulu faire croire, aux Français, mais aussi au monde, que la France est en première ligne en matière de lutte contre le changement climatique, la destruction de la biodiversité, l’altération de l’environnement. Mais toutes les décisions prises au jour le jour vont dans le sens inverse. La pandémie de COVID-19 a donné lieu à un florilège de propos mensongers, d’informations contradictoires, d’engagements contredits par les actes posés. Et toujours, le verbe de l’Exécutif est péremptoire, définitif, arrogant.

Le mensonge donc.

 Par certains de ses propos et par l’ensemble de ses choix, Macron a montré le peu de cas qu’il faisait de la notion d’égalité, héritée du Siècle des Lumières et de la Révolution française. Hostile à l’égalité, Macron s’est employé à hiérachiser, à diviser, à opposer. Il a dressé les forts contre les faibles, les riches contre les pauvres, les managers contre les exécutants, les énarques contre les citoyens et, pour utiliser son vocabulaire, les « premiers de cordée » contre les « riens ».

Hostile à l’égalité, Macron a imposé des choix qui renforcent les inégalités. En détruisant les services publics, en privatisant, en renforçant le pouvoir des intérêts particuliers, en démantelant tous les progrès sociaux de 1936, 1945, 1981 et 1968 et il l’a fait avec un acharnement qui signe le dogmatisme idéologique.

L’inégalité, donc.

Quand l’incompétence règne, sa réponse aux situations qu’elle ne parvient pas à gérer, c’est la répression. Quel pays autre que la France ose se vanter d’avoir infligé plus de 915.000 procès-verbaux pour manque de respect des règles de confinement ? Quel pays punit une vieille femme qui tente de voir son mari depuis l’extérieur du lieu où il est confiné ? Quel pays interdit à un fils d’assister aux derniers moments de son père ? Dans quel pays voit-on des flics verbaliser une vieille femme qui interrompt sur un banc sa promenade de santé  ou une autre qui traverse la rue pour contempler la mer ? Et chaque jour nous apporte des exemples de ce genre, plus révoltant les uns que les autres. Non seulement la France de Macron est un des pays les plus répressifs d’Europe, mais c’est aussi celui où l’odieux se confond avec la bêtise brutale, celui où les forces de répression incarnent l’inhumanité d’un régime. Les forces de l’ordre, sous Macron, ne protègent pas les gens, elles protègent un régime contre les gens.

La répression donc.

Pour asseoir son pouvoir, le régime macronien a recours à la violence. La violence sanglante. Le tout répressif a atteint sous Macron un niveau jamais égalé, même pendant la guerre d’Algérie quand le Préfet Papon se comportait avec les Arabes comme il l’avait fait avec les Juifs sous Vichy. Papon a aujourd’hui un successeur de son « camp », comme il l’avoue lui-même. Avec des méthodes du même style. On vise la tête On vise la tête parce que c’est le siège de la pensée et que tout régime de ce type refuse ceux qui pensent ; surtout s’ils pensent autrement. Avec Macron et ses forces de l’ordre, on a atteint une brutalité, une sauvagerie, une volonté de faire couler le sang comme jamais. Il faut casser ceux qui critiquent ; il faut réduire au silence ceux qui s’opposent.

La violence sanglante, donc.

 Responsable peut-être, mais certainement pas coupable ! On a entendu cette chanson-là dans l’affaire du sang contaminé, un des premiers scandales révélateurs de la gangrène de la rentabilité s’installant dans l’appareil d’Etat. On a entendu ce déni chaque fois que quelqu’un en charge de responsabilités est défaillant. C’est un classique d’un régime démocratique du type français. On a déjà entendu ce déni dans la bouche arrogante des incompétents et des corrompus qui dirigent la France d’aujourd’hui.

Le déni, donc.

On pourrait penser qu’il manque une particularité au macronisme pour que le tableau soit complet. Il n’a pas encore désigné clairement le bouc-émissaire de tous les maux qui affectent la France. Encore heureux qu’il ne puisse pas, vu ses commanditaires, s’en prendre au Juifs Et qu’il n’ose pas, vu les armes à vendre et le pétrole à acheter, s’en prendre aux Arabes. Alors, il donne libre-cours à son atavisme grand-bourgeois qui l’amène à considérer que tout irait mieux s’il n’y avait pas tous ces « riens », ces « Gaulois râleurs », ces « ouvriers qui foutent le bordel », ces «  fainéants », ces « femmes illettrées », ces « mafieux », tous ces gens qui absorbent un « pognon de dingue ». En fin de compte, si le modèle anglo-saxon que les banquiers et le MEDEF ont chargé Macron d’instaurer se réalise si difficilement, c’est tout simplement à cause de ce peuple français qu’il méprise.

Le mépris, donc.

Mes propos vont paraître à certains excessifs et peut-être même outranciers. Je n’ai rappelé que des faits. Il est plus commode de se voiler la face, de faire l’autruche. Il est plus facile de s’accommoder, de faire le gros dos en attendant que ça passe. C’est tellement dans les mœurs d’une certaine France qui a collaboré, politiquement et économiquement, qui a pratiqué la délation, qui, opportuniste, est passée en quatre mois de Pétain à de Gaulle.

On trouve toujours de bonnes raisons pour ne pas voir le danger qui vient. En France, un homme dirige un peuple, en exerçant un pouvoir absolu, en pratiquant le mensonge, en imposant l’inégalité, en usant de la répression, de la violence, en niant toute responsabilité, en infligeant au peuple son mépris, en exprimant un total déni d’humanité. Un tel régime porte un nom.

A vous de le nommer.

Je préfère rappeler ce qu’écrivait une très grande dame du journalisme français, une journaliste comme on en compte très peu aujourd’hui :

"Ainsi commence le fascisme. Il ne dit jamais son nom, il rampe, il flotte, quand il montre le bout de son nez, on dit : C'est lui ? Vous croyez ? Il ne faut rien exagérer !

Et puis un jour on le prend dans la gueule et il est trop tard pour l'expulser." (Françoise Giroud).

 

Rmj

27.04.2020.

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