Vladimir Poutine se donne une garde prétorienne

Alors que le monde entier a les yeux tournés vers le Panamagate, le président russe se donne une garde nationale qui doit enfoncer le dernier clou dans le couvercle du cercueil de la démocratie russe.

http://www.rbc.ru/politics/05/04/2016/5703f0759a7947abfa8c7b0e

Un décret de la présidence russe crée aujourd'hui une Garde Nationale sur la base des troupes du Ministère de l'Intérieur. En russe on dit Natsgvardia, ça plaira à Limonov, ça sonne comme Natsbol (national-bolchevik), c'est-à-dire aussi en russe comme National-socialiste...

Ces forces armées intérieures auront pour fonction de lutter contre le terrorisme et le crime organisé. Mais les dénégations maladroites du porte-parole du Kremlin Dimitri Peskov ne trompent personne sur leurs véritables fonctions: il ne s'agit surtout pas de préparer les élections législatives de septembre 2016, qui s'annoncent difficiles en raison de la crise économique et de l'écroulement du niveau de vie des classes moyennes et populaires, ni les élections présidentielles de 2018, quand les effets de l'hystérie patriotique qui a suivi l'annexion de la Crimée seront retombées...

La garde nationale est pourtant bien formée à partir de la réunion des effectifs du SOBR (Bataillon de Réaction Rapide, destiné à la lutte contre le crime organisé, le GIPN russe, au moins aussi efficace) et des OMON (Bataillons de la Milice pour les Opérations Spéciales, nos CRS, en à peine plus brutaux), ce qui la conduira nécessairement à remplacer ces derniers dans la répressions des manifestations politiques.

Cette Garde Nationale dépendra directement du président Poutine et n'obéira plus, comme les précédentes formations, au ministère de l'intérieur. Personne ne se faisait d'illusion sur l'indépendance de ce dernier, mais le pouvoir est donc de plus en plus concentré entre les mains du président. Ce qui donne lieu à deux nouvelles dénégations délicieusement signifiantes de l'impayable Peskov: le ministre de l'intérieur Kolokoltsev a renoncé à présenter sa démission (en d'autres termes, il a avalé la couleuvre) et la création de cette nouvelle armée intérieure n'est pas un signe de défiance du président à l'égard des autres forces de l'ordre. Les fonctionnaires du FSB (notre DST, en infiniment plus pléthorique, avide et corrompue) apprécieront, ils devront apprendre à partager les revenus de leur "protection" du monde des affaires.

Pour faire avaler plus facilement cette couleuvre à Kolokoltsev, un décret du même jour met fin à l'indépendance du FMS (Service fédéral des Migrations) et du FSKN (Service Fédéral du Contrôle du Commerce des produits Narcotiques), placés sous la dépendance du Ministère de l'intérieur: ses fonctionnaires pourront se refaire en tondant les migrants et les dealers...

On se demande quand même comment le FSB et la Garde Nationale arriveront à ne pas se marcher sur les pieds alors que l'essentiel de leurs fonctions sont communes...

A la tête de son armée personnelle (au moins sur ce plan Poutine ne jalousera plus son vassal Tchétchéne) le président a nommé le chef de sa garde rapprochée depuis 2001, Viktor Zolotov, une brute galonnée qui a déjà aveuglément servi comme garde du corps le président Boris Eltsine et l'ancien maire de Moscou Anatoli Sobtchak, dans l'ombre duquel Poutine a commencé sa carrière. Le manque d'imagination et les origines populaires du sicaire garantissent une docilité et une loyauté sans faille, la seule chose qui intéresse désormais le tyran aux abois.

Par cette création, Poutine renoue avec les plus anciennes traditions du despotisme russe: sous le nom de Garde Nationale, il nous ressert la vieille Opritchina, la garde rapprochée d'Ivan le Terrible et l'exécutrice de ses basses oeuvres entre 1565 et 1572.

En 2006 l'écrivain Vladimir Sorokine, aux intuitions fulgurantes, avait dans la Journée d'un Opritchnik décrit une institution comparable faisant régner la terreur dans une Russie de 2027, xénophobe, protectionniste, à demi colonisée par la Chine, entièrement dépendante de l'exportation de gaz en raison de son incapacité à produire quoique ce soit... Les "opritchnikis" du futur ne font qu'assurer la distribution inégale de la manne gazière et punir les oligarques récalcitrants à partager avec le pouvoir. Nombreux sont ceux qui aujourd'hui demandent à Sorokine de ne plus écire, tellement ses dystopies sur la Russie ont tendance à devenir réalité...

En 1571 les opritchniks, habitués à spolier une population civile sans défense, s'étaient débandés devant l'offensive des tatares de Crimée (de Crimée!), qui en avaient profité pour brûler Moscou...Il avait fallu alors démanteler l'oganisation incompétente. A l'époque cela signifiait en exécuter les dirigeants...

Heureusement, comme dirait Marx, l'histoire se répète, l'original est tragique, mais la copie seulement comique...

 

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