Les visages de la résistance

Depuis plus d'un an la population du petit village de Shiyes dans la région d'Arkhangelsk se bat contre la construction d'une immense décharge destinée aux ordures de Moscou. Des militants écologistes arrivent de toute la Russie et même de l'étranger pour la soutenir dans son combat. La photographe Anna Chuliatieva, originaire de la région, a photographié dix de ces héros ordinaires.

La mégapole de plus de 15 millions d'habitants, qui ne trie et ne recycle rien, et ne dispose d'aucune usine d'incinération, croule sous les ordures depuis que sa population s'est mise à consommer et gaspiller comme n'importe quelle autre avec la fin du socialisme. Pendant trente ans des tas d'ordures comparables à de petites montagnes ont poussé tout autour de Moscou. Mais les populations limitrophes n'en peuvent plus de la puanteur que ces décharges dégagent et de la dégradation générale de leurs conditions de vie. Elles commencent à protester. En cette période de mécontentement généralisé le pouvoir central et la municipalité de Moscou ont donc décidé d'aller jeter leurs ordures beaucoup plus loin, dans une région écologiquement déjà sacrifiée, c'est le cimetière des sous-marins et des brise-glace atomiques, et peu peuplée. On imagine le bilan carbone de l'opération, des centaines de camions faisant chaque jour un trajet de 1164 km.

Ces photographies ont été publiée dans le journal Novaïa Gazeta le 6 juin 2019.

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Marina Pakhtousova, Ourdoma : "Shiyes, c'est la renaissance de la Russie"

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Svetlana Bilkova, Ourdoma : "Shiyes a tout remis à sa place : les gens, les actes, la moralité. Nous pouvons désormais regarder au fond de nous et nous demander qui nous sommes vraiment."

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Roman Tomilov, Veliki Ustioug : "Shiyes c'est le peuple uni contre le malheur commun et la manifestation d'un véritable patriotisme. Il faut montrer à ceux qui ont le pouvoir que le véritable propriétaire de la terre, c'est le peuple, et que nous résisterons jusqu'au bout."

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Svetlana Strelnikova, Kotlas : "J'ai passé toute mon enfance ici et je veux que mes petits-enfants y connaissent aussi de l'eau, de la terre et un environnement propres. Mon petit-fils est fier de déclarer que sa grand-mère se bat pour Shiyes. Je ne peux même plus maintenant adresser la parole à ceux que ce problème laisse indifférents. Si nous abandonnons maintenant, c'est que nous ne valons rien. Je n'ai pas peur. J'ai ma conscience avec moi. Shiyes est pour chacun d'entre nous l'épreuve de vérité."

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Alexandre Larionov, Arkhangelsk : "Notre objectif stratégique : stopper la construction d'un cimetière géant à Shiyes;"

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Lucas Latz, Allemagne (étudiant à saint-Pétersbourg) : "Je suis venu parce que je suis tombé amoureux de la nature du Grand Nord russe et parce que je veux que la construction de la décharge s'arrête". 

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Olga Barannikova, Moscou : "Ma patrie est là où sont mes parents. Mon devoir est d'être ici et maintenant à Shiyes. C'est un jour de fête pour moi aujourd'hui : je suis devenue tata ! Mon premier neveu s'appelleVladimir. Grandis, mon petit, nous allons tenir pour toi. Nous ne nous rendrons jamais!"

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Liudmila Kojikhova, Kotlas : "Je ne peux pas rester de côté, je suis douloureusement touchée par l'avenir du pays, par celui de la région du Grand Nord. Shiyes est devenu pour moi le symbole de l'unité du peuple russe. Je pense que c'est le symbole d'une nouvelle étape dans l'histoire de notre pays."

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Victor Vichnevietski, Syktyvkar : "Shiyes, c'est une lutte contre les déchets de l'occupant moscovite, contre la politique coloniale de Moscou."

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Alexandre Krioukov, Kotlas : "Je suis venu à Shiyes combattre pour l'écologie".

 

 

 

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