Mariani célèbre le 11 novembre à Donetsk

Pour le centième anniversaire de la fin de la première guerre mondiale, l'ex-député LR n'a rien trouvé de mieux que d'aller donner sa caution "démocratique" à une mascarade électorale organisée dans deux Etats fantoches dirigés par des clans mafieux inféodés à Moscou.

Suite à l'assassinat du "président" de la République Populaire de Donetsk le 31 aôut 2018 des éléctions y étaient organisées ce dimanche 11 novembre, ainsi que dans la République Populaire de Lougansk. Ces deux entités politiques sont issues d'un mouvement de sécession plus ou moins spontané de l'Est de l'Ukraine suite aux événements qui en 2014 ont chassé du pouvoir le président Yanukovitch, lui-même originaire de cette région très majoritairement russophone.

Ces élections et leurs résultats ne sont reconnus ni par l'Ukraine, ni par la communauté internationale en ce qu'elles contredisent les accords de Minsk qui visent à trouver une solution pacifique au conflit. Elles ne sont même pas reconnues par la Russie qui ne peut avouer son soutien aux deux républiques, ni aller contre le processus de Minsk auquel elle adhère officiellement. Peskov, le porte-parole pince-sans-rire du Kremlin a déclaré que Moscou "comprend" ces élections sans les approuver puisque les deux régions ont été "abandonnées par l'Ukraine". Peut-être a-t-elle aussi "abandonné" la Crimée, comme la Georgie a "abandonné" l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud, et la Moldavie la Transnistrie. La Russie est bonne fille de se soucier de tous ces territoires et toutes ces populations abandonnées...

Ces élections n'ont pu être couvertes que par des medias pro-kremlin. Les reporters du journal russe indépendant Novaïa Gazeta comme ceux du Monde par exemple n'ont pas été autorisés à se rendre à Donetsk ni à Lougansk.

Dès le premier tour les candidats de Moscou ont été largement élus. Les élections se sont passées sur le modèle des élections en Russie. Seuls des candidats choisis pour leur insignifiance avaient le droit de se présenter. Les candidats qui auraient pu représenter une alternative sérieuse ont été éliminés. Le Comité Electoral a trouvé toutes sortes d'irrégularités dans les listes de signatures des soutiens nécessaires pour avoir le droit de se présenter. On a fabriqué des affaires contre d'autres qui ont été obligés de fuir en Russie. C'est le cas des candidats communistes, habituellement influents dans ces villes de mineurs, et de certains commandants populaires de la ligne de front qui espéraient contrecarrer les manoeuvres des "planqués". L'enjeu des élections dans ces microsociétes claniques vivant de la perfusion russe, de la contrebande et de l'exportation du charbon résidant essentiellement dans le contrôle des flux financiers en échange d'une loyauté absolue au kremlin. Moscou ne peut engendrer que des enfants qui lui ressemblent, des petites kleptocraties agressives.

Pour s'assurer de la participation on a promis à ceux qui viendraient voter malgré le froid de ce dimanche un crédit de 50 roubles (0,65 euros) sur leurs téléphones portables. Cela en dit long sur le niveau de vie que Moscou peut assurer à ses alliés, et sur l'efficacité économique des pouvoirs qu'elle y met en place. Tous les bureaux de votes étaient gardés par des soldats masqués et lourdement armés, comme en Crimée il y a quatre ans. Mais comme en Crimée il y a quatre ans, Mariani n'a rien remarqué et a accordé le brevet de transparence et de démocratie que sa télévision préférée, RT, attendait de lui. Ensuite il est allé boire du mauvais champagne de Crimée et chanter la Marseillaise avec la jeune, blonde et accorte ministre des affaires Etrangères de la RPD, Natalia Nikonorova. Charmé, il en a fait une icône sur son compte Twitter, entre ses deux autres idoles, Orban et Salvini.

Mariani était accompagné dans ses aventures au Donbass par deux représentants de la section LR de Moscou, Alexis Tarrade et Xavier Moreau. Comme le rappelle le journaliste Emmanuel Grynspan à propos du premier : "Alexis Tarrade knows a thing or two about democracy, he who was recently reelected with 100% of votes as head of Les Républicains Russie..." Quant à Xavier Moreau, il a déjà interviewé la belle Nikonorova sur le très démocratique site égalité-et-réconciliation de Soral.

On se demande où la bande de bras-cassés ira prochainement mesurer le degré de démocratie electorale: en Transnistrie ? En Tchétchénie ? En Syrie? En Lybie du côté du général Haftar? Nous leur conseillons de ne pas négliger la Syldavie et la Bordurie.

 

 

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