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Billet de blog 16 févr. 2021

Catastrophe démographique en Russie

je traduis ici un article publié sur le site meduza.io et qui corrige les chiffres officiels de la mortalité due au covid en s'appuyant sur les chiffres non moins officiels de la surmortalité. Important de connaître ces chiffres réels au moment où Poutine soutient que les Etats autoritaires sont plus efficaces que les démocraties face à la pandémie.

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Le 8 février l’Office National des Statistiques a publié les chiffres de la mortalité en Russie pour l’année 2020. Il en ressort que du premier avril, début de l’épidémie, au 31 décembre la surmortalité est de 358000 personnes. Un peu plus tôt le vice-ministre Tatiana Golikova avait déclaré que la surmortalité en Russie est liée pour 81% au covid, sans dire comment s'expliquent les 19% restants. Pendant ce temps le département de la santé publique de Moscou attribue 98% de la surmortalité observée dans la capitale au covid. Si on considère qu’en réalité presque toute la surmortalité est liée à l’épidémie, on peut supposer que les morts dues au coronavirus en 2020 sont 6,3 plus importantes que les 57000 morts que reconnaissent les chiffres officiels. Cela signifie que la Russie en 2020 occupe la deuxième place au monde après les USA pour le nombre de victimes et entre dans le topmondial pour le nombre de victimes du virus par habitant. Et au début de ce mois de février la Russie est certainement parvenue à la première place du nombre de morts pour 100000 habitants. 

En 2020 plus de 350000 personnes sont mortes du covid en Russie. La mortalité du pays a augmenté de 18%. 

  • Les pires mois ont été novembre, 8461 morts supplémentaires, et décembre, 96 012 morts supplémentaires. 
  • Le chiffre de décembre est plus de 4,5 fois plus élevé que celui du pic de la première vague de mai. En septembre plus de 232 000 personnes étaient déjà décédées du covid sur un total de 358 000. 
  • La Russie a perdu plus de 688000 habitants en 2020 sans tenir compte de l’émigration, parce qu’à la mortalité s’est ajoutée une baisse de la natalité qui perdure depuis plusieurs années. La pire diminution de population qu’a connue la Russie date des années 90 et de la désintégration de l’Union Soviétique : la Russie a perdu 958000 habitants en 2000, et 317000 en 2019. 

La russie est donc un des pays au monde qui ont le plus souffert du coronavirus. 

C’est aussi un des pays qui a le plus minoré les chiffres des morts dues au coronavirus : sur un an le rapport entre la surmortaliréelle et les chiffres officiels des morts dues au covid est de 6,3. Décembre 2020 est de ce point de vue le mois les chiffres officiels ont été les plus truqués. 

Si on considère que la surmortalité dans tout le pays comme à Moscou s'explique à presque 100% par le covid, alors la Russie se retrouve au deuxième rang mondial pour le nombre absolu de victimes directement liées à l’épidémie. C’est le résultat auquel est parvenu Dimitri Kobak, un chercheur de l’Université de Tübingen. Il n'y a que les Etats-Unis pour faire pire, mais avec une population deux fois plus nombreuse. 

Pour ce qui est des chiffres de la mortalité pour 100000 habitants la Russie conserve son statut de leader : il n’y a qu’au Pérou où la proportion de victimes est supérieure et dans quelques minuscules pays européens comme San-Marin. Mais il faut reconnaître que les données de la surmortalité manquent pour quelques pays qui ont aussi fortement souffert de l’épidémie, comme par exemple l’Inde. 

Janvier, si on en juge par les données officielles sur les pertes dues au coronavirus, n’a pas été un mois moins terrible que décembre. Et si on conserve les mêmes proportions entre les chiffres officiellement reconnus de morts dues au covid et la surmortalité depuis le début de 2021, alors on arrive au chiffre de plus de 129 000 décès. Ce qui signifie qu’à ce jour plus de 480 000 personnes sont mortes du covid, selon les comptes de Dimitri Kobak. 

Si ces décomptes lugubres sont exacts, cela signifie que la Russie occupe déjà la première place pour la quantité relative de décès et talonne les Etats-Unis pour le nombre absolu. 

Ces chiffres effarants sont le résultat de la politique du Pouvoir, et plus particulièrement de ses décisions concernant les élections consacrées à la modification de la Constitutions. 

D’après ce qu’il ressort des statistiques officielles pendant la première vague de l’épidémie le virus circulait activement à Moscou, dans sa banlieue, à Saint-Pétersbourg, dans quelques régions du centre du pays et dans le nord du Caucase. Et n’étaient concernées que les couches les plus actives de la société qui ne pouvaient pas se permettre de se confiner, comme les médecins. 

Quand les personnes appartenant à ces groupes sont massivement tombées malades et de ce fait ont constitué une immunité collective locale, les chiffres de la contamination ont commencé à baisser. Le gouvernement, préoccupé par l’effondrement de l’économie et les élections à venir à propos des modifications de la constitution visant à faire de Poutine un dictateur perpétuel, s’empressa de lever toutes les restrictions. Mais l’épidémie n’était pas encore redescendue à un niveau de malades tel qu’on aurait pu se contenter de le contrôler à l’aide de test et de suivi des cas-contacts.  

Dès juin le virus a commencé à se répandre dans les régions de l’Oural. En août la Sibérie a connu sa première vague. A Moscou et dans les autres grandes villes le virus s’est attaqué aux groupes sociaux et professionnels que la première vague avait épargnés. 

En septembre quand les écoles et les universités ont repris les cours et que les adultes ont quitté leurs datchas et sont revenus travailler en ville la diffusion du virus s’est brutalement accélérée dans tout le pays. Mais le pouvoir a préféré ne pas revenir aux sévères mesures de restriction du printemps. Comme si les mesures adoptées alors étaient apparues cette fois-ci comme insuffisantes pour arrêter la diffusion du mal. 

Le résultat est que l’économie de la Russie a réellement moins souffert que celle des pays européens et des Etats-Unis. Mais un problème se pose : premièrement le pouvoir, à la différence de ce qui s’est passé dans de nombreux autres pays, n’a pas souhaité compenser les pertes de la population dues au confinement, ce qui a conduit à une brutale baisse de ses revenus ; deuxièmement la sortie de crise sera probablement beaucoup plus compliquée pour la Russie que pour la plupart des pays développés ou en voie de développement. 

Presque la moitié de la population russe a déjà été en contact avec le virus et pourtant le risque d’une troisième vague reste d’actualité. 

A partir des données de la surmortalité (connaissant la mortalité naturelle induite par le virus sur des populations comparables à la Russie par leur structure de la pyramide des âges) on peut donner une approximation du nombre des personnes touchées par le virus. Si on s'en tient au coefficient de mortalité le plus communément admis, 0,66%, la proportion des personnes ayant été en contact avec le virus devait atteindre au début de janvier entre 45 et 47% de la population du pays. Depuis janvier cette proportion a dû dépasser les 50%. Vraisemblablement on se rapproche donc du seuil de l'immunité collective à partir duquel l’épidémie devrait commencer à reculer. Dans les autres pays, en Asie, en Europe et aux Etats-Unis, l’immunité collective sera plutôt atteinte grâce à la vaccination de la population. Avant d'en arriver là de nombreuses limitations des contacts entre les personnes devront rester en place. 

Cependant le seuil d’immunité collective pourrait au printemps s’avérer plus élevé si des variants du virus plus contagieux arrivent en Russie comme par exemple le variant anglais. Cela pourrait conduire à une troisième vague de l’épidémie conduisant à une nouvelle crise du système de santé et à 100000 morts supplémentaires. 

Ce sont les régions de la Volga qui ont le plus souffert de l’épidémie et c’est aussi là que les statistiques ont été les plus trafiquées. 

  • Le leader absolu reste néanmoins Moscou avec une surmortalité de 23500 personnes pour l’année 2020. 
  • Cependant en chiffres absolu c’est la région de Samara qui l’emporte avec 283 morts pour 100000 habitants (seulement 186 à Moscou). 
  • Suivent Samara la région d’Orenburg (268), le Tatarstan (239) et la Bachkirie (236). C’est précisément dans ces régions que pendant toute l’année 2020 les pouvoirs ont publié des chiffres très bas pour la mortalité due au covid. Par exemple en Bachkirie les chiffres de surmortalité sont 114 fois plus importants que ceux des victimesofficiellesdu covid. 

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