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Billet de blog 17 mars 2015

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Mélenchon et la Russie, encore

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

  Encore un mot sur les étranges complaisances de Mélenchon à l’égard du régime russe et de sa façon de traiter son opposition. On peut comprendre qu’un homme de gauche comme lui n’aime pas un libéral convaincu comme Nemtsov. Encore devrait-il comprendre combien il est difficile de mobiliser autour d’un programme réellement socialiste aujourd’hui en Russie après les expériences malheureuses du 20ème siècle. C’est vrai de toute l’Europe de l’Est et le sera malheureusement vraisemblablement encore longtemps. On peut se présenter comme communiste, mais en Russie ça ne veut pas dire être un ennemi du capitalisme, s’opposer à la propriété privée des moyens de production ou même avoir la fibre sociale, pas plus qu’en Chine aujourd’hui, ça veut dire jouer sur la nostalgie du stalinisme et proposer un mélange d’égalitarisme populiste et de nationalisme agressif.

  On peut aussi très bien comprendre qu’un humaniste comme lui n’aime pas le passé (vraiment passé ?) nationaliste de Navalnyi. Mais là encore s’il comprend qu’aucune alternance politique n’est possible en Russie en promettant de rendre la Crimée à L’Ukraine, il devrait comprendre les compromis de Navalnyi avec les nationalistes. Il ne traite pas avec autant de sévérité Syriza qui pourtant s’est trouvé des alliés au moins aussi douteux que ceux de Navalnyi et manipule des sentiments chauvins aussi dangereux.

  Mais on ne comprend pas du tout son silence sur Sergueï Udaltsov, assigné à résidence depuis février 2013, condamné l’année dernière à 4,5 ans de prison pour avoir « organisé illégalement des actions de masse » à la suite d’un procès aussi truqué que ceux de Navalnyi et après une campagne médiatique ridicule qui visait à en faire un traitre, encore un, à la solde de la Géorgie. Sergueï Udaltsov est un jeune activiste courageux et efficace qui a créé en Russie le mouvement Front de Gauche en référence explicite au parti de Mélenchon. On ne peut pas le soupçonner de complaisances libérales, et encore moins d’être un agent de l’étranger ou un allié (sinon objectif selon une grille de lecture stalinienne…) de l’impérialisme américain. Il avait été arrêté pour s’être attaqué à l’ambassade des Etats-Unis à Moscou pendant les bombardements de Belgrade par l’OTAN. Il avait été arrêté en 2012 pour avoir manifesté à Oulianovsk contre l’autorisation donnée aux bombardiers américains en route pour l’Afghanistan de s’y poser et d’y être ravitaillés. Cela ferait honneur au Front de Gauche français de s’intéresser un peu aux problèmes des militants de son homonyme russe.

  Mais il semble parfois que la volonté compréhensible et louable de s’opposer à l’impérialisme américain conduise Mélenchon et beaucoup d’autres hommes politiques français à être complètement aveugles sur la vraie nature du régime russe et sur son impérialisme propre. En Russie Mélenchon serait réduit au silence, en prison ou exilé. Les revenus du Capital y dépassent infiniment ceux du Travail, le droit du travail est un néant, les droits sociaux une fiction, l’hystérie militariste et nationaliste absolument irrespirable pour tout humaniste de gauche à la Mélenchon. Faut-il qu’il soit mal informé pour déclarer ce qu’il déclare certainement de toute bonne foi.

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