Notre-Dame : "Les socialistes m'ont brûler"

Et les syndicalistes aussi, selon la dernière candidate libérale contre Poutine. Ou de la dégradation intellectuelle en Russie.

Dans son compte Instagram la journaliste Ksenia Sobtchak exprime avec force et conviction les réflexions profondes que lui inspire l'incendie qui endeuille la France et le monde: "Et voilà comment se terminent les travaux de rénovation en France...Enculés de socialistes...Ils ont assassiné ma ville préférée au monde, envahie par les rats et les SDF, ravagée par leurs idéaux de tolérance généralisée. Mais cela ne leur suffisait pas. Il fallait y mettre le feu. Notre-Dame n'est plus. Bien sûr ils vont nous raconter qu'ils ont trouvé les causes de l'incendie, mais moi je connais les véritables causes depuis longtemps, et elles sont tout autres. Ma France chérie est devenue ce pays dans lequel on brise les vitrines de luxe juste parce qu'elles sont de luxe, dans lequel des syndicats bouffis de leur importance organisent des grèves toutes les semaines, dans lequel les impôts sont tellement élevés que ceux qui réussissent sont contraints à quitter le pays, dans lequel on ne peut plus licencier qui que ce soit. Mais je suis certaine qu'il existe un lien karmique entre tout cela et le fait que ce chef-d'oeuvre ait brûlé : il incarnait un luxe trop insolent." 

La donzelle a le nez creux : quand on voit les noms des premiers souscripteurs zélés, les industries du luxe sont effectivement bien représentées. Foin de voeu de pauvreté, la vérité du christianisme, c'est la promotion des industries du luxe. Pour Ksenia Sobtchak le catholicisme romain n'est finalement pas si éloigné de l'orthodoxie russe, où les popes roulent en Porshe Cayenne et les patriarches portent des montres de plus de 100000$.

Quant à son très lucide constat de la décadence de sa "France Chérie", on dirait qu'elle lui été soufflée par un militant de la REM.

Quelques mots sur le personnage. Fille d'Anatoliy Sobtchak, maire de Saint-Petersbourg dans les années 90, enrichi par toutes sortes de trafics facilités par la nature portuaire de la ville. Son responsable de la sécurité était une petite frappe efficace issue des services secrets, Vladimir Poutine, tellement efficace dans toutes ses basses oeuvres qu'on le conseillera à Eltsine vieillissant pour s'assurer une sortie sans heurt et sans procès. Ksenia s'est longtemps vantée d'avoir sauté petite sur les genoux de Tonton Volodia, son parrain. Un peu plus tard elle a fait une carrière fulgurante à la télévision d'Etat, due bien évidemment à ses seules qualités personnelles. Elle a longtemps été l'animatrice de la version russe d'un show de téléréalité particulièrement crasseux, le Loft, qui lui a fait gagner l'argent qu'elle dépense dans sa "ville chérie" puisque Dieu merci il n'y a pas de socialistes en Russie et le taux d'imposition de la flat tax de 13% est le même pour les pauvres et les stars pistonnées de la téléréalité. Qui préfèrent néanmoins dépenser ces revenus peu imposés dans les pays "socialistes".

L'année dernière la filleule, brusquement animée de sentiments démocratiques et presque socialistes, décide étrangement de se présenter contre son parrain. Dieu merci Saint-Basile n'a pas pris feu. C'est ce qu'on appelle un candidat "spoiler", ou un "projet du Kremlin", sans autre fonction que de prendre des voix à l'opposition réelle pour l'affaiblir. Une pure saleté, donc, absolument méprisable, et qui quelques semaines après les élections, reprenait son métier répugnant de "journaliste" fouillant les poubelles des stars du show-biz russe.

Mais elle a finalement gardé une certaine modération dans son post. Dans les media gouvernementaux l'incendie de N.D. est plutôt interprété comme un signe de la colère divine sur la Fille Aînée de l'Eglise, punie pour son ouverture à l'immigration de masse et au mariage pour tous.

On pouvait bien-sûr s'attendre à ce que cet événement suscite un déferlement de conneries, et pas seulement en France. De son côté l'écrivain Boris Akounine s'en doutait : "A tous ceux qui voient des signes et des symboles partout (je suis moi-même ainsi) je proposerais d'interpréter ce message comme une démonstration de solidarité mondiale et de la solidité de notre civilisation terrestre." A le lire on pourrait se dire que le bon sens et la décence n'ont pas complètement disparu de Russie. Mais en fait l'écrivain est réfugié à Londres et ne reviendra dans son pays que lorsque le régime de Poutine sera tombé.

 

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