1917-2017 : retour de la monarchie en Russie ?

Après que le Kremlin a accueilli fraîchement sa proposition de poser la couronne du tsar sur la tête de Vladimir Poutine, le président de Crimée Sergueï Axionov corrige sa position.

Sur la chaîne nationale Rossia 24, l’équivalent intérieur de Russia Today, il précise qu’il ne visait pas dans sa première déclaration (voir mon billet précédent) la restauration de la monarchie en Russie mais l’attribution de pleins pouvoirs à vie à Vladimir Poutine. La monarchie n’était invoquée que métaphoriquement, il ne s’agissait pas d’un bouleversement constitutionnel, mais seulement de la définition des pouvoirs du président.

« Si par exemple notre président Vladimir Vladimirovitch avait été au pouvoir en Union Soviétique, elle n’aurait jamais disparu. Si dans la Russie tsariste s’était trouvé un homme avec un tel caractère, aussi intelligent et déterminé, les choses auraient pu tourner de manière plus positive. Quand des forces précises s’unissent contre son pays, le président doit disposer de leviers puissants. Parfois le destin d’un pays ne dépend que de la force de volonté de son président et de la justesse de ses décisions. Vladimir Vladimirovitch doit donc devenir président à vie. »

Après la réaction très fraîche du porte-parole du Kremlin Dimitri Peskov, c’est au tour du président de la Douma Viatcheslav Volodine de recadrer les choses : « Chacun peut exprimer les points de vue les plus divers, mais il faut vraisemblablement regarder plutôt vers l’avenir que vers le passé ». Sages paroles, qui malheureusement ne reflètent pas l’état d’esprit de la majorité de l’opinion et des élites russes. Ni la pratique politique réelle dans l’espace de l’ex-union soviétique : si on excepte l’Ukraine, les pays baltes, la Moldavie et la Géorgie, où les alternances sont possibles, toutes les autres républiques connaissent des présidents à vie, de fait sinon de droit.

Mais rien d’urgent en Russie, où Poutine dispose encore de presque un mandat et demi avant de devoir modifier la constitution s’il veut rester au pouvoir. On mettra donc les délires de Sergueï Axionov sur le compte de sa rusticité : en confiant le pouvoir à un petit bandit de province inculte, on doit s’attendre à ce qu’il prononce souvent des conneries. Et aussi sur le compte de tous les toasts qu’il a dû porter ces jours-ci en l’honneur de l’annexion de la Crimée dont on fêtait le troisième anniversaire ce 18 mars.

 

Son enthousiasme est d’ailleurs cette année assez isolé : pour réunir quelques milliers de personnes dans les plus grandes villes de Russie afin de commémorer dignement l’événement il a fallu avoir recours encore plus que d’habitude aux « ressources administratives ». C’est ainsi que des milliers d’étudiants et de fonctionnaires ont été menacés de perdre primes et bourses s’ils n’allaient pas manifester leur joie sous des giboulées de neige fondue aux quatre coins du pays.

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