La République de Donetsk manque de combattants

  Je ne résiste pas au plaisir de traduire quelques extraits de l’émission du journaliste Pavel Lobkov sur la chaîne russe indépendante DozhdjTV. Si certains veulent voir à quoi ressemblent les branquignols désormais au pouvoir à Donetsk, l’émission est librement accessible sur le site tvrain.ru, elle s’appelle tout simplement « Lobkov » et date du 19 mai.

  « La République Populaire de Donetsk manque cruellement de combattants. Par contre, des chefs, il y en a à foison, un « gouverneur populaire de région », un ministre de la défense, un chef de gouvernement en la personne du politologue russe Alexandre Borodaï, et même une ministre de la culture, la couturière Nathalia Voronina.

  Par contre, des combattants, il n’y en a pas. Au point que dimanche soir, dans une émission de la chaîne russe publique, invoquant l’exemple de la guerre d’Espagne, un certain Roman Ratner, commandant du « Bataillon Alia », a appelé tous les vétérans des services spéciaux russe qui n’ont pas encore trouvé leur place en Israël, à se rendre à Donetsk pour y prendre les armes. Le « Bataillon Alia » que commandait Ratner en Israël et que sur place on appelait « les Tchétchènes » a été dissout en 2006. Il est prêt désormais à offrir ses services à Igor Strelkov-Guirkine, le ministre de la défense autoproclamé de la République Populaire de Donetsk, tellement désolé par la passivité des habitants du Don qu’il s’est fendu d’une intervention télévisée sur le thème : des armes on en a plein, mais personne pour s’en servir !

  Extrait de l’intervention télévisée du nouveau ministre : « A Slaviansk ne vivent pas moins de 120000 personnes, toutes ne sont pas en bonne santé ou en âge de porter les armes, certaines sont occupées à des fonctions vitales pour l’approvisionnement de la ville, mais je l’avoue, je n’aurais jamais cru que dans toute la ville ne se serait même pas trouvé un millier d’hommes prêts à se rendre en première ligne, là où chaque jour ont lieu des échanges de tirs. Et pourtant, c’est bien la réalité ! »

  Sur le même thème, interview de D. Pouchiline, président du Conseil Populaire de la République de Donetsk : « En fait il s’agit d’un problème d’organisation, rien de plus. Tel que je vois les choses, d’un côté il y aurait beaucoup de volontaires, mais ils sont habitués à un certain confort. Ils voudraient combattre entre 7 heures et 18 heures et ensuite rentrer à la maison siroter du thé avec leurs femmes. Voilà malheureusement la situation. Mais pour qu’il y ait de la discipline, comme le voudrait Igor Ivanovitch [Strelkov-Guirkine], et comme il a réussi en partie à l’organiser avec succès, il faudrait instaurer un vrai régime de caserne. Quant à son appel à la mobilisation des femmes, c’était plus pour secouer les hommes. En réalité je n’ai été contacté que par huit femmes ayant pris part à une formation de sniper. »

  Tout cela signifie que personne ne veut combattre. Peut être que le premier ministre Borodaï n’a pas su formuler d’Idée Nationale suffisamment mobilisatrice. Peut-être que l’histoire se répète…

  En 1918 déjà, Nestor Makhno, le plus célèbre défenseur d’une république indépendante en ces contrées, avait refusé de livrer son Guliaï-Pole natal aux troupes rouges régulières pour aller combattre plus loin sous leur commandement. Pour cela son armée fut réduite à néant. Et pourtant, qu’il avait été aimé, quelles chansons n’avait-on pas composées en son honneur !

 Il y a un autre précédent, une autre intrigante passionaria de la République de Donetsk, Maroussia Nikiforova, la célèbre anarchiste, elle aussi un temps compagnon de route des bolcheviks. Dès que sa troupe de combattants volontaires échappa au contrôle de Moscou, son train blindé et tous ses canons ne l’empêchèrent pas d’être deux fois condamnée pour pillage, et elle aurait été fusillée sans l’intervention du Commissaire Populaire Antonov-Ovseenko. Abandonnés à leur sort, elle et toute sa troupe périrent en combattant les Blancs en Crimée.

  De la même manière, en refusant régulièrement de suivre les conseils insistants du Ministère russe des Affaires Etrangères et d’entrer en négociation avec le gouvernement de Kiev, les dirigeants actuels des milices populaires du Donbass risquent de sérieux ennuis. Ils ont déjà désobéi une fois à Vladimir Poutine en ne reportant pas leur referendum et en refusant à l’avance de reconnaître le résultat des prochaines élections en Ukraine. La patience de leurs soutiens moscovites pourrait s’épuiser rapidement. Et les héros rebelles d’hier, comme Maroussia Nikiforova ou comme Nestor Makhno, pourraient demain passer pour des imposteurs, des pillards et des terroristes. Comme l’a montré sa réaction instantanée aux propos pacificateurs inattendus de Vladimir Poutine, la machine de propagande russe est capable de changer son fusil d’épaule en moins de 24 heures. »

 

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