La Biélorussie rétablit le servage

  Le président biélorusse a promis de signer prochainement un décret qui rétablirait en substance le servage dans les zones rurales, interdisant aux employés des kolkhozes et des sovkhozes (ils existent toujours en Biélorussie !) de changer d’activité et de déménager en ville.

  Il s’agit d’un projet préparé depuis longtemps par l’administration présidentielle, mais le président Loukachenko en a officiellement fait état lors d’un déplacement dans la région de Minsk. Il n’a pas craint d’utiliser la tournure russe « krepostnoe pravo » qui désigne l’ensemble des règles  définissant le servage dans le droit féodal russe avant son abolition en 1861, et sans du tout lui prêter la moindre connotation péjorative, y voyant juste une mesure de bonne gestion. Ce qui en dit long sur la difficulté à penser les droits de l’individu jusqu’à aujourd’hui dans l’espace de l’ex-URSS…

  Un expert de l’économie biélorusse et qui n’a pas souhaité dévoiler son identité rappelle que ce n’est pas une nouveauté. D’après lui les travailleurs du secteur agroalimentaire dans les entreprises rurales ont déjà été légalement transformés en serfs. Après sa visite de l’entreprise «Ivazevitchdrev » le 23 novembre 2012 Alexandre Loukachenko a promulgué le décret N°9 qui interdit aux travailleurs des entreprises agroalimentaires rurales  de démissionner avant l’achèvement total d’un projet d’investissement. C'est bien sûr le fonctionnaire qui dirige l'entreprise qui est seul habilité à décider du degré d'achèvement du dit projet.

  Ce décret contredit non seulement le droit du travail international, mais aussi le droit du travail biélorusse et la constitution. Ce qui ne l’a pas empêché de passer comme une lettre à la poste.

  Pour le consommateur russe déboussolé et nostalgique, le petit parfum soviétique et collectiviste des produits alimentaires biélorusses était un puissant argument de marketing. On verra si une franche odeur d’ancien régime, d’autocratie et de knut renforcera l’appétence.

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