Cuba: Pourquoi Mélenchon a raison

La position de Jean-Luc Mélenchon concernant Cuba a déclenché l'ire de deux blogueurs sur Libération et Rue89. Pourtant, le chef de file du Parti de gauche a raison : pourquoi Cuba mériterait-elle le bonnet d'âne de la dictature tropicale, quand les droits de l'homme sont aussi violés au Mexique, au Honduras ou en Colombie ?

Mur décoré du front de mer de La Havane © DR Raphaël Morán Mur décoré du front de mer de La Havane © DR Raphaël Morán
La position de Jean-Luc Mélenchon concernant Cuba a déclenché l'ire de deux blogueurs sur Libération et Rue89. Pourtant, le chef de file du Parti de gauche a raison : pourquoi Cuba mériterait-elle le bonnet d'âne de la dictature tropicale, quand les droits de l'homme sont aussi violés au Mexique, au Honduras ou en Colombie ?

«Cuba n'est pas une dictature », « ce n'est pas non plus une démocratie comme nous l'entendons ». Les propos de Jean-Luc Mélenchon à propos du régime Cubain sont excessifs. Oui Cuba est une dictature dirigée par un parti unique où la liberté d'expression est limitée, sinon quasi nulle. Mais peut-on pour autant faire de Cuba un épouvantail dictatorial ? Non, sûrement pas. Et Jean-Luc Mélenchon a raison de s'insurger lorsqu'il critique l'obsession du Parlement européen à récompenser des dissidents cubains (3 en 10 ans) alors que d'autres pays d'Amérique latine -et du monde- connaissent également des violations des droits de l'homme.

L'insistance du leader du Front de Gauche à resituer Cuba dans le contexte latino-américain est donc louable, lorsqu'on sait que l'Union européenne est beaucoup plus discrète lorsqu'il s'agit de condamner les excès de la guerre contre le narcotrafic que mène l'administration mexicaine du président Calderón, lorsqu'il s'agit de soutenir le président équatorien Rafael Correa victime d'une attaque de la police de son propre pays ou encore de condamner les violations des droits de l'homme en Colombie.

Il y a eu certes des textes votés par les députés européens, ici, pour soutenir Manuel Zelaya, ou là en signe de préoccupation face à la violence au Mexique.

Mais toujours à pas feutrés, puisque le premier objectif des institutions européennes est de favoriser les échanges économiques. Un journaliste mexicain en poste à Bruxelles et correspondant de l'hebdomadaire Proceso a d'ailleurs plusieurs fois mis en exergue les pressions du Parti Populaire espagnol (droite) au sein des institutions européennes, pour soutenir l'administration de Felipe Caderón dont la « guerre contre le narcotrafic » a déclenché une militarisation terrifiante du pays. Dernièrement, une députée finlandaise, qui a décidé d'enquêter sur la mort d'un militant des droits de l'homme de son pays au Mexique à Oaxaca lors d'un assaut paramilitaire contre une caravane d'ONG, a été bannie de la délégation européenne lors d'un déplacement au Mexique ! Un député de droite espagnol à la tête de la délégation du Parlement est à l'origine de cette mise à l'écart, afin sûrement de ne pas froisser les Mexicains, dont la représentante à Bruxelles a tenu des propos hallucinants tels que « il n'y a pas de paramilitaires au Mexique »... Pire, en 2006, José María Aznar a soutenu Felipe Calderón, candidat élu grâce à une fraude électorale. Un soutien qui a d'ailleurs valu une amende au parti de Calderón, puisque la loi mexicaine interdit les soutiens étrangers en temps de campagne électorale...

Ces Mexicains heureux à Cuba

Pour répondre à ce blogueur de Rue89, qui n'a visiblement pas mis les pieds en Amérique latine depuis 1972, faut-il rappeler que la situation à Cuba n'est pas pire que dans les autres pays latinoaméricains ? Lui qui a été victime des contrôle de police politique à l'aéroport de La Havane, je l'invite à faire la route Mexico-Michoacán et à se faire fouiller 4 fois par les barrages militaires qui ponctuent la route. Ou alors tout simplement à être un jeune à la peau brune à Paris, et à se faire harceler par les contrôle de police...

Ne tombons pas dans une sordide évaluation du pire pays latino-américains en matière de violations des droits de l'homme. Mais laissez moi rire tout de même lorsque Jean Quatremer raconte sur son blog que « vus de Cuba, les débats français sur les mérites de l'économie de marché, de la « concurrence libre et non faussée » et de la globalisation apparaissent surréalistes. » Ou plus loin que « les Cubains ne rêvent que d'une chose, justement, de l'économie de marché ». En effet, pour les Mexicains, les Péruviens ou les Colombiens, l'éducation universelle, marcher librement dans une rue ou avoir accès à la santé gratuitement sont des droits inexistants auxquels les Cubains ont pourtant accès.

Un ami mexicain marié à une cubaine et qui vit à La Havane m'a dit récemment : « Critique Cuba tant que tu veux. Mais moi, ma fille a été soignée par les médecins cubains pour 1 peso. Je n'aurais jamais pu lui payer de tels soins au Mexique ». (Voir mes impressions cubaines après un voyage il y a quelques mois).

Alors certes, sa femme l'accuse d'être « un admirateur du régime », mais la conclusion que l'on peut apporter c'est qu'on aimerait que les indignations parisiennes concernant les violations des droits de l'homme en Amérique latine soient moins sélectives. Pourquoi tant de haine contre Cuba ? Serait-elle victime d'une rancœur symétrique à l'espérance qu'elle a suscitée chez les soixante-huitards ?

>Actualisation: Nestor, le blogueur de Rue89 et également blogueur sur Mediapart, a répondu à ce billet. A lire ici<

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.