Raphaël Morán
Journaliste @raphamoran
Abonné·e de Mediapart

80 Billets

1 Éditions

Billet de blog 20 mai 2012

Mexique: les jeunes contre l’ordre médiatique

« Aujourd’hui il semblerait que le Mexique soit un pays qui a mal partout, malade de sa corruption, infecté par la violence, mais lorsqu’on ausculte le cœur, on entend un battement si énergique qu’il le fait vibrer tout entier : c’est celui de sa jeunesse ».

Raphaël Morán
Journaliste @raphamoran
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

« Aujourd’hui il semblerait que le Mexique soit un pays qui a mal partout, malade de sa corruption, infecté par la violence, mais lorsqu’on ausculte le cœur, on entend un battement si énergique qu’il le fait vibrer tout entier : c’est celui de sa jeunesse ». L’écrivaine mexicaine Elena Poniatowska a célébré la jeunesse mexicaine lors de ses 80 ans, elle qui a chroniqué le mouvement étudiant de 1968 au Mexique.

Ce billet marque le début d’une série sur les élections mexicaines du 1er juillet.

La jeunesse mexicaine est en effet venue troubler à la mi-mai, une campagne présidentielle écrasée par le rouleau compresseur médiatique du candidat du vieux Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI) qui a régné sans partage sur le pays jusqu’en 2000. Entre clientélisme et autoritarisme, le PRI poursuit ses bonnes vieilles méthodes consistant à corrompre individus et corps intermédiaires pour conquérir le vote.

Le candidat de ce parti, Enrique Peña Nieto, dont nous avions déjà ici dressé le portrait (lire "Peña Nieto, le "beau gosse" sera-t-il le prochaine président du Mexique?"), a toutefois actualisé les méthodes de contournement démocratique dont son parti est coutumier, en mettant l’accent sur l’achat d’espace publicitaires et en achetant les journalistes (nous reviendrons en détail sur ce sujet). Il est en tête des intentions de vote.

Mais la machine s’est grippée le 11 mai dernier lors d’une visite aux étudiants de l’université Iberoaméricaine. La conférence dans cet établissement privé situé dans le quartier cossu de Santa Fe dans l’ouest de Mexico a viré au cauchemar. Les étudiants l’ont d’abord questionné sur la brutale répression qu’il a ordonnée à Atenco en 2006 lorsqu’il était gouverneur. Puis, en quittant la salle, une manifestation l’a acculé dans les toilettes de l’université où il s’est réfugié, le visage terrifié, comme en témoignent les images. Il a ensuite accusé les étudiants d’être des partisans du candidat de gauche, une accusation relayée abondamment par les télévisions du pays. Et les journaux. Comme en témoignent ces unes de journaux locaux du puissant groupe de presse OEM, unanimes jusqu’à la caricature : « Succès de Peña Nieto, malgré un boycott planifié ».

© 

Fureur sur les réseaux sociaux : 131 étudiants de la Ibero ont mis en ligne une vidéo dans laquelle ils affirment leur indépendance d’esprit, en montrant leur carte d'étudiant. Quelques jours plus tard, avec d'autres universités privées, ils ont mené une manifestation contre l’ordre médiatique. Las des journaux télévisés dans lesquels il est difficile de faire le tri entre l’information et les publireportages en faveur de tel ou tel candidat, les étudiants ont manifesté devant Televisa, premier groupe audiovisuel du pays, pour exiger un traitement honnête de l’information. Au Mexique, contrairement à la France, les candidats ont en effet le droit d’acheter des espaces publicitaires dans la rue, à la télévision et à la radio.

C’est la nouveauté de cette campagne : le réveil d’une jeunesse éduquée et parfois politisée des quartiers riches, qui échappe à l’emprise médiatique grâce à des réseaux sociaux venant fracturer le monopole informatif.

Autre nouveauté, dans plusieurs villes du pays, des jeunes, souvent réunis grâce aux réseaux sociaux ont mené une manifestation contre la personne d’Enrique Peña Nieto. Manifestations souvent horizontales et sans porte-parole. Dont la spontannéité tranche avec les meetings politiques où les partis offrent des paniers garnis aux participants.

« Je respecterai toutes les opinions qui existent au Mexique », a répondu le candidat du PRI, tout en affirmant qu’elles étaient convoquées « par la gauche ».

Un demi siècle après la brutale répression du mouvement étudiant mexicain de 1968, la jeunesse mexicaine touchée en plein cœur par le chômage et qui ne doit rien aux élites corrompues du pays va-t-elle se réveiller ? C’est l’une des clefs de cette élection où voteront 3,5 millions de primo-votants, sur un corps électoral de 79,6 millions d’électeurs.

Suivez la campagne mexicaine sur Twitter: @raphamoran, et via le mot-clef #Mexique2012.

Vous pouvez également suivre la campagne électorale mexicaine sur le blog Elections Mexique 2012.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Écologie
Incendies en Gironde : « C’est loin d’être fini »
Dans le sud de la Gironde, le deuxième méga-feu de cet été caniculaire est fixé mais pas éteint. Habitants évacués, élus et pompiers, qui craignent une nouvelle réplique, pointent du doigt les pyromanes avant le dérèglement climatique, qui a pourtant transformé la forêt des Landes en « grille-pain ».
par Sarah Brethes
Journal
Été de tous les désastres : le gouvernement rate l’épreuve du feu
Le début du second quinquennat Macron n’aura même pas fait illusion sur ses intentions écologiques. Depuis le début de cet été catastrophique – canicules, feux, sécheresse –, les ministres s’en tiennent à des déclarations superficielles, évitant de s’attaquer aux causes premières des dérèglements climatiques et de l’assèchement des sols.
par Mickaël Correia et Amélie Poinssot
Journal
Des avocates et journalistes proches de Julian Asssange poursuivent la CIA
Deux journalistes et deux avocates américains ont déposé plainte contre l'agence de renseignements américaine et son ancien directeur, Michael Pompeo. Ils font partie des multiples proches du fondateur de WikiLeaks lui ayant rendu visite dans son refuge de l'ambassade équatorienne de Londres alors qu'il été la cible d'une vaste opération d'espionnage.
par Jérôme Hourdeaux
Journal — Écologie
Pour plus d’un quart des Alsaciens, l’eau du robinet dépasse les normes de concentration en pesticides
Dans le Bas-Rhin, des dépassements des limites de qualité ont été constatés dans trente-six unités de distribution qui alimentent en eau potable plus de 300 000 habitants, soit un quart de la population. Le Haut-Rhin est touché dans des proportions similaires.
par Nicolas Cossic (Rue89 Strasbourg)

La sélection du Club

Billet de blog
Quand la langue nous fait défaut
Les mots ne sont plus porteurs de sens, ils ne servent qu'à indiquer ce que l'on doit penser et ce qu'il est interdit de penser. La réaction du gouvernement français aux bombardements de Gaza le démontre une fois de plus.
par ekeland
Billet de blog
« Le canari dans la mine de charbon » : chronique annoncée de la crise du Sri Lanka
La grave crise économique que traverse le Sri Lanka, la suspension du paiement de la dette souveraine et le soulèvement populaire de 2022 ont attiré l’attention du monde entier. Le Sri Lanka est décrit comme le « canari dans la mine de charbon », c’est-à-dire un signe avant-coureur de l’avenir probable d’autres pays du Sud.
par cadtm
Billet de blog
Russie, une guerre criminelle, une opinion complice ?
Une analyse du sociologue russe Lev Goudkov, qui démonte les leviers de la propagande du pouvoir russe et y voit l'explication du soutien passif, mais majoritaire apporté par la population russe à l'intervention militaire en Ukraine. Il ne cessera, selon lui, qu'avec un choc qui lui fasse prendre conscience des causes et des conséquences de la guerre, processus qui n'est pas encore engagé.
par Daniel AC Mathieu
Billet de blog
De Kaboul à Kyiv : femmes déchues de leur citoyenneté
[Rediffusion] Rien en apparence semble lier le sort des femmes afghanes à celui de leurs contemporaines ukrainiennes si ce n’est déjà la dure expérience d’une guerre sans fin. A travers leur corps de femme, peu importe leur âge, elles subissent une guerre menée contre leur statut durement gagné en tant que citoyennes ayant des droits, au nom d’une violence patriarcale que l’on espérait révolue.
par Carol Mann