Au-delà du logique dichotomique « guerre / complaisance »

L’atmosphère qui règne dans les médias lorsqu’on évoque la question iranienne est nourrie par une logique dichotomique, rigide et simpliste selon laquelle il n’y aurait que deux approches possibles vis-à-vis du régime des mollahs : « soit la guerre, soit la complaisance ».

Avec cette logique, ceux qui sont contre l’accord nucléaire sont décrits comme des va-t-en-guerre songeant à détruire l’Iran et ceux qui sont favorables à cet accord nucléaire et à la politique de complaisance envers le régime iranien sont décrits comme de gentils pacifistes. Ainsi, on oublie que ces soi-disant pacifistes sont en train de défendre sans vergogne une des pires dictatures dans l’histoire contemporaine.

Les traces de cette logique pernicieuse sont visibles partout : lorsque Barack Obama accuse les opposants de cet accord au Congrès des Etats-Unis, lorsqu’Hassan Rohani accuse les opposants de cet accord en Iran, ou encore lorsque les lobbyistes et les partenaires commerciaux et politiques du régime iranien en Europe et aux Etats-Unis préconisent une politique d’apaisement envers ce régime.

Pour manipuler les opinions publiques, les apôtres de cette logique prétend qu’aucune solution, autre que guerre ou complaisance, n’existe pas. Pour étayer ce raisonnement, ils essayent de faire admettre les deux fausses idées suivantes :   

La première fausse idée : « Un régime cruel, mais stable »

Les partisans de complaisance envers le fascisme religieux au pouvoir en Iran – occupés par leur commerce de pétrole et de sang – prétendent que le régime de la République islamique est un régime très puissant et très stable, un régime qui perdure, malgré de nombreux bouleversements qu’il y a eu ces dernières années dans la région et dans le monde, un régime que personne à l’intérieur de l’Iran n’a la capacité de le reverser, un régime qui a la capacité d’éliminer tous les opposants à l’intérieur du pays et qui n’a aucune alternative. Ils insistent que supporter le régime des mollahs est la destinée inévitable du peuple iranien.

Cette fois-ci, ils ne parlement plus de modération, de réforme, de société civile ou d’autres slogans que les factions internes du régime iranien utilisent pour séduire l’Occident. Or, les Iraniennes connaissent très bien la nature du régime des mollahs et dans leur mémoire collective se souviennent très bien des crimes et exactions que ce régime a commis durant les quatre dernières décennies.

Les partisans de la politique de complaisance envers le régime iranien essayent de prôner la passivité, en faisant semblant qu’ils sont soucieux des intérêts de peuple iranien. Ils disent ceci : nous savons que ce régime iranien est un régime oppresseur et cruel, mais ce régime est résolu à se maintenir au pouvoir et pour ce faire, il est prêt à détruire tout l’Iran. Regardez la situation en Syrie !  Jusqu’à présent, plusieurs centaines de personnes sont tuées en Syrie et plusieurs millions de personnes dans ce pays ont été contraintes à prendre le chemin de l’exile. Pour se maintenir au pouvoir, le régime iranien est prêt à commettre des crimes dans des proportions bien plus grandes que ceux commis par le régime syrien.

La seconde fausse idée : « le prix du renversement du régime des mollahs sera extrêmement élevé »

Dès corps d’enfant bandés dans des linceuls blancs, des mères en train de pleurer, des habitations détruites dans des bombardements aveugles ou des attentats suicides, des gens qui n’ont même pas d’eau potable et qui passe la nuit dans les ruines de leurs maison détruite, des colonnes de personnes fuyant les zones de guerre, des visages horribles de djihadistes venus de partout, un cauchemar interminable…  

Les mollahs prétendent qu’au lendemain de leur renversement, nous verrons en Iran les scènes décrites ci-dessus, des scènes de guerre que personne n’a évidemment pas envie de voir.

Dans sa propagande non officielle relayée par des lobbyistes comme NAIAC et par certains médias persanophones basés à l’étranger, le régime iranien essaye de propager cette idée que son renversement ne se réalisera que par une intervention étrangère, à l’instar des interventions qu’il y a eu contre Saddam Hussein ou contre Mouammar Kadhafi, des interventions lors desquelles il y a eu des bombardements massifs, des destructions des infrastructures économiques du pays et une situation instable et imprévisible laissant proliférer des groupes terroristes, islamistes et extrémistes. Autrement dit, le régime iranien prétend que son renversement créera en Iran une situation comparable à celle qu’on a connue en Afghanistan, en Irak ou en Lybie.

 Un changement révolutionnaire par le peuple iranien

Dans les scénarii décrits ci-dessous, un élément essentiel a été oublié : le peuple iranien et sa résistance. Dans les théories développées par des partisans de complaisance envers les dictateurs, les peuples sont des troupeaux dociles et ne jouent aucun autre rôle qu’obéir aux régimes en place. Dans ces théories, le peuple est composé d’éléments passifs et dépourvus de volonté que le dictateur peut manipuler à sa guise et qui n’ont aucune capacité de changer les règles du jeu. A l’opposé, pour les révolutionnaires, dans les changements social et politique, l’élément déterminant c’est le peuple. Pour les révolutionnaires, les choix du peuple ne se limitent pas à accepter une intervention militaire impérialiste ou accepter une dictature moyenâgeuse. Le peuple iranien a la capacité de provoquer un changement révolutionnaire, en ne comptant que sur ses propres forces. Le régime iranien est un régime érodé et à bout de souffle qui n’a aucune base populaire. Lors de chaque mouvement de contestation populaire en Iran, nous avons constaté à maintes reprises que le peuple ne veut rien de moins que le renversement de la dictature des mollahs. Les Iraniens disent non à l’obscurantisme et au fondamentalisme d’Ali Khamenei, de même qu’ils disent non au néolibéralisme d’Hassan Rohani.

Lorsqu’on admet le rôle déterminent du peuple, on découvre qu’une alternative à cette dictature existe, une alternative qu’il faut reconnaitre et qu’il faut soutenir si l’on veut mettre fin à la dictature des mollahs.  

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