Iran, Il y a toujours une corde suspendue ici

Malgré une vague de soutien internationale et une très vaste campagne pour empêcher son exécution, Navid Afkari, un champion national de lutte, a été pendu à la prison de Shiraz le matin du 12 septembre. Navid a été accusé d'avoir tué un membre des forces de sécurité en civil qui réprimait les manifestations à Chiraz.

Ses deux frères, Vahid et Habib, tous deux ouvriers, ont été arrêtés pour les mêmes chefs d'accusation. Vahid a été condamné à 54 ans de prison et Habib à 27 ans.

Un avocat qui a pu accéder au dossier suite au tollé suscité par l’affaire, confirme qu'il n’existe aucune preuve de la culpabilité de son client. Seuls les aveux obtenus sous la torture ont fait office de preuve.

Navid Afkari 27 ans a d’ailleurs décrit en détail la torture qu'il a subie dans une lettre et un fichier audio envoyé hors de prison. Il explique notamment que les interrogateurs lui ont couvert le visage de plastique afin qu'il ne puisse plus respirer jusqu’à suffoquer. Puis ils ont enlevé le plastique et en même temps ils ont frappé différentes parties de son corps avec des matraques et des barres de fer de sorte que plusieurs parties de son corps ont été endommagées et son bras a été cassé à plusieurs endroits.

Navid dans un fichier audio insiste sur son innocence : « Ils ont suspendu une corde et ils cherchent un cou pour leur corde. »

Une phrase qui est devenue le slogan de ses soutiens contre son exécution sur les réseaux sociaux.

Dans une vidéo, dont une copie a été fournie aux agences de presse, la mère de Navid, Behine Namjoo, explique que son mari, ses trois fils et son gendre ont été torturés les uns devant les autres pour les pousser à témoigner les uns contre les autres.

Amnesty International a publié le 2 septembre un rapport documentaire intitulé "Destroyers of Humanity", indiquant que les forces de sécurité et les autorités judiciaires iraniennes avaient "largement" détenu des manifestants.

Après les avoir agressés sexuellement, ils ont été torturés avec des tuyaux, des bâtons et des câbles électriques. La plupart ont été physiquement et sexuellement torturés pour les « intimider et les humilier" et les contraindre à des" aveux forcés ".

navid-afkari

 

Campagne internationale contre l'exécution de Navid Afkari

Ces derniers jours, une campagne internationale à grande échelle a été lancée par des organisations de défense des droits humains et des organisations politiques opposées au régime des mollahs pour empêcher l'exécution de Navid.

Parallèlement à des campagnes massives sur Twitter, de nombreux champions et sportifs célèbres mais aussi le Comité international olympique, l'Union mondiale de lutte, la Fédération internationale de football et des personnalités politiques et officielles de nombreux pays ont soutenu la campagne. Le président des États-Unis a également été parmi ceux qui ont appelé la République islamique à la clémence.

Malgré cette mobilisation internationale et l'insistance de l'opinion publique sur l'innocence de Navid, malgré la demande des avocats, d'institutions, de personnalités et d'importantes organisations internationales pour un nouveau procès juste, équitable et transparent, la République islamique a quand même exécuté Navid. Pourquoi ? N'avait-il pas conscience du prix qu'il paierait pour cette action au pays et à l’étranger ?

Il semble que la réponse se trouve au-delà des intérêts et des crises quotidiennes et croissantes de la République islamique.

Le fait est que le fascisme religieux au pouvoir en Iran sait qu'il n'a pas de base à la masse et fait face à une série de crises politiques, économiques, sociales, culturelles, environnementales paralysantes. Il n'a aucune issue.

Un régime qui n'a littéralement aucune perspective et qui s’est rendu coupable de corruption et d'injustices profondes, qui n'a pas de partisans sauf un petit groupe dont les hauts responsables du régime lui-même admettent ne pas dépasser 4% de la population. Des hauts responsables qui se sont rendus complices de ses vols et pillages.

En plus de quatre décennies d'existence, le régime des mollahs n'a été en mesure de répondre à aucune des demandes réelles du peuple et n’a fait que s’appuyer sur la répression.

Pour cette raison, toute repli (comme par exemple ici ne pas exécuter Navid Afkari) enverrait un signal fort de faiblesse, qui d'une part aura un effet destructeur sur les forces de répression et d'autre part rendra la société plus courageuse dans la poursuite de ses revendications.

Les mollahs savent que l'exécution et la torture sont le cordon ombilical de la République islamique. Le jour où leur régime arrêtera de recourir à la peine de mort et lâchera le fouet, il disparaitra.  C'est pourquoi le slogan pour stopper les exécutions est en fait une autre version de la demande de renversement de la République islamique.

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.