Accuellir Sefrioui : la faute professionnelle de la Principale du collège.

Accepter qu'un individu se présentant comme "responsable des imams de France" puisse pénétrer dans l'enceinte de l'établissement en qualité d'accompagnateur de parent d'élève révèle un manque de discernement et de professionnalisme de la part de la direction de lu collège du Bois d'Aulne.

"Lorsque Brahim Chnina [père d'élève à l'origine de la cabale contre Samuel Paty] avait été reçu par la principale du collège de Conflans-Sainte-Honorine pour parler de la polémique en lien avec Samuel Paty, il était accompagné de Sefrioui, 61 ans, qui, selon une note du renseignement territorial, se présentait pour l’occasion comme « responsable des imams de France ». Ce qui est parfaitement faux." Médiapart, "Hommage national : l’adieu au professeur Samuel Paty", 21 octobre 2020.

Hier, ici même, Raton Baveur se demandait si oui ou non Sefrioui avait été reçu avec M. Chnina dans le bureau de Madame La Principale du collège du Bois d'Aulne : 

Soutenir Samuel Paty et recevoir Abdelhakim Sefrioui : une posture antinomique

Selon l'extrait de l'article de Médiapart cité supra, il apparaît, malheureusement, que cet individu a bel et bien participé à l'échange entre M. Chnina, Mme La Principale du collège et vraisemblablement, selon un article de Libération cité infra, Mme La CPE de l'établissement.

Ce fait est loin d'être anecdotique et soulève un certain nombre de questions quant à la gestion de l'affaire par la direction de l'établissement.

Tout d'abord, les ténors du Ministère de l'Education Nationale, relayés par les médias, se sont empressés de souligner à quel point Samuel Paty aurait été soutenu par sa direction lors de la polémique impulsée par M. Chnina sur l'étude des caricatures en classe. Raton Baveur s'inscrit complétement en faux avec cette idée. Si Mme La Principale avait réellement eu l'intention de soutenir son enseignant, elle aurait reçu uniquement M. Chnina, afin de lui expliquer la démarche pédagogique de M. Paty, ce qui était pleinement son rôle de chef d'établissement. Or, la présence de M. Sefrioui, lequel s'est auto-proclamé pour l'occasion "responsable des imams de France", révèle que Mme La Principale a délibérément accepté de prêter l'oreille aux arguments de la partie adverse, comme si la défense de son professeur n'allait pas de soi. Ce n'est pas là une marque se soutien, mais plutôt une marque de défiance et de suspicion. De plus, un article de Libération rapporte les propos tenus par Sefrioui lors de cet échange avec l'établissement :  «On a fait part de notre stupéfaction que la direction puisse accepter ça. On lui a fait savoir une chose : que nous, Conseil des imams de France, et nous, musulmans en France, refusons catégoriquement ce genre de comportement irresponsable et agressif, et qui ne respecte pas le droit de ces enfants à garder leur intégrité psychologique. On a dit qu’on exigeait la suspension immédiate de ce voyou [Samuel Paty] car ce n’est pas un enseignant.»"(Libération, "Abdelhakim Sefrioui, un militant islamiste suivi de longue date par les services", 18 octobre 2020, 22H06). Ainsi, non seulement Sefrioui a pu pénétrer dans l'enceinte de l'établissement alors qu'il n'appartient pas à la communauté éducative, puisqu'il n'est ni parent d'élève ni représentant d'une fédération de parents d'élèves, ce qui est déjà une anomalie, mais encore, il a pu, dans le bureau de Mme La Principale, traiter notre collègue de "voyou" et demander sa "suspension immédiate" et autres amabilités, sans être invité à quitter les lieux. En effet, si tel avait été le cas, il va sans dire que M. Sefrioui aurait été trop content de souligner d'avoir été mis à la porte afin d'endosser le rôle de la victime qu'on aurait refusé d'écouter, posture toujours efficace pour envenimer une polémique. Donc, dans le bureau de Mme La Principale, on l'a laissé baver et cracher son fiel sur l'enseignant sans le mettre dehors. C'est tout sauf une marque de soutien à l'égard de M. Paty.

D'aucuns diront que Mme La Principale a pu céder devant la véhémence du bonhomme Sefrioui et le laisser entrer en tant qu'accompagnateur de M. Chnina afin d'éviter un esclandre devant l'établissement. C'est en effet très probable. Sauf que les établissements scolaires sont concernés par le plan Vigipirate et que leur mise en sécurité a coûté un "pognon de dingue" qui n'a pas été investi dans des outils pédagogiques. Ce n'est certainement pas pour que Mme La Principale du collège du Bois d'Aulne laisse entrer comme dans un moulin un individu se présentant comme "responsable des imams de France", sans vérification aucune. Dans un contexte de polémique autour des caricatures de Mahomet, il convient de se méfier et de ne pas laisser pénétrer n'importe qui dans un établissement scolaire, et de ne pas se fier uniquement au charisme et à la plus ou moins bonne bouille de celui ou celle qui insiste pour entrer. Ce type aurait pu avoir n'importe quelle arme ou engin destructeur sur lui pour régler ses comptes avec le collège. Et si le type avait provoqué un scandale d'être laissé à la porte, il suffisait d'appeler les forces de l'ordre, qui ne se seraient pas fait prier pour venir, dès lors qu'on leur aurait expliqué que l'incident avait pour contexte une polémique liée à l'islam radical. Voilà ce que Mme La Principale du collège aurait dû faire. Le fait qu'elle ait laissé entrer M. Sefrioui, qui encore une fois n'avait aucune légitimité pour participer à cet entretien, relève à mon sens d'une faute professionnelle avérée, et il conviendrait que l'institution Education Nationale prenne ses responsabilités et s'exprime sur ce point.

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