«Nuit Debout, Valls à genoux!»

Splendeurs et misères intellectuelles de Manuel Valls... Et tout ça à quelques mètres de Nuit Debout, ce coeur battant de la démocratie qui vient de naître place de la République à Paris. "Nuit Debout, Valls à genoux" chantaient les manifestants, devant une armées de CRS beaux comme des robocops, venus spécialement assurer le cordon de sécurité autour du colloque "Le Sursaut 2016".

Splendeurs et misères intellectuelles de Manuel Valls... Et tout ça à quelques mètres de Nuit Debout, ce coeur battant de la démocratie qui vient de naître place de la République à Paris. "Nuit Debout, Valls à genoux" chantaient les manifestants, devant une armées de CRS beaux comme des robocops, venus spécialement assurer le cordon de sécurité autour du colloque où notre grand spécialiste en religion et géopolitique avait la vedette.

J'étais présent au Théâtre Dejazet hier soir pour le colloque sobrement intitulé "Le Sursaut 2016 - Place de la République". En fait, dans le cerveau surchauffé de Valls, le sursaut c'est la lutte contre le salafisme... C'est en effet la question principale traitée par notre illustre premier sinistre, en dehors de la quantité de fusils d'assaut qu'il veut mettre dans les rues de nos villes. Il y avait bien des personnes sérieuses et expérimentées autour de lui pour lui parler Europe, éducation, bourrage de crâne médiatique, il n'en démordait pas : on aurait dit un homme qui avait sniffé du choc des civilisations à plein nez ! Ou qui avait abusé de la mondialisation à l'apéro ! Ou encore qui prenait Merkel et l'Arabie Saoudite pour des champignons hallucinogènes !

C'est la première fois que je me trouvais à quelques mètre d'une telle machine, car difficile de parler d'un homme. Voir ça de ses propres yeux, depuis le balcon plutôt que derrière son poste de télévision ou son écran, c'est quelque chose. Et ce qui frappe dans cette machine à communiquer, bourrée d'éléments de langage jusqu'aux bout des ongles - qu'il a bien taillés comme son petit costume - c'est qu'il transpire. Oui Manuel Valls transpire. Ça doit être la température sociale qui chauffe, parce qu'on ne peut pas dire que la qualité des arguments déployés, ni la vigueur des raisonnements, ont fait frémir le thermomètre. Les spectateurs de cette bérézina intellectuelle semblaient attérés, tout en pianotant sur leurs portables. Quelques maigres applaudissements des derniers mohicans militants du PS cachaient mal l'ampleur du désastre. Et l'on voyait physiquement, dans ses gouttes perlant au front du gardien d'un ordre et de valeurs réactionnaires, le gouffre s'agrandir entre les lubies d'un premier ministre inféodé de toute part par les obsessions sécuritaires et le gloutonnerie financière, et sur la Place de la République toute proche, le peuple vivant, le peuple impatient de reprendre pied dans la parole, dans le rêve, dans un projet politique commun, même balbutiant.

"Il faut sortir des débats pépères et gnangnans..." voilà ce qu'on entendit parmi d'autres fadaises, dans la bouche du premier ministre. Le peuple debout enverra dans les poubelles de l'Histoire les débatteurs assoupis dans son genre, les gloires télévisuelles dans lesquelles se mirent d'indéboulonnables journalistes, ces politiciens professionnels de tout bords qui prennent l'image de leurs obsessions personnelles pour la réalité de nos aspirations et de nos désirs.

Le premier ministre Manuel Valls au Théâtre Dejazet le 4 avril 2016 © @Raymond Macherel Le premier ministre Manuel Valls au Théâtre Dejazet le 4 avril 2016 © @Raymond Macherel

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