Les yeux pour pleurer...

Déprimant meeting au gymnase Japy à Paris, mardi 7 avril 2015, organisé par le "Collectif 3A". Déprimant, le mot est faible ! Toujours la même pièce de "l'autre gauche" aux dialogues congelés, pièce jouée et rejouée depuis 2012 sans qu'aucune dynamique ne se lève. Et alors que tout le monde dans la salle de ce gymnase du 11ème arrondissement de Paris sait et sent que le ressort est au fond du trou.

Déprimant meeting au gymnase Japy à Paris, mardi 7 avril 2015, organisé par le "Collectif 3A". Déprimant, le mot est faible ! Toujours la même pièce de "l'autre gauche" aux dialogues congelés, pièce jouée et rejouée depuis 2012 sans qu'aucune dynamique ne se lève. Et alors que tout le monde dans la salle de ce gymnase du 11ème arrondissement de Paris sait et sent que le ressort est au fond du trou.

Que le public s'ennuie. Qu'on se force à monter à la tribune. Qu'on surjoue son texte comme à travers un porte-voix. Il fallait voir ça. Le décor plombé par un drap noir et des rangées de sièges loués chez ceux qui font commerce de sièges pour les meetings. Les mêmes acteurs fatigués qui applaudissent mollement leurs "camarades" et font semblant d'écouter en pianotant sur twitter. La salle maigre de 300 personnes, atterrée, atone, mais fidèle au rendez-vous des militants dévoués... Et même pas un coup à boire pour se consoler ! Même pas un petit sandwich cornichon pour tenir le coup ! Même pas un petit groupe de musique pour se donner du coeur à l'ouvrage dans le marasme ! Quand je pense que le "Petit Journal" de "Canaille+" a raté à Japy une occasion de flinguer l'espoir, ce qu'il font d'habitude au mieux... Seuls journalistes présents, et de bonne humeur aux côtés de Politis.fr, l'équipe de Là-bas si j'y suis était à Japy en reportage comme au pays des morts-vivants  et je suis curieux d'écouter ça sur www.labas.org (abonnez-vous !)

Mais où sont les artistes ? Où est l'énergie des chercheurs ? Pourquoi les intermittents du spectacle ou les professionnels de Radio-France n'ont pas été invités à secouer le meeting ? Le seul artiste venu à Japy, c'était le "situationniste" Voltuan, l'homme à la pancarte rouge bleu vert qui est de toutes les manifs, rappelant par un slogan aux participants qu'une lutte vivante se joue à Radio-France en ce moment ! De mon côté, j'ai distribué 300 papillons, tout chauds tout beaux, pour annoncer la sortie du film de Olivier Azam et Daniel Mermet Howard Zinn - Une histoire populaire américaine (le film) le 29 avril. En motivant les orateurs croisés à l'entrée et les militants, les curieux, pour qu'une histoire populaire des villes dans lesquelles le film va être projeté soit discutée en commun dans les cinés...

Il fallait voir Olivier Besancenot, Gérard Filoche, Clémentine Autain, Eric Coquerel, Martine Billard, Jean-Luc Mélenchon, Olivier Dartigolles, Jérôme Gleize, Liem Hoang-Ngoc... n'espérant même plus ressusciter le "Japy" de 2005 lorsque, pour la première fois, le NON avait été donné vainqueur dans les sondages. Mais appelant toutes et tous - devant ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n'y croyaient pas - à inventer "un nouvel imaginaire" ! Saint-Christian Salmon de Médiapart, priez pour eux ! Et parmi ceux-là, qui avaient discuté âprement de l'ordre de passage au micro, plusieurs des protagonistes qui ont ruiné à l'époque la possibilité d'adhésions directes au Front de Gauche. C'était une idée de Marie-George Buffet, elle l'avait proposé dès 2011 lors d'une conférence de presse au siège du Parti de Gauche dont j'ai été témoin, proposition aussitôt oubliée par son parti et mis au placard par le PG durant la présidentielle. Les mêmes qui ont donc empêché qu'une dynamique à la Podemos naisse en France, à l'occasion de la campagne présidentielle de 2012, en refusant que des assemblées citoyennes prennent le pas sur le jeu des partis.

Parmi eux, le "porte-parole" personnel du Front de Gauche, Jean-Luc Mélenchon, assistant au spectacle de cette débandade au premier rang. Sans dire un mot, et quittant même la salle lorsque Clémentine Autain s'avança pour parler à la tribune... Je connais bien Jean-Luc Mélenchon. J'ai été son assistant parlementaire de septembre 2012 à juin 2013. J'ai été le secrétaire de rédaction de son blog qui recevait 60.000 visiteurs par jour à ce moment-là. J'ai été l'un de ses conseillers pour les médias, parmi ceux qui l'accompagnaient sur les plateaux de télévision. Jean-Luc Mélenchon, en homme érudit qui connait l'Histoire de son pays, sait qu'il a raté le coche en 2012. Que son tour est passé et qu'il doit passer la main. Qu'il n'a pas su se hisser à la hauteur des enjeux qui dépassaient cette présidentielle et auraient permis de reconstruire une gauche capable de "changer la vie". Qui dira les errements stratégiques de Mélenchon depuis sa décision de faire "Front contre Front" en janvier 2012. Qui dira la débacle de Hénin-Beaumont - même s'il a empêché que Marine Le Pen décroche un siège à l'Assemblée - dans le match perdu d'avance contre la lepénisation des médias et de bien des esprits. Qui dira que la seule tactique à visée électorale butera toujours sur les mêmes guerres de tranchée. Qui dira que la vitrine médiatique offerte par les émissions de divertissement politique ne permettra pas de gagner les consciences au combat commun. Qui dira qu'il nous faut un mouvement neuf qui mettent des idées sur la table, donne la parole au peuple, à la controverse, à la joie, redescende sur terre et invente de nouveaux médias...

Et pourtant, c'est le printemps !

Et pourtant Podemos réinvente la politique en Espagne ! Et pourtant Syriza réinvente le gouvernement en Grèce ! Et pourtant l'Equateur, et pourtant l'Islande, et pourtant ! Et pourtant, tous ceux qui étaient assis hier soir à Japy au premier rang, au deuxième, jusqu'au dernier, tous ont lu Gramsci. Tous savent que la bataille de l'hégémonie culturelle a été perdue au profit de la droite et de l'extrême-droite ces dernières années. Que la "gauche parle avec les mots de la droite", pour le dire avec les mots de Christiane Taubira. Qu'il faut mener cette bataille contre les eaux du fascisme qui montent.

Mais les "leaders" de "l'autre gauche" sont des héros fatigués. La vieille politique elle-même est fatiguée de tourner en boucle dans la main du marché. Et le peuple avec elle, en pleine déconnexion. La passion de la tactique et des petits jeux d'appareils a tué toute imagination. Il n'y a pas d'autre gauche. L'autre gauche est une fiction. Il y a la gauche. Et la droite en face. A nous de rassembler, de réveiller l'espoir ! D'inventer des mots nouveaux ! De faire des films, des réunions, des journaux, des émissions de radio ! De conduire des mobilisation heureuses ! De faire bouger les organisations qui pèsent lourd et de piquer les égos omnipotents...

En commençant modestement, par exemple, dans les salles de cinéma qui accueillent des ciné-débats, à parler des jours heureux, de l'optimisme des résistants, des ouvriers en luttes, du fascisme à nos portes, de l'écologie politique, du vivre-ensemble qui ne sait plus où il habite, etc.. Et à parler sans trembler des Lapins qui, comme dans le film de Olivier Azam et Daniel Mermet "Howard Zinn - Une histoire populaire américaine", ne veulent pas que leur histoire soit brisée, puis racontée par les chasseurs.

La vie est à nous !

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