Présidentielle 2022: Jean-Luc Mélenchon ou une candidature collective?

S’il est une chose qui nous rassemble à gauche, c’est que nous ne voulons pas du scénario de 2017. Nous ne voulons pas, une nouvelle fois, que le piège de l’élection présidentielle se referme sur nous. Qu’il enterre, une fois de plus, nos ardentes espérances. Le danger du fascisme n’est plus un horizon lointain. Les eaux montent dangereusement.

Capture d'écran @LCI Capture d'écran @LCI
Il faut bien occuper ses soirées de « couvre-feu ». Je reçois de temps en temps les informations du mouvement de La France Insoumise. Parce que je me suis inscrit sur leur plateforme pour en recevoir. C’est ainsi qu’est arrivé sur ma boîte mail un message signé « Jean-Luc Mélenchon » lui-même. Avec sa signature à la main que je reconnais car j’ai été en 2011-2012 son assistant parlementaire au parlement européen.

« Chères Insoumises, Chers Insoumis, Comme je l’ai annoncé à l’occasion de nos "AmFis d’été" à Valence, je veux me prononcer à la fin octobre - début novembre à propos de ma candidature pour la prochaine élection présidentielle. Je l’ai déjà été en 2012 puis en 2017. Cela me donne une audience particulière dans le pays et cela me place d’une façon singulière dans notre mouvement. […] Il nous faut construire une majorité d’adhésion. Sinon comment réussir ensuite, si nous gagnons, sans une implication populaire informée et préparée ? Il le faut pour atteindre nos objectifs et notamment pour refonder les institutions politiques de notre pays et passer à la 6ème République. Il le faut pour que face aux périls communs du changement climatique, s’imposent les solutions de l’entraide et de la planification écologique plutôt que le chacun pour soi. Il le faut pour juguler la finance face à l’explosion de la pauvreté et à l’indécence de la captation des richesses publiques et privées par une poignée de profiteurs. Pour porter cela, dois-je être candidat ? »

C'est à ce moment du texte que figure un "bouton" sur lequel est écrit : « Je donne mon avis à Jean-Luc Mélenchon ». Je clique.

Comme dans tout mouvement démocratique, la base est donc consultée. Attention, il ne s'agit pas d'un plébiscite. On ne peut pas répondre par oui ou par non. Il s'agit de recueillir des avis. De 2000 signes maximum. Moi j'aurais proposé plutôt 2022 signes, mais bon. Ils seront lu « avec attention ». Le futur candidat veut « [s]’imprégner de notre intelligence collective et de la fraternité qui nous unit. » C’est louable. Le tout est très sobre, sans photo du candidat. Juste la signature à la main.

La question, comme l’heure, est grave. Jean-Luc Mélenchon, 69 ans, a les qualités et les défauts que tout le monde lui connaît et lui reconnaît. Sauf celles et ceux qui le matin sur France Inter aiment enfoncer leurs cornes dans un morceau de chiffon rouge. L’ex-sénateur, l’ex-ministre, l’ex-député européen et actuel député… Doit-il se présenter une troisième fois à l'élection présidentielle française ? L’élection suprême, celle qui couronne une carrière politique. Celle qui essaye parfois de changer la vie.

Serait-il — beaucoup de ses admirateurs le prétendent — le seul capable de déjouer le duo siamois Macron/Le Pen ? Celui que les médias dominants, intéressés comme des maquignons à vendre du temps de cerveau de moins en moins disponible, promettent de nous resservir comme en 2017. Jean-Luc Mélenchon a fait 11% en 2012, score décevant. Il a fait 19,58% en 2017, score impressionnant. Mais finalement décevant car cela ne lui a pas permis d’accéder au second tour. Accèderait-il enfin, en 2022, à ce score de 20% ou plus qui lui permettrait de se qualifier pour le duel final et de l’emporter ?

La progression arithmétique des scores pourrait le laisser penser. Mais comme, dans le même temps, il est passé de : « Teu-teu-teut, tu fermes ta petite bouche » lancé à un apprenti journaliste à : « La République, c’est moi ! Ma personne est sacrée ! » lancé à un policier, on est obligé de constater que la progression de ses erreurs a elle aussi été arithmétique.

Il faudra d’ailleurs se pencher un jour sur un mystère, qui est presque un mystère d’ordre cinématographique. Ceux qui sont pressés peuvent passer cette digression. Et aller quelques paragraphes plus loin à la proposition que je formule pour la présidentielle 2022.

Comment un ex et futur candidat à l’élection présidentielle a-t-il pu ? Il était sous le coup d’une émotion qu’on peut comprendre. Son mouvement était en train d’être perquisitionné. Comment ce candidat donc, au cuir trempé et à l’intelligence en éveil, a-t-il pu laisser Canal+ tourner un plan-séquence de 40 minutes sans broncher ?

La caméra tourne en effet non stop pendant 40 minutes. Le producteur de cette performance, Yann Barthès, a mis un jour en ligne les rushes pour se défendre de l’animosité de l’homme politique contre ce coup-bas.

Ça commence par une sorte de « silence plateau ». On attend la venue de Jean-Luc Mélenchon sur le palier. Ça tourne déjà, on ne sait jamais. Tout le monde regarde son téléphone et ne sait quoi faire. Et tout-à-coup : « Moteur ! Action ! » L’homme en colère déboule quatre à quatre. Il alpague de ses postillons le premier policier barbu qui vient. Ce n’est plus du tout l’homme calme du matin qui filmait avec son téléphone dans son appartement.

Dès lors, la caméra de Canal + ne le quittera plus. Le cadrant aussi serré que possible. Sans interruption. Sur le palier des portes fermées. Puis des portes enfoncées. Puis traversant pour pénétrer dans le siège du mouvement. Puis de l’autre côté de la porte où la perquisition a lieu et du brouhaha aussi.

Car il faut voir ces images dans leur longueur. Se fader les 40 minutes. D’abord vides puis haletantes. Puis sans dessous-dessous, avec des pauses et des pics. Il ne faut pas en rester seulement aux cris. À tout ce que son tempérament déploie comme énergie et le fait sortir ce jour-là hors de son contrôle.

Dans le cadre, le visage de Jean-Luc Mélenchon. Une histoire de son visage. De comment les mots sortent de sa bouche. De ses yeux. Une histoire des émotions et des calculs qui le traversent.

Eh bien, c’est là que réside le mystère. Pendant 40 minutes, pas une seule fois il ne va regarder la caméra. Walou. Pas un petit regard en coin. Comme si un réalisateur invisible lui avait dit que ça ne se faisait pas. Que ça pouvait rompre le contrat. Pas une seule fois non plus, il n’invectivera le journaliste, le cameraman. Lui dire, je ne sais pas : « Lâche moi la grappe ! ». « Va cadrer ailleurs si j’y suis ! ». « Retourne chez ta mère à Boulogne ! ». Rien. Il se laisse filmer. Et ça dure longtemps. Ce que Yann Barthès était venu pêcher, il l’a eu. La naïveté de Jean-Luc Mélenchon devant la fabrication des images est et restera pour moi toujours un mystère.

Bien, c’est le moment de formuler une proposition. Car « nous ne pouvons nous contenter d’une addition de votes contre. Il nous faut construire une majorité d’adhésion », écrit le futur probable candidat de la France Insoumise.

S’il est une chose qui nous rassemble à gauche, c’est que nous ne voulons pas du scénario de 2017. Nous ne voulons pas, une nouvelle fois, que le piège de l’élection présidentielle se referme sur nous. Qu’il enterre, une fois de plus, nos ardentes espérances et l’urgente nécessité d’un programme des causes communes. Le danger du fascisme n’est plus un horizon lointain. Les eaux montent dangereusement.

Pour sortir de ce piège, il nous faut sortir des luttes égotiques. Des manœuvres d’avant la course. Des positionnements calculés de toutes couleurs. Aucun homme ou aucune femme ne peut suffire à rassembler le peuple qui en a gros et qui est plein de désirs.

Il nous faut renverser la table. Et aussitôt en construire une nouvelle.

Il faut une candidature collective. Oui, collective. Le bulletin gagnant en 2022 sera le bulletin qui avancera évidemment des propositions de ruptures et de transformations ambitieuses. Mais un bulletin collectif. Celui d’une équipe qui s’engagera à jouer collectif, à penser collectif. À la fin de la campagne, le jour de l’élection, que tout le monde se rassure, il y aura bien un nom sur le bulletin de vote. Mais ce nom sera, pour l’occasion, celui du collectif et du programme.

Auparavant, il aura été organisée l’élaboration commune d’un programme par des structures et collectifs divers. Et, dans le même temps, une consultation ouverte à toutes les candidatures, partisanes et non partisanes. Cette consultation en ligne, après une campagne la plus large possible, déterminera 12 candidats. À parité d’hommes et de femmes. Ils seront les futurs membres d’un gouvernement qu’on n’appellera plus jamais « de combat ». Ils s’engageront à soutenir et appliquer le programme.

Alors que les « 12 » occuperont autant de médias qu’ils pourront pour faire campagne, leurs soutiens arpenteront le pays et imagineront toutes les actions possible d’éveil des consciences et de mises en commun. Au dernier moment, le nom de l’un d’entre eux sera tiré au sort. Un seul ou une seule. C’est ce nom qui figurera sur le bulletin. Mais il sera établi dans les têtes et dans les faits que ce nom du futur président ou de la future présidente, sera le nom d’un collectif porté par un élan.

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