Jean-Luc Mélenchon, chevalier à l'altruiste figure

Lors d'une joute radiophonique et télévisée récente, Jean-Luc Mélenchon - lancé dans la course présidentielle - déclarait : "Je ne veux pas récupérer Nuit Debout, mais je veux bien que Nuit Debout me récupère !" (Grand-Jury RTL, 3 avril 2016). Notre chevalier à l'altruiste figure est donc reparti en campagne...

Don Quichotte et Sancho Pança dans le film d'Orson Welles Don Quichotte et Sancho Pança dans le film d'Orson Welles

Lors d'une joute radiophonique et télévisée récente, Jean-Luc Mélenchon - lancé dans la course présidentielle - déclarait : "Je ne veux pas récupérer Nuit Debout, mais je veux bien que Nuit Debout me récupère !" [http://www.rtl.fr/actu/politique/jean-luc-melenchon-ne-veut-pas-recuperer-nuit-debout-mais-serait-fier-d-etre-recupere-7782662930 - Grand Jury RTL, 3 avril 2016]

Notre chevalier à l'altruiste figure est donc reparti en campagne. Il eût préféré écrire des livres, de ceux dont il rêve depuis toujours, des romans d'amour sur fond de déserts de sable, dans le calme de sa masure du Loiret. Mais le destin en a décidé autrement. Et l'a résolu à chevaucher sa vieille rossinante électorale, mal en point depuis l'épisode d'Hénin-Beaumont contre la sorcière qui fait de la peine.

Une monture il est vrai pleine de bleus et de bosses, depuis que ceux qui portèrent gauchement le Front de Gauche, aux européennes, aux municipales, aux régionales, l'ont abandonné comme attachée à un vieux carosse... Mais la vaillance et la témérité du chevalier à l'altruiste figure se tourne vers un nouveau soleil : La France Insoumise ! Cela en fait du monde, par monts et par veaux, comme eût dit le Général, dont notre chevalier écoute secrètement les discours.

"Cette fois-ci, c'est la bonne, se dit-il, l'heure est enfin venue de prendre d'assaut mon vieil ennemi du Parti Socialiste, ce fourbe de François Hollande qui m'a blaqueboulé à chacun de nos congrès ! Ce fils indigne de François Mitterrand qui, pas à pas, a réussi à me faire de l'ombre ! Ce roi fainéant à la baraka insolente ! C'en est fini de lui, je le toise jusqu'aux hauteurs de son château, lui qui pédale dans la semoule de la Loi Travail..."

Et comme il croit fort en son étoile, Jean-Luc Mélenchon avance d'un pas leste et déterminé. Debout dans la nuit, son verbe éclaire des centaines de milliers d'insoumis, des villes et des champs, et même de l'île aux enfants. Accompagné de son fidèle Eric Coquerel, un ravi au sang froid et au verbe mécanique, ils devisent cahin-caha des meilleures tactiques et des meilleurs coups médiatiques.

Ce soir, jeudi 26 mai de l'an 2016, après les grèves et les manifs, le chevalier à l'altruiste figure affronte le marquis de Pujadas ! Un nabot à la face de pierre mais qu'il ne faut point sous-estimer... Reclus en sa citadelle télévisuelle, une certaine France 2 de service public, le marquis de Pujadas manie les paroles et les actes. Il attaque et se défend grâce à d'ingénieux miroirs, oublieux et déformants à souhaits. Il vous tend des micros retors, qu'il coupe à loisirs. Il vous entraîne dans le trou noir d'une question dont lui seul estime qu'elle a de l'intérêt. Avec l'aide de quelques sbires qui aiment eux-aussi ce type de lumière artificielle, dont un particulièrement chauve et rigide, et une autre qui manie à merveille le coup de trique, il fait la pluie et le beau temps politique. La sorcière qui fait de la peine sait que chez lui, elle sera reçu à son aise.

Mais aucun dispositif n'effraye Jean-Luc Mélenchon, preux défenseur des insoumis et des opprimés ! Les images, il les pourfend à mains nue et le verbe au clair ! Qu'on le traîte de clown, le laisse indifférent. Qu'on le tourne en bourrique, il se relève aussitôt. Qu'on lui enlève le masque, il mord ! Il régale aussi bien dans les chaumières que dans les châteaux. Sauf quelques esprits chagrins évidement, comme il en existe partout, qui ne savent pas jouir de ce genre de spectacle et en prendre de la graine d'éducation populaire.

En ligne de mire, la présidentielle 2017, mère de toutes les batailles électorales (et de nombreux gadins). Mais le chevalier à l'altruiste figure y croit dur comme fer et se rêve Président. "C'est la bonne ! C'est la bonne !" répète-t-il à son fidèle Eric Coquerel, qui n'en peut mais. "Nous allons faire défiler la France Insoumise, qui s'ébahira de se trouver si nombreuse sous le feu des caméras !". Jean-Luc Mélenchon compte beaucoup sur cette assemblée formidable - promise pour le dimanche 5 juin sur la place parisienne d'une célèbre bataille. Il la croit de nature à submerger un paysage politique étouffant. Après le défilé grandiose, le discours du tribun convoquera de sa voix grave les génies du peuple plein d'espoir. Pour sûr, le retentissement des mots choisis fera craquer le ciel. Et la Nuit Debout, confuse et lasse de rester verticale, devrait tomber en pamoison... C'est le désir le plus ardent de notre chevalier sincère et parfois drôle, qu'on le ré-cu-pé-re !

Non qu'il fut tombé en un puits piégeux, d'où il ne puisse se sauver lui-même... Non, le chevalier à l'altruiste figure souhaite qu'on le récupère comme un fils retrouve son père sur le chemin des urnes, après quelque errance loin de sa maison, à construire d'autres mondes possibles. Que chacune de nos Nuit Debout l'accueille à nouveau en son sein doux et fertile. Que le peuple se rassemble et marche derrière lui. Qu'il puisse porter enfin notre parole et nos imaginations jusqu'aux château où dorment et pédalent les puissants...

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