Emmanuel MACRON mal élu et des législatives à risque

Si Emmanuel Macron est donné vainqueur avec 65% des suffrages exprimés, ce score est à minorer tant le nombre des abstentions, et des votes blancs ou nuls est important. En pourcentage des inscrits, Emmanuel Macron serait élu avec le même score que Sarkozy en 2007 mais avec 34% des inscrits qui ne se seraient pas prononcés. Cette élection est une mauvaise élection. Vivement les législatives !

Emmanuel Macron est devenu ce soir le 8ème président de la Vème République et le plus mal élu des présidents de notre République. A 20 heures, M. Macron serait élu avec un score de 65% des suffrages exprimés. L'abstention serait estimée entre 25 et 27 % des inscrits tandis que le vote blanc et nul est estimé entre 10% et 11% des suffrages estimés. Nous ne pouvons que saluer tous les think tanks et lobbyistes divers qui ont admirablement poussé leur candidat dans le fauteuil élyséen. La stratégie consistant à éliminer, sur la route de M. Macron, les candidats encombrants, puis à faire croire, une nouvelle fois aux Français, que les hordes nazis allaient envahir le pays avec Mme Le Pen a été d’une redoutable efficacité.

Emmanuel Macron a donc été élu mais avec un score bien faible par rapport à 2002 alors qu’il était opposé à Mme Le Pen et que les soutiens ont été nombreux et souvent risibles. En effet,  les soutiens quotidiens de M. Hollande, l’intervention de M. Obama, et la culpabilisation incessante des électeurs qui ne voulaient ni l’un ni l’autre des finalistes n’auront pas conduit au plébiscite recherché. Or ce plébiscite était d’une utilité capitale pour la suite des pressions sur les électeurs.

Les estimations à 20h22,  conduisent à une élection de M. Macron à un score de 43,88% des inscrits c'est à dire le score presque identique à celui de Valéry Giscard d'Estaing en 1974 (VGE avait été élu avec 43,78% des inscrits). La grande différence avec 1974 est dans les votes non exprimés : en 1974, le cumul abstention/Vote blanc/vote nul représentait 13,8% des inscrits ; en 2017, ce cumul représente 32,5% des inscrits. Ces chiffres sont déterminés d'après les estimationsdonnées à 20h22. (Voir graphique sur IROC

Le score de M. Macron, malgré les 65% de suffrages exprimés, est insuffisant pour mesurer le degré de faiblesse de la légitimité du nouveau président : il convient de voir le niveau définitif d’abstention, celui des votes blanc ou nuls. Si les chiffres donnés à 20h22 sont proches de la réalité alors le nouveau président ne représentera que peu de Français. Ce constat est important car les lecteurs doivent bien comprendre que les soutiens de M. Macron n’entendent pas voir leur belle stratégie mise à mal par des élections législatives qui paralyseraient leur poulain. Le plébiscite de M. Macron était capital dans la stratégie de ceux qui ont fabriqué le nouveau président car il devait servir de fondement au discours sur la nécessité d’être cohérent avec le vote et de donner au nouveau président les moyens de mettre en place la politique de ses sponsors. De fait, jusqu’au deuxième tour des législatives, les Français vont subir pressions, intimidations et tout ce qu’il faut pour les convaincre d’envoyer un maximum de représentants d’En Marche au palais Bourbon.

J’avais parlé dès le 4 février 2017 du simulacre de démocratiedans lequel nous étions entrés. Pour les naïfs qui rechigneraient encore à voir la réalité et qui resteraient bercés par les illusions d’un passé à tout jamais révolu, je les invite à méditer sur la Une de Libération, un des journaux au service de M. Macron : cette Une disait « Faites ce que vous voulez, mais votez Macron ». On ne peut pas être plus clair et direct : oui vous êtes en démocratie chers électeurs, mais dans cette démocratie votre seule liberté est de voter pour le candidat qui a été choisi pour vous. Vous êtes libres de faire ce que vous voulez mais sachez bien que cette liberté est seulement de voter pour qui on vous dit. Non seulement les Français sont pris pour des buses, mais en plus, on ne se cache même plus pour leur dire à quel point ils sont désormais prisonniers d’un système faussement démocratique qui dans les faits est une forme subtile d’oligarchie dictatoriale. Votez, oui mais votez pour ce candidat !

Il est donc évident que la campagne des législatives va se dérouler avec les mêmes méthodes, les mêmes mufleries vis-à-vis des Français (vous êtes libres de faire que ce que l’on vous ordonne de faire) et les mêmes vieilles histoires de bas-fond ressuscitées le temps des élections. Evidemment, démolir la réputation de 577 candidats aux législatives est moins aisé que démolir la réputation d’un seul à la présidentielle. De fait, les grosses ficelles des médias à la botte de la finance auront pour caractéristiques de brandir les risques d’insécurité liés notamment au terrorisme, les informations sur les pseudos divisions des partis opposés à M. Macron, il y aura sans doute quelques scandales sur des personnalités hors du camp de la majorité présidentielle, des nouveaux ralliés à Macron et une présentation larmoyante du beau M. Macron qui aurait tant de choses à faire pour le bien des Français et que des méchants opposants voudraient réduire à l’impuissance.

Il sera néanmoins difficile de tenir le discours de la cohérence  des votes et de la nécessité de donner au nouveau président une majorité pour appliquer son programme si ce président est mal élu et peu légitime. L’analyse du score de son élection, avec la prise en compte de l’abstention et des votes blanc ou nul, sera donc décisive pour contrecarrer les discours sur la nécessité de donner une majorité parlementaire solide à une majorité présidentielle fragile. Evidemment, plus cette élection de M. Macron sera fragile et plus la campagne des élections législatives sera violente dans ses anathèmes et malhonnête dans les méthodes et les arguments utilisés pour forcer les Français à voter pour les candidats d’En Marche ! Cet article sera complété, dès les résultats définitifs connus, pour mesurer le degré d’illégitimité du nouveau président français. Déjà nous savons que les présidents français sont élus avec un score qui voisine avec le seuil de 40% des électeurs inscrits tandis que le cumul abstention/Vote blanc/vote nul voisine avec le quart des électeurs inscrits. Ces chiffres en eux-mêmes ne sont pas glorieux pour notre démocratie. Reste à savoir comment l’élection de M. Macron se situe par rapport à cet historique.

Sachez, chers lecteurs que si demain, les élections législatives ne corrigent pas cette mauvaise élection de M. Macron, alors le pays sera En Marche, certes, mais en marche pour aller droit dans le mur. Les législatives sont la dernière opportunité pour le peuple français de reprendre en main son destin et de casser cette stratégie qui a été conduite pour placer M. Macron au pouvoir. Si le nouveau président obtient une majorité parlementaire alors les lobbyistes sont devenus maître de la France. Les Français doivent bien comprendre aussi que les législatives prochaines sont la dernière voie dans ce quinquennat qui débute pour rendre impuissant ce président mal élu. Demain, tous contre Macron !

Régis DESMARAIS

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.