Le dress-média-code présidentiel, piège citoyen

Les interventions publiques du président Macron révèlent une codification où rien n'est laissé au hasard. Dans la concurrence du buzz médiatique, l'irruption sur les écrans du président se doit d'être spectaculaire pour être mémorisée. La politique ne cesse de se diluer dans une communication sans réel message. Quelques clefs pour s'en amuser.

La fin de l’année 2017 aura permis à Emmanuel Macron d’imposer son style avec constance et volontarisme. Les codes de la présidence Macron, ou plutôt le dress-média-code présidentiel  commence à gagner en visibilité et en opérationnalité.

Premier code : le lieu de l’intervention présidentielle.

L’apparition du président doit se faire dans des lieux symboliques, donc évocateurs, à haut coefficient d’écho spectaculaire, donc télévisuels. Nous avons goûté au président Macron à la Sorbonne, au président Macron à Versailles, au président Macron aux Invalides, au président Macron au Louvre d’Abou Dabi, au président Macron à l'ombre de Chambord. Il y aura eu les grands enterrements, avec toute la pompe nécessaire à satisfaire le président, lequel officie avec élégance tant dans les adieux populaires que les adieux protocolaires. Les épées peuvent côtoyer les guitares sans fausses notes. Le président, dans son infini souplesse, sera grand partout. Le dress-média-code présidentiel peut aussi s’accommoder d’une absence totale de décorum : le président est seul au milieu ou face à la foule des anonymes : ce sont les fameux bains de foule d’Alger ou des Champs-Elysées. Le démiurge Macron, tel un imperator romain, se mêle à la populace et la gratifie de quelques paroles stimulantes. Le dress-media-code présidentiel en l’absence de décorum se veut péplum. Les milliers d’anonymes servent de décor à une scène digne d’un film de Cecil B. DeMille.  Parfois, la foule d’anonymes et le décorum sont réunis : ce sont les obsèques de Johnny Hallyday, occasion d’un discours présidentiel aux pieds de ce merveilleux temple de style antique que constitue l’église de la Madeleine. L’image a de la classe et impose le respect. Mission accomplie !

Deuxième code : Brigitte Macron

La première dame est souvent exhibée lors des sorties présidentielles. Toilettée, maquillée et parée par les grands couturiers, et sans doute aussi gavée de boissons énergisantes, elle semble vivre sa vie comme un rêve glamour télescopant la réalité. Il est vrai, Brigitte Macron a déclaré que sans Emmanuel, elle serait passée à côté de sa vie. Qu’est ce que sa vie ? Une déambulation perpétuelle et incessante face aux caméras en faisant croire aux Français qu’elle possède la plus grande garde-robe du monde et qu’il est naturel de ne jamais porter deux fois la même tenue. C’est donc sans le moindre soupçon du ridicule, que nous voyons Brigitte Macron suivre son époux toujours tirée à quatre épingles et dans des toilettes nouvelles. Il s’agit de se détacher de la réalité du commun des mortels pour lui offrir le spectacle visuel d’une première dame sans cesse rajeunie et embellie par des tenues parfaites à usage unique. A l’exception de la reine Elisabeth II, qui n’a jamais porté deux fois le même chapeau, de quelques étourdies réduites au rang de faire valoir par leur milliardaire de mari ou de mannequins faisant de la publicité pour un couturier,  je ne vois pas d’autres exemples de femme en tel renouvellement incessant de tenue vestimentaire. Quand on y songe, la manière dont se montre Mme Macron est ridicule dans la durée, car dans la durée on met les choses en perspective, on commence à réfléchir et on se dit que tout cela est bien calculé et somme toute a le mauvais goût du parvenu mais cette manière est terriblement efficace dans l'immédiateté, car il faut reconnaître à la première dame une capacité réelle à surmonter ses défauts pour apparaître, le plus souvent, élégante. La mise en scène de la première dame est même parfois si efficace que l’on se demande, avec une légère angoisse, si au pied du sapin, on ne va pas finir par déposer une poupée Brigitte plus forte et plus glamour que la poupée Barbie. Très vite, on songe au sort du pauvre Kevin remplacé par qui vous devinez. Les petites filles de France vont devoir suivre de longues psychothérapies pour se remettre du choc en perspective.

Troisième code : une parole mêlant citations et déclarations populaires

Le verbe, c’est-à-dire la bande son de l’apparition présidentielle, est fondamental dans le dress-média-code présidentiel. Le verbe doit être à la fois abscons (Pacta sunt servanda) et populaire (Qu'est-ce que vous venez m'embrouiller). Il s’agit de préserver un équilibre parfait : une proximité ténue avec le peuple et une stature d’homme intellectuellement sans commune mesure avec la populace. Il faut avouer que la parole présidentielle, lors des discours officiels, a de l’allure et du cachet. Oui mais voilà, en parlant de cachet, on bascule vite dans les médicaments et les molécules anxiolytiques de la classe des benzodiazépines qui nous calment et nous font croire que le monde n’est fait que de bisounours. L’abus de discours présidentiel ne semble donc pas sans danger.

Dernier code : un président mobile

Le président bouge beaucoup et dort peu. Les interviews se font désormais en marchant. Le président est jeune, svelte et dynamique. Que cela soit bien entendu, la France de papy c’est fini. Force est de constater que le message passe bien au point que les précédents présidents nous paraissent aussi souples et pimpants que les effigies du musée Grévin.

En conclusion :

Ce dress-média-code présidentiel est typique d’un président de la société du spectacle. Il faut s’imposer sur les écrans et marquer la rétine citoyenne. Les apparitions présidentielles doivent être punchy, flashy, télévisuelles et mémorables. Peu importe les actes, les résultats, les idéologies sous-jacentes aux choix politiques, les intérêts servis et desservis, les incohérences, les flous, les contradictions, les déçus, les gagnants, les utopies, les factures et les renoncements à venir, les plaies à recoudre ou à ouvrir, les milliards dépensés… Seule compte l’image présidentielle qui hantera les cerveaux et qui, comme une injonction incessante, tentera de convaincre les Français que l’homme providentiel est enfin au sommet de l’Etat.

L’année 2017 se termine comme on vide un verre de boisson au gingembre, curcuma, citron et miel. On est fouetté par le cocktail et impatient de vivre la suite. Emmanuel Macron nous en met plein les yeux. Tout pétille et on se demande, dans le fond, si la vie n’est pas comme un dessin animé de Disney : des couleurs chatoyantes, des étoiles de partout, des beaux habits, une fin heureuse et le tout, sans le moindre soupçon de vision politique. La présidence Macron emprunte de plus en plus les caractéristiques d’un blockbuster alors que beaucoup auraient préféré une production indépendante, originale et porteuse de sens et de message.

Bonnes fêtes !

Régis DESMARAIS

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.