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Billet de blog 21 mars 2017

Un débat de "mise en jambe" entre les candidats

Le premier grand débat de la présidentielle 2017 aura été l'occasion pour les candidats de se "mettre en jambe". La tonalité du débat aura été pacifique et presque timide. La forme et le fond des interventions auront toutefois été riches d'information sur les candidats pour qui sait écouter et observer. Incontestablement, on a hâte de les retrouver plus aguerris sur un plateau.

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Enfin, ce débat tant attendu est arrivé ! Hier sur le plateau de TF1, les 5 principaux candidats dans la course présidentielle ont été interrogés sur leur projet et les enjeux pour la France selon des thématiques précises (la retraite, la politique internationale, le chômage etc…). De ce débat, on retiendra la forme et le fond et l’impression générale d’un début de partie où chacun en a profité pour prendre ses marques dans cet exercice particulier et périlleux. Une "mise en jambe" en quelque sorte dont profiteront les prochains débats.

Question de forme, on a très vite identifié deux groupes : d’un côté, les habitués de l’arène politique et, de l’autre, les "jeunes nouveaux" qui font leurs armes devant les Français. Côté "jeunes nouveaux", deux styles différents : celui de Benoit Hamon, percutant, précis et argumenté et celui d'Emmanuel Macron, plus hésitant, plus posé, souvent moins argumenté et moins précis. Côté des anciens : Marine Le Pen qui, telle une Arlette Laguiller du passé, entonne des refrains et couplets tant de fois répétés qu’ils en deviennent des éléments consubstantiels au personnage. Marine Le Pen semble parfois avoir quelques difficultés à prononcer de façon intelligible certains mots. Elle aura vécu deux débats en un seul : une première partie presque en retrait et une seconde partie plus punchie où elle n’hésitera pas à mettre en défaut (ou essayer de mettre en défaut) ses contradicteurs et notamment M. Macron.

Jean-Luc Mélenchon avait la posture du professeur qui écoute « physiquement » les autres (mouvements de tête, regards appuyés, multiples expressions du visage), qui prends des notes et se montre toujours direct et percutant dans ses propos.

François Fillon avait le rôle du sage. Très à l’écoute des autres débatteurs, il n’a pas hésité à intervenir pour signaler le caractère incongru ou erroné de telle ou telle proposition. Toujours précis dans son argumentation et dans les chiffres, il ne s’en est pas laissé compter, et visiblement, le poids des affaires n’a pas pesé sur ses épaules. Concernant ces affaires, il convient de noter la classe des candidats : jamais le débat n’a été amené sur ce terrain ,et c’est bien vu, car seules comptaient les propositions pour la France.

Question fond, on ne peut éviter de séparer M. Macron des autres candidats. C’est Marine Le Pen, qui sans détours et avec insistance, dira haut et fort, ce que tout le monde semble penser : M. Macron tient de belles paroles mais il brasse beaucoup de vent. C’est incontestablement le problème du candidat Macron : la forme est bonne et même idéale pour envisager une carrière d’animateur télé mais le fond est souvent, trop souvent absent. C’est bien pour ça que la presse trouve que M. Macron a fait une belle prestation : le candidat maîtrise l’art oratoire. M. Macron parle beaucoup mais au final on se demande ce qu’il voulait dire et désigner. Les paroles sont belles mais elles ont la beauté de surface des papiers peints. Toutefois, dans une époque où la forme prime sur le fond, M. Macron dispose là d’un avantage comparatif en sa faveur. Ajoutons à cela, une pression très forte sur ses épaules et parfois mal gérée qui lui donnera souvent un côté hésitant et cherchant ses mots, ce qui est assez inattendu à ce niveau de débat. Du reste, M. Macron sera le seul à trébucher dans ses propos conclusifs. Symbole sombre et prémonitoire ? C’est sur le mot « France » que le candidat Macron a trébuché.

Les autres candidats, incontestablement maîtrisent leur sujet. Une chose remarquable surprend celui qui n’y prend pas garde : Mme Le Pen n’est plus perçue comme la candidate d’un parti aux relents fascistes. C’est du passé. Désormais, la candidate du Front National est aux yeux des autres candidats la représentante d’un parti populiste. C’est moins inquiétant que le fascisme et en conséquence, on ne s’étonnera pas, au cours du débat, de trouver des points d’accord entre Mme Le Pen et M. Mélenchon. M. Hamon lui-même ne trouvera rien à redire à beaucoup de formules de Mme Le Pen dont très souvent les propos reprennent des tonalités dites de gauche et de défense des travailleurs et des plus faibles. C’est une évolution notable et l’inscription définitive du parti de Mme Le Pen dans le paysage politique. Mme Le Pen est dans sa logique du repli national et de la préférence nationale. C’est court mais au moins elle maîtrise sa rhétorique.

M. Hamon maîtrise son discours et ses propositions même s’il peine à justifier le caractère réalisable de son revenu universel, même s’il semble avoir des marottes répétitives tels les « perturbateurs endocriniens » et même, si au niveau des relations internationales, il fait preuve d’amateurisme. Cet amateurisme et un certain manque de culture du candidat Hamon auront trouvé leur point d’orgue avec l’intervention de M. Mélenchon sur la nécessité de redéfinir certaines frontières. Incrédulité de M. Hamon qui demandera des précisions sur cette question ; position de poisson rouge dans son bocal pour M. Macron et, à la surprise du leader de la France insoumise, seul M. Fillon aura compris cette question des frontières. Visiblement M. Fillon et M. Mélenchon n’ont pas oublié que les problèmes géopolitiques présents sont en partie les héritages des anciens empires européens et des anciens empires coloniaux.

M. Mélenchon  sait se montrer convainquant et n’hésite pas à pointer du doigt les contradictions du système. Sur ce point, sa dénonciation de Lafarge aura été un sommet de prise de position politique non consensuelle mais oh combien frappée du bon sens. M. Mélenchon dit avoir chiffré son programme et financé ses propositions. Sur ce point, M. Macron se fera plus discret.

M. Fillon fera preuve de pragmatisme et de réalisme tant sur le plan des propositions économiques que sur le plan des relations internationales. Sur bien des points, son analyse du monde a des vertus non belliqueuses et n’ignore pas que les intérêts de la France ne sont pas forcément ceux des Etats-Unis. M. Fillon est apparu dans ce débat comme le candidat qui a murement réfléchi son programme et qui a une connaissance réelle du monde. Sur de nombreux points (l’investissement, l’Europe), M. Macron avouera qu’il partage totalement la position de M. Fillon.

La forme et le fond auront donné de précieuses indications aux électeurs sur les candidats. Ce débat aura enfin recadré les choses : place aux problèmes de la France.  Evidemment, on pourra s’interroger sur la pertinence de n’avoir pas invité les six autres candidats à cette élection. Pour le contenu et la clarté du débat, on peut comprendre ce choix. Du point de vue démocratique, on est moins satisfait. François Fillon a dès le début de ce débat rappelé que l’absence des autres candidats est un problème et soulève des questions sur notre approche de la démocratie. François Fillon ressort bien de ce débat comme le sage de cette campagne électorale.

Régis DESMARAIS

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