En juin, remettre les pendules à l'heure !

C'est reparti pour un tour, ou plutôt deux tours. En juin, les législatives et dès le mois de mai, le chant des sondages nous disant que "La République en marche" va investir le palais Bourbon. Ah oui ? Et les Français dans tout ça ? N'oublions pas que la majorité des Français n'a pas voulu des marcheurs. Cette majorité pourrait bien donner une majorité parlementaire opposée au président.

La France est de nouveau en campagne électorale. Comme il se doit, les vieilles recettes, dès lors qu’elles ont fait leur preuve, sont de nouveau mobilisées en cuisine pour rassasier les électeurs. De nouveau, des sondages bienvenus nous disent que les Français vont donner une majorité à la « Team Macron ». Les citoyens avertis savent désormais décrypter le message : les sondages, et ceux qui les commandent et les diffusent, nous disent très clairement pour qui il faut voter ! C’est très clair, Français vous devez voter pour les candidats de la « République en marche » car vous devez donner une majorité parlementaire à M. Macron, et surtout, vous devez être cohérents avec le vote de la présidentielle. Par ailleurs, chers Français, il ne vous échappe pas que la majorité d’entre vous souhaite donner cette majorité au président sorti de presque nulle part. Vous ne pensez pas faire n’importe quoi et vous désolidariser de la nation en des temps si particulièrement cruels, anxiogènes et dangereux ?

Voici en quelques lignes, ou plutôt éléments de langage, le kit « manipulation des votes et des pensées » largement diffusé et utilisé depuis quelques temps. Pourquoi s’en priver ? Cela marche bien et c’est si pratique de conduire le troupeau la où on souhaite le voir paître.

Il faut donc rappeler aux Français que si trop d’individus méprisent la démocratie en essayant de faire croire que tout le monde veut du Macron dans toutes les pièces de la maison France, il nous reste les institutions et notre Constitution. A ce titre, le régime politique de la France repose sur un pouvoir exécutif  (Macron, Philippe and Co) et un pouvoir législatif (Assemblée Nationale et Sénat). Ces deux pouvoirs sont là pour se contenir et s’équilibrer. Vouloir à tout prix faire croire aux Français que le parti disposant du pouvoir exécutif doit aussi disposer du pouvoir législatif est une entourloupe indigne. Au contraire, il est bon que la majorité présidentielle et la majorité parlementaire ne soit pas détenues par le même parti dès lors que ce pouvoir présidentiel représente somme toute peu de Françaiset est le résultat d’un choix par défaut. Rappelons que M. Macron doit sa place Elyséenne à un nombre réduit de Français, à la conjoncture heureuse d’un assassinat politiquede son plus dangereux opposant et à une confrontation avec l’extrême droite au second tour de l’élection présidentielle. En clair, si M. Macron a été élu ce n’est pas en raison d’une ferveur des Français à son égard et d’une adhésion du peuple à son programme. Les élections  législatives sont donc des élections (et les seules du quinquennat) susceptibles de refléter enfin ce que pensent et ce que souhaitent les Français pour le pays.

Le programme de M. Macron, et cela a été largement discuté, est un programme dangereux en bien des points pour le pays et pour les Français. Ce danger ne vient pas de la volonté de réformer le pays mais des choix des réformes envisagées. Pour M. Macron, la France doit entrer dans une ère de dérégulation et de souplesse maximum. Pour M. Macron, la fiscalité doit accentuer sa pression via la CSG, impôt injuste qui va même jusqu’à taxer des revenus non perçus. Pour M. Macron, le patrimoine immobilier est improductif et doit être taxé encore plus. Pour M. Macron, la politique étrangère de la France doit se calquer sur celle de l’allié américain et cette politique ne propose guère de solutions pour le moyen orient si meurtri dès lors notamment qu’elle épouse les lignes incritiquables de l’Etat fort de cette région qui préfère ériger des murs et ne pas construire de ponts avec ses voisins.

Alors des critiques fusent sur les modifications apportées par « Les Républicains » au programme soutenu par leur candidat à la présidentielle. Luc Ferry, l’une des voix les plus audibles de la droite française, s’offusque de ce revirement et de « la désolante reculade des Républicains sur le programme ». La critique est pertinente mais est-elle entièrement fondée au regard des circonstances politiques qui ont conduit « Les Républicains » à revoir le programme de François Fillon ?  La réponse est sans doute négative. Le choc de l’échec à la présidentielle et la violence des attaques contre le candidat de la droite mais aussi sur certains contenus de son programme (diminuer sur 5 ans les effectifs de la fonction publique de 500 000 agents, la réécriture de la loi Taubira sur le mariage pour tous, une économie de 100 milliards d'euros sur 5 ans sur les dépenses publiques, mettre fin aux 35 heures comme durée légale du travail, augmenter de la TVA de 2 points, de 20 à 22%, reculer l'âge légal de départ à la retraite à 65 ans ou mettre en place la dégressivité des indemnités chômage et les plafonner à 75 %) aura été sans précédent dans une campagne électorale. Il est clair que « Les Républicains » ne pouvaient pas ignorer le fait que les Français n’ont pas choisi leur candidat et son programme même si ce choix a été extraordinairement influencé par les affaires. Il est tout aussi clair que « Les Républicains » ne pouvaient pas ignorer le fait que plus de 20% des suffrages exprimés au 1er tour de l’élection présidentielle se sont portés sur le programme de la droite. L’équation est donc complexe : il faut tenir compte des uns et des autres. Cela ne suffit pas. Il faut aussi tenir compte des besoins du pays et notre pays a un besoin urgent de se réformer en privilégiant ses intérêts. Alors, tout est question de mesure.

Le programme soutenu par François Baroin est-il à ce point indigne du programme soutenu par François Fillon ? Je ne le crois pas. Certes, il y a eu des revirements mais même avec ces revirements, le programme des « Républicains » privilégie les intérêts de la France et des Français alors que celui de M. Macron conduit à fondre la France dans un magma anglo-saxon et à défendre des intérêts qui ne sont pas forcément ceux du pays mais plutôt ceux de la finance. La situation est identique à celle  du second tour de l’élection présidentielle : entre deux maux, il faut choisir le moindre mal et dans ce cas, le choix est clairement en défaveur de la « République en marche » car, ne l’oublions pas, la « République en marche » fonce dans le mur. Et puis, il y a aussi un certain plaisir à remettre les pendules à l’heure. L’élection présidentielle s’est déroulée dans de très mauvaises conditions  et beaucoup de Français se sont sentis spoliés par le résultat de cette élection. Les élections législatives sont la dernière occasion du quinquennat pour redresser cette situation et afficher clairement ses choix pour le pays.

Tous les Français qui ne se reconnaissent pas dans les résultats de l’élection présidentielle doivent se saisir des élections législatives pour faire entendre leur voix. Après ce sera trop tard. Choisir une majorité parlementaire opposée à la majorité présidentielle est un choix démocratique, rendu possible par nos institutions et la preuve de la vitalité d’une démocratie qui retranscrit dans ses institutions la complexité de nos sociétés. Une chose est sûre et certaine, après les élections législatives, nous partons pour cinq années de gestion de la France par les majorités parlementaire et présidentielle. Ces deux majorités peuvent se confondre dans leur couleur ou pas mais, dans tous les cas, la légitimité du Parlement sera réelle et tout le monde devra retrousser ses manches pour faire avancer le pays !

En juin prochain, les électeurs qui ne se reconnaissent pas dans le projet politique soutenu par M. Macron doivent impérativement voter pour un candidat autre que celui de « la République en marche ». C’est la dernière occasion de s’exprimer de façon utile au cours de ce quinquennat. Contrairement aux sirènes des sondages, rien n’est joué et tout reste à faire pour le pays.

Régis DESMARAIS

 

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