Sexe politiquement correct ou égalité des sexes ?

Le combat pour l'égalité hommes/femmes est sur la place publique et il faut s'en réjouir. La domination passant aussi par le sexe plusieurs femmes ont porté plainte récemment contre leurs agresseurs présumés. Sans préjuger des suites judiciaires de ces plaintes, c'est leur traitement politico-médiatique qui interroge.

Fragonard - le verrou - 1780 Fragonard - le verrou - 1780
Il est peu de domaines où nous disposons d'une totale liberté et le sexe en fait partie.

A l'abri des regards (le plus souvent !) nous faisons ce que nous voulons entre adultes consentants. Ainsi, telle pratique plébiscitée par certains (et certaines) sera jugée violente ou dégradante par d'autres. 

Des mots, des gestes, qui n'ont pas leur place dans notre vie sociale, nous nous les autorisons dans la recherche d'un plaisir partagé. C'est notre jardin secret.

Or à l'occasion des plaintes récentes que constatons-nous ?

Des media unanimes, avec force détails, nous dévoilent les pratiques sexuelles de Tariq Ramadan qui aurait imposé à plusieurs plaignantes dans différents hôtels : fellations, sodomies, propos grossiers, etc ... 

Certains s'interrogent même pour savoir si ces pratiques sont compatibles avec sa religion !

La Justice décidera s'il s'agit là de viols ou si les femmes concernées étaient consentantes. Mais en attendant des questions se posent. Car ce qui constitue le viol c'est l'absence de consentement, pas le type de pratiques sexuelles !

Or c'est surtout de ça qu'on nous parle.

Et le citoyen lambda va peut-être passer en revue ses relations avec ses partenaires passées et présentes. Est-il toujours resté dans les normes ? Une rupture brutale ou la fréquentation de professionnelles du sexe ne risquent-t-elles pas de le voir traîné devant les tribunaux et ses plaisirs d'alcôve étalés au grand jour ?

C'est que les risques sont grands. Y compris celui d'être privé de liberté en attente d'un jugement. Sauf si vous êtes un ancien ministre comme Georges Tron. Dans ce cas les poursuites pour viol ne semblent pas justifier la détention provisoire. Mais peut-être que le fétichisme des pieds constitue une circonstance atténuante étant donnée sa rareté !

Pour un ministre actuel, Gérald Darmanin, c'est encore mieux : malgré les plaintes, soutien total du gouvernement et classement sans suite par le Parquet. Une des femmes l'accusant de viol a du porter plainte à nouveau ! 

Il faut dire que cette affaire comporte un élément embarrassant : le ministre a-t-il joué de son influence pour obtenir des faveurs sexuelles ? En droit pénal, cette situation, si elle était avérée, pourrait relever du trafic d’influence. 

Rappelons que le même gouvernement s'est séparé de plusieurs ministres soupçonnés de favoritisme ou d'avoir eu recours à des emplois fictifs (Richard Ferrand, François Bayrou, Marielle de Sarnez et Sylvie Goulard). 

Les soupçons de viols ou de trafic d'influence, eux, ne justifient apparemment pas le départ d'un ministre. Dont acte !

Venons-en maintenant à la plainte contre Frédéric Haziza, moins lourde puisqu'il ne s'agit pas de viol mais d'agression sexuelle, et tout à fait emblématique de la place des femmes, des humiliations qu'elles doivent subir, en particulier sur leur lieu de travail.

Le présentateur de la Chaîne Parlementaire (Service Public !) est accusé de gestes, allusions déplacées et d'avoir bloqué le passage d'une collègue pour lui toucher la fesse. 

Il a d'abord nié les faits, puis les a reconnus et n'a été sanctionné par son employeur que par une suspension d'antenne avec salaire et a finalement retrouvé son poste. Et ce malgré la motion de défiance des journalistes de la chaîne (25 voix sur 26).

Conclusion : c'est la journaliste ayant porté plainte qui a démissionné !

A noter que lorsque l'affaire a été évoquée au Conseil d'Administration de LCP, le député François de Rugy parlera de "rumeurs" à faire taire. Edifiant ! 

Saluons le courage de toutes ces femmes qui dénoncent les agresseurs, les machos, ceux qui se croient tout permis au nom du seul statut de "dominant" qu'ils se sont eux-mêmes attribué. 

Exigeons l'égalité et le respect que ce soit au travail, au foyer, dans la rue ... partout ! 

Mais aussi l'égalité de traitement pour les agresseurs, qu'ils soient du sérail ou pas.  

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