Identité singulière et identités collectives

Qui suis-je ? Comment puis-je me définir ? A qui puis-je m’identifier, à quel groupe ? Sur le chemin de ce questionnement, en partant en quête du « connais-toi toi même » socratique, nous rencontrons d'emblée, aujourd'hui, les mouvements communautaires, qui viennent tarir la recherche, en figeant l’identité au déterminisme de la naissance

Qui suis-je ? Comment puis-je me définir ? A qui puis-je m’identifier, à quel groupe ? Sur le chemin de ce questionnement, en partant en quête du « connais-toi toi même » socratique, nous rencontrons d'emblée, aujourd'hui, les mouvements communautaires, qui viennent tarir la recherche, en figeant l’identité au déterminisme de la naissance ! Se trouve ainsi exclu, tout espace de liberté individuelle concernant le choix des modèles identificatoires, le choix des actes, le choix du devenir …


Pour éviter ce piège, et éviter cet enfermement, il nous faut opposer l'identité singulière aux identités collectives.

 

 

 

Les identités collectives : de l'ethno-differentialisme au choc des civilisations

Contre ce qui est vécu comme « la tyrannie de l'universel » s'est déployé dans les années 70, sous l'égide de la « nouvelle droite » (cf : Alain de Benoist, Nous et les autres. Problématique de l'identité, Krisis, Paris, 2006), au nom du droit à la différence, un ethno-différentialisme, qui prétend relever l'incompatibilité des communautés humaines à vivre ensemble, en raison de leur histoire, de leurs traditions, de leurs modes de vie et de leurs religions. C'est sur l'angoisse d'une dilution des identités collectives dans un « mondialisme asceptisant les différences » que se déploie la théorisation du communautarisme.

 

Dans le prolongement de ce différentialisme, également basée sur la critique de la « civilisation universelle », apparaît la théorie du très libéral Samuel Huntington (Le Choc des Civilisations, Éditions Odile Jacob, Paris, 2007). L'auteur décrit un réveil des identités collectives, non plus par le biais de la nation ou de l'ethnie, mais à l'échelle des civilisations qui ont toutes pour origine une grande religion, fondatrice d'un socle moral et politique. Le choc civilisationnel, affirme Huntington, débouche inéluctablement sur des conflits

 

 

 

L'identité subjective

Comme l'identité collective (nation, ethnie, civilisation) ne constitue pas la totalité de l'identité d'un sujet, mais n'en constitue qu'un des éléments parmi d'autres, elle est forcément réductrice si elle prétend définir, à elle seule, l'identité du sujet... De là vient ma colère lorsque les généralisations hâtives tentent de réduire l’être humain à une seule caractéristique pour théoriser les clichés : « les hommes, les femmes, les vieux, les jeunes, les enseignants, les politiques, les banquiers, les homosexuels, les bretons, les corses, les anglais, les travailleurs, les oisifs… »… Mon identité se compose d'une configuration d'éléments disparates. Elle est mouvante, évolutive et malgré tout, à travers elle, je peux construire le sentiment d'une continuité d'existence. Certes, les ethnies, la nations, les civilisations existent…Mais réduire l’identité d'un homme à sonappartenance ethnique, quelle aberration. Cela implique une philosophie de la négation de la liberté dans la construction identitaire

 

 

 

« Je suis ce que je fais de ce que les autres ont fait de moi », dit Sartre (L’existentialisme est un humanisme, Paris, Editions Nagel, 1965)

L’identité est une synthèse du moi soumis à différentes aspirations et temporalités, à différentes stratégies et relations sociales. Il s'agit d'être moi-même et/ou d'advenir à moi-même, en tant que sujet acteur de ma propre vie. L’identité est un processus, à la fois ancré dans une temporalité passée, dans une coordination des conduites actuelles et dans une perspective légitimée (projet, idéaux, valeurs).Tous ces éléments de définition renvoient pour l'essentiel à une dimension individuelle de l'identité, protéiforme.

 

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