Les conditions de l'éducation

Après avoir interrogé le statut que l'enseignant donnait lui-même au savoir, à la vérité, et à la quête, pour tenter de définir sa position dans l'acte d'enseigner, il convient de nous intéresser à présent à ce que la société véhicule comme « valeurs » pour permettre la transmission. A ce sujet, un petit livre, « Conditions de l'éducation », paru chez Stock à l'automne dernier, et passé pratiquement inaperçu, pourrait bien être fondamental pour introduire le débat sur l'éducation et le malaise de l'école. Les auteurs constatent que le socle des conditions anciennes de l'éducation, malmenées par l'évolution de nos sociétés, se sont effondrées.

Après avoir interrogé le statut que l'enseignant donnait lui-même au savoir, à la vérité, et à la quête, pour tenter de définir sa position dans l'acte d'enseigner, il convient de nous intéresser à présent à ce que la société véhicule comme « valeurs » pour permettre la transmission. A ce sujet, un petit livre, « Conditions de l'éducation », paru chez Stock à l'automne dernier, et passé pratiquement inaperçu, pourrait bien être fondamental pour introduire le débat sur l'éducation et le malaise de l'école. Les auteurs constatent que le socle des conditions anciennes de l'éducation, malmenées par l'évolution de nos sociétés, se sont effondrées.

 

 

Nous sortons ici du débat Finkielkraut / Meirieu (comment transmettre ?), pour envisager les préalables, c'est-à-dire, les conditions nécessaires à l'éducation, mises à mal par l'évolution de la société. Hannah Arendt, dont peuvent se réclamer, à juste titre, le philosophe et le pédagogue, avait anticipé au début des années 60, les dangers pour l'éducation, des valeurs inhérentes à la société de consommation qui se profilait. Où en sommes-nous aujourd'hui ?

L'analyse proposée par Marie Claude Blais, Marcel Gauchet et Dominique Ottavi, se développe sur quatre fronts : les relations de l'école avec la famille, le sens des savoirs qu'elle dispense, l'autorité dont elle a besoin, et sa place dans la société.

 

 

 

La relation famille / école

Il était tenu pour acquis que la famille et l'école tiraient dans la même direction et se partageaient les aspects d'une même tâche. Cette alliance apparemment naturelle s'est rompue. Les évolutions de la famille la pousse à se décharger de son ancien rôle de socialisation, sur l'école, tout en l'incitant à contester celle-ci et ses règles institutionnelles au nom de ses propres valeurs affectives.

Les parents d'aujourd'hui, pourtant très concernés par la réussite scolaire de leur enfant, coopèrent difficilement avec l'école et ne semblent pas adhérer à son projet. Leur attitude est le plus souvent défensive, inquiète ou revendicative. L'incompréhension réciproque confine parfois à la discorde. Les enquêtes se multiplient à ce sujet (« Les parents et l'école », lettre d'information de l'INRP, n°22, novembre 2006, http//www.inrp.fr/vst/LettreVST/novembre2006.htm )

Ce divorce structurel, à la fois surcharge, et fragilise l'institution scolaire, en lui retirant l'un de ses piliers les plus indispensables.

 

 

 

Le sens des savoirs

La valeur intrinsèque des savoirs dispensés à l'école et l'évidence de la nécessité de les acquérir semblaient inébranlables ; le pédagogue ne cherchant qu'à en faciliter l'accès. Or, force est de constater que cette évidence s'est défaite. Elle était en fait le produit d'une configuration historique dont les bases se sont effritées. La culture et la connaissance ont perdu la place qui était traditionnellement la leur dans l'idée de l'homme et dans les idéaux collectifs, et la fonction nouvelle qui leur est dévolue ne suscite plus la même appétence. Il ne suffit plus de transmettre quand les raisons d'apprendre sont le problème.

 

 

 

 

La fonction de l'autorité

La question de l'autorité se révèle plus compliquée que la dénonciation de ses abus ne le laissait croire de loin. On a confondu l'autoritarisme dans l'école, qu'il n'y a aucun lieu de regretter, avec l'autorité de l'école, dont elle ne peut se passer. Si le règne de l'obligation sans justification est heureusement révolu, l'exercice de l'éducation suppose l'appui d'une institution reconnue par la collectivité pour cette mission.

 

 

 

 

L'articulation société /école

Il y a toutes les raisons de penser que les conditions de vie de l'enfant dans la société de consommation, industrielle et urbaine le privent de l'expérience nécessaire à ses futurs apprentissages. Elles tendent à lui enlever les contacts avec les adultes et les occasions de s'exercer à la vie sociale, qui sont les ressorts indispensables de ses acquisitions. Les conditions d'existence que nos sociétés ménagent à l'enfant paraissent aller directement à l'encontre des conditions de possibilité de l'éducation. Que dire alors des « valeurs », véhiculées par la société néo-libérale ?

 

 

 

Un appel à la reconstruction

Les auteurs nous invitent à reconstruire, sur chacun de ces fronts, par la réflexion et la volonté collectives, les bases qui permettent l'exercice de l'éducation.. L'urgence est... de réfléchir...

 

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