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Billet de blog 6 mai 2009

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L'universel démocratique : rêve totalitaire de l'occident, ou germe de la culture de la mise en question de soi-même ?

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Dans la continuité des débats, qui ont suivi la conférence de Genève sur les droits de l'homme (Durban II) où se sont affrontés sur les blogs, les partisans de l'universel démocratique et les autres, pour lesquels cet universel, n'est qu'une une arme au service de la domination colonialiste de l'occident, il convient de revenir sur le n°13 de la revue du MAUSS (mouvement anti-utilitariste en sciences sociale), publié en 1999 aux éditions La découverte sous le titre : « Le retour de l’ethnocentrisme. Purification ethnique versus universalisme cannibale ». Ce billet s'inspire de l'analyse de Kisito Owona, enseignant en philosophie, publiée sur le site du CAIRN (chercher, repérer, avancer), concernant le n° de la revue centré sur le débat entre universalisme et relativisme dans le contexte du retour de l’ethnocentrisme occidental et anti-occidental <!--break-->

Le rêve totalitaire de l'occident

La plupart des « maussiens », au fondement de la revue dont le nom évoque le grand ethnologue Marcel Mauss, dénoncent les illusions de l’universel démocratique dit occidental, et exposent l'idée selon laquelle cet universel démocratique ne peut faire l'économie d'un « ethnocentrisme universaliste que les autres peuples (du Sud et de l’Est), percevraient comme d’autant plus dévastateur qu’il consisterait en une « négation officielle radicale de toute pertinence des différences culturelles » et, qu'il serait ainsi l'instrument, d'une mondialisation « uniformisante », instituant la domination économique, financière, culturelle et militaire, de type colonial.

Raimondo Panikkar, théologien et philosophe, s'interroge ainsi (p.211) : « Les droits de l’homme ne seraient-ils pas tout simplement un instrument de domination, une arme politique au service des grandes puissances ? ...Son introduction au sein d’autres cultures, même si elle est nécessaire, risque fort d’apparaître, une fois de plus, comme une continuation du syndrome colonial, procédant de la croyance que les idées forgées par une culture parmi d’autres [… ] ont, sinon le monopole, du moins le privilège de posséder une valeur universelle qui leur donne qualité pour être répandues sur toute la terre ».

Le germe de la culture de la mise en question de soi-même

A ce trait porté contre la prétention occidentale à monopoliser « la culture légitime » et à vouloir l’imposer sous ce prétexte, comme une norme universaliste, ou comme un correcteur paradigmatique des autres cultures, en continuant sa domination sur le monde, Cornelius Castoriadis, dont le nom est associé avec celui de Claude Lefort au groupe « Socialisme ou barbarie », répond dans la même revue ethnologique, par un article intitulé, « La relativité du relativisme. Débat avec le MAUSS ». Je cite : « Je ne considère pas que la culture grecque ou, bien entendu, la culture occidentale, même dans ce qu’elles ont de meilleur, sont un modèle pour le reste de l’humanité ou pour nous-mêmes dans l’avenir. Je dis simplement que là, il y a le début de quelque chose, il y a le germe de quelque chose... Et ce germe, c’est la mise en question de soi-même. Si la référence à la Grèce antique ou à l’Occident peut servir à quelque chose, ce n’est qu’à cela. Le siècle des Lumières n’est-il pas l’âge d’or de la mise en question et de la contestation ? L’avantage aujourd’hui de cette culture occidentale est qu’il est possible de remettre en question les institutions existantes et de contester les décisions du pouvoir sans être estampillé immédiatement comme un suppôt de Satan, un hérétique, un traître à la tribu, ou à la société... ».

Les tenants de l'éthnologisme pourraient-ils expliquer, en quoi le fait de s’approprier et de sanctifier cette « culture de la mise en question de soi-même », signerait la domination coloniale de l'occident ? L’universalisme vu comme contenu particulier propre à l’ethnie occidentale, ne serait-elle pas une voie politique sans issue ?

Le philosophecamerounais Lukas Sosoé s'exprime ainsi : « Empiriquement, il faut reconnaître que seules les cultures occidentales [… ] ont réussi une institutionnalisation de la critique [… ] elles sont critiques d’elles-mêmes et la plupart du temps cette critique se fait sur fond des principes des droits de l’homme, notamment de l’égalité entre les hommes au plan politique et social, ce qui constitue un puissant moteur de leur transformation continuelle endogène, mais aussi exogène » [Sosoé, 1997, p. 270].

L'universel démocratiques est-il occidental ?

On tend à faire remonter les prémices des droits de l'homme et de l'universel démocratique au code d'Hammurabi et aux cylindre du roi Cyrus. Mais à en croire l'historien malien Lansiné Kaba, on trouve aussi dans la tradition africaine des fondements de la démocratie. Dans sa Lettre à un ami sur la politique et le bon usage du pouvoir, il s’emploie à démontrer que les valeurs démocratiques ne sont pas absentes de l’Afrique pré-coloniale. Ainsi, la démocratie ne serait pas une nouveauté ou une invention coloniale. Et l'historien malien regrette que les dirigeants africains contemporains ne se soient pas inspirés du modèle de gouvernement caractéristique des royaumes africains de l’ère pré-coloniale, au lieu de suivre le modèle occidental, dans ce qu'il a de pire. Les leaders africains en auraient tiré davantage parti s’ils s’étaient engagés à « adapter à leurs États les valeurs occidentales les plus compatibles avec le meilleur de la tradition africaine ». La démonstration s’appuie sur une approche historique. Ainsi des personnes qui retiennent son attention : Ibrahima Sambégou Barry et Alfa Kabiné Kaba, qui ont respectivement résisté à la tentation de l’autoritarisme au Fouta-Djallon, et aux honneurs de la royauté en Haute-Guinée. Voilà deux figures remarquables dans l’Afrique pré-coloniale, l’une en Guinée, l’autre en Haute-Guinée, qui prouvent que l’Afrique d’avant la colonisation n’est pas aussi étrangère aux règles démocratiques qu’on pourrait le croire.

Kisoto Owana souligne qu'on peut ici anticiper l’objection qu’on pourrait nous faire d’introduire un procès d’incapacité de l’Afrique à se démocratiser ou d’encenser l’Occident comme berceau de la démocratie ou lieu de son invention.

L’universalité n’est pas une uniformisation de l’humanité.

L’universalité consiste à reconnaître l’homme, comme une fin en soi, quelles que soient sa religion, son ethnie, sa culture, sa race, etc.. Et l’homme contemporain ne se définit plus par une identité unique, mais par une identité multipolaire, qui en fait du coup un être contradictoire. Comme le souligne Pierre de Senarclens dans son ouvrage La Politique internationale, Paris, A. Colin. 2000, p. 168] : « en réalité, les identités ne sont pas des faits de nature. Les individus ont des identités complexes et changeantes : ils peuvent se réclamer simultanément d’une religion, d’un pays, d’une profession, d’une famille, d’une classe sociale ou d’un groupe partageant des affinités culturelles, sans que ces différentes identités soient en conflit ».

L'inachèvement de la déclaration des droits de l'homme

Je rapporte ici la conclusion de Kisoto Owona : « Quoi qu’on en pense, la déclaration de 1948 reste et demeure un produit (mais pas un « produit fini ») né des suites de la sauvagerie et de la barbarie auxquelles les hommes se sont livrés, surtout pendant les deux dernières guerres mondiales.

Nous nous demandons d’ailleurs pourquoi les gens s’acharnent tant sur la démocratie ou le concept d’universel en les taxant de concepts occidentaux. Il y a bien d’autres concepts qui ne pourraient pas échapper à une telle considération. Prenons le cas du football. Il s’agit bien d’une invention anglaise. Aujourd’hui, le football passe pour être le concept occidental le plus universalisé, le plus mondialisé, le concept qui fait fondre les frontières linguistiques, nationales, continentales, religieuses, idéologiques. Et sans risquer de nous tromper, nous pouvons affirmer que le football n’a jamais été stigmatisé comme une invention occidentale ! »

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