Du mépris de la langue et de la culture à l'idéal totalitaire

 On connaît le mot du président sur la « Princesse de Clèves », ses écarts de langage (« casse toi, pauvre con», « si y en a qu'ça les démange... »), son usage de la confusion des concepts, celui de la manipulation de l'histoire ... Il faut voir dans cette pratique, non un simple effet de style, mais un véritable glissement vers l'idéal totalitaire

 

On connaît le mot du président sur la « Princesse de Clèves », ses écarts de langage (« casse toi, pauvre con», « si y en a qu'ça les démange... »), son usage de la confusion des concepts, celui de la manipulation de l'histoire ... Il faut voir dans cette pratique, non un simple effet de style, mais un véritable glissement vers l'idéal totalitaire

 

La culture, pourquoi faire ?

La culture est un héritage, transmis par les ancêtres...Cet héritage sert de contenant à nos représentations, qu'il s'agisse de nous-mêmes, de nos affects, ou du monde...Bien entendu cet héritage n'est pas figé, et il appartient à chaque génération de le faire évoluer, de l'enrichir, de l'adapter pour faire face aux situations nouvelles auxquelles nous sommes confrontés...et il nous appartient également de le transmettre à la génération suivante...

La culture nous aide a comprendre, à penser, à donner du sens à ce que nous vivons...Avec elle nous restons en relation avec les ancêtres que nous n'avons jamais connus...avec elle, nous avons un cadre pour échanger avec nos contemporains...avec elle nous sommes un sujet singulier en lien avec les autres...

 

Décontenancer la pensée

Le mépris de la culture chez un homme politique a un but : décontenancer la pensée (au sens de Gibello) et renvoyer les sujets singuliers au vide vertigineux du non-sens, pour les pousser vers le « tout en un », la fusion dans le « grand tout », si chère aux dictateurs.

Souvenons -nous de la phrase de Goebbels « Lorsque j'entends le mot culture, je sors mon revolver »...Souvenons-nous de la novlangue du dictateur, Big Brother, décrite par Georges Orwell... il faut donner au concept le sens de son contraire...ainsi « la liberté, c'est l'esclavage, la guerre c'est la paix, etc... »... Cette dé-construction de la langue a pour but d'anéantir son contenant pour laisser son contenu se répandre dans le grand Tout. Les mots perdent alors leur sens en entrant dans la confusion et en disant la même chose que ce qu'ils ne disent pas... Il s'agit de priver les sujets de parole en les laissant interdits. Comment peut-on alors penser, si l'on est privé des mots et de la « représentation » dont ils sont porteurs ?..Le dictateur peut alors poser sa propre pensée comme étant celle de tous, et le tour est joué...Il s'agit bien de dé-construire la langue symbolique qui reconnaît le sujet singulier pour élaborer un objet commun, avec lequel il est possible de rencontrer les autres en créant un sentiment d'appartenance commune, pour y substituer une langue diabolique, qui supprime l'altérité pour confondre dans le tout, en écrasant le sujet. Attaquer la langue et la culture peut rencontrer un certain écho chez l'homme, car il renvoie à l'ambivalence amour/haine avec laquelle il s'attache à elles.

 

La haine de la culture

La haine de la culture ne fait que traduire la blessure narcissique éprouvée dans la rencontre avec l'autre, ce semblable-différent, qui, par son existence même, renvoie au sujet « l'interdit de son propre désir de toute-puissance »...Ce désir, dont nous n'avons jamais fini de faire le deuil, qui est enfoui dans l'inconscient et qui menace à tout instant de faire retour. On voit comment notre président souffre de cet interdit, et comment le retour du refoulé s'exprime, chez lui, de manière totalement décomplexée : il veut être tout, il est à la fois l'opposition et la majorité, les ministres et les députés, les ouvriers et les milliardaires, etc...La haine de la culture est donc une haine de l'autre qui renvoie l'homme aux limites de sa puissance, et à une angoisse, décrite par Winnicott, chez le petit enfant comme « inimaginable ».

 


La haine de l'enseignant

L'enseignant est chargé de transmettre la langue et la culture. Il est forcément l'objet du mépris du pouvoir...Comment peut-il enseigner lorsque le modèle identificatoire donné par le premier personnage de l'état, est celui de l'inculte, qui parle une langue détruite ?

La résistance se joue aussi ici, sur la défense de la langue et de la culture

 

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