De l'absurde et de la manière d'y faire face

Pour reprendre des forces, souvent, lorsque le découragement affleure devant le spectacle de la vie, je reviens à Albert Camus, à l'homme, à son engagement, et à sa philosophie de l'absurde... " L’absurde, c’est la conscience toujours maintenue d’une fracture entre le monde et mon esprit ", écrit Camus. Freud dit la même chose autrement. Il parle d'une fracture entre le principe de réalité et le principe de plaisir. L'homme soumis à ses limites est porté par son rêve : il part à la quête, toujours inachevée, de l'inaccessible étoile. Voilà l'absurde.

Pour reprendre des forces, souvent, lorsque le découragement affleure devant le spectacle de la vie, je reviens à Albert Camus, à l'homme, à son engagement, et à sa philosophie de l'absurde... " L’absurde, c’est la conscience toujours maintenue d’une fracture entre le monde et mon esprit ", écrit Camus. Freud dit la même chose autrement. Il parle d'une fracture entre le principe de réalité et le principe de plaisir. L'homme soumis à ses limites est porté par son rêve : il part à la quête, toujours inachevée, de l'inaccessible étoile. Voilà l'absurde.

 

D'illusions en désillusions l'homme s'aperçoit assez vite que l'objet convoité recule comme la ligne d'horizon au fur et à mesure qu'il s'en approche. Il s'agit donc de faire face et de soutenir l'absurdité inhérente à la condition humaine, en cultivant l'humour, l'insolence, la poésie, la colère et la révolte, face à ce tragique là, qui s'impose. « Il y a un bonheur métaphysique à soutenir l'absurdité du monde. La conquête ou le jeu, l'amour innombrable, la révolte absurde, ce sont des hommages que l'homme rend à sa dignité dans une campagne où il est d'avance vaincu »... ( le Mythe de Sisyphe, 1941)...

La révolte de Camus, on le voit, ne s'inscrit pas dans l'espérance, puisque l'objet du désir est reconnu inaccessible. Mais pourquoi, ici, aurait-on besoin d'espérance ? L'espoir n'est que l'attente d'un avenir meilleur, la révolte est action. Et cette révolte en action ne s'inscrit ni dans le nihilisme, ni dans le cynisme. Pour Camus l'absurde pousse à une révolte esthétique et éthique

 

J'évoque ici, trois manières d'affronter l'absurde : dom Juan, don Quichotte et Sisyphe

 

 

 

Dom Juan, ou le festin de pierre

« S'il suffisait d'aimer, les choses seraient trop simples. Plus on aime, plus on souffre, et plus l'absurde se consolide. Ce n'est point par manque d'amour que dom Juan va de femme en femme. Il est ridicule de le représenter comme un illuminé en quête de l'amour total. » (« Mythe de Sisyphe »). Dom Juan a fait le deuil de l'amour total. Il a renoncé à cette espérance là, mais il n'est pas triste. Il jubile. Il joue, il cultive l'insolence victorieuse, il se moque des croyances et de la mort. Mais sa révolte est égoïste et cynique. Il méprise les tristes : ceux qui ignorent et qui espèrent. Et il est indifférent à la souffrance qu'il suscite. Sganarelle tente en vain de lui rappeler l'éthique, ou l'attention à l'autre. Mais l'éthique de Sganarelle est basée sur la peur de Dieu, qui ne peut avoir de prise sur la révolte absurde

 

 

Don Quichotte, le chevalier à la triste figure

Don Quichotte ne supporte pas l'absurde, cet écart entre le réel et l'objet de son désir. Alors il efface le réel et se réfugie dans l'imaginaire et la folie. La prostituée devient la Dulcinée, les moulins à vent se transforment en ennemis, et lui s'auto-proclame « chevalier errant en quête de l'inaccessible étoile ». Il pense sans doute avoir plus de chance d'atteindre l'inaccessible en se réfugiant dans l'imaginaire et en se coupant du réel. Mais il a triste figure, car au fond de lui, il est conscient de la vanité de sa folie. Sancho Panza tente en vain de le ramener à la réalité. La folie ici, est un choix désespéré pour faire face à l'absurde...

 

 

Sisyphe

Camus commence ainsi son texte sur Sisyphe : « Les dieux avaient condamné Sisyphe à rouler sans cesse un rocher jusqu'au sommet d'une montagne d'où la pierre retombait par son propre poids. Ils avaient pensé avec quelque raison qu'il n'est pas de punition plus terrible que le travail inutile et sans espoir » ...Et voici les deux dernières phrases du « mythe » : « la lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d'homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux »

Car le destin de Sisyphe n'est autre que le destin des hommes. Et le bonheur est à chercher non dans la négation de ce destin, mais dans cette manière de « bien faire l'homme », pour reprendre le mot de Montaigne, en y faisant face. Les hommes se révoltent contre la mort, contre l’injustice et tentent de se retrouver dans la seule valeur qui puisse les sauver du nihilisme, "la longue complicité des hommes aux prises avec leur destin".

 

 

Montaigne et les Stoïciens

Les stoïciens nous aident à comprendre comment Sisyphe peut être heureux en faisant face à son destin. Il y a ce qui dépend de nous et ce qui n'en dépend pas, disent-ils. Il faut nous attacher à ce qui dépend de nous. Peu importe pour l'archer que sa flèche atteigne ou non la cible (une saute de vent soudaine peut la détourner de son but). Ce qui importe à l'archer, c'est de travailler la beauté de son geste...Le but, certes oriente le geste, mais le bonheur est à chercher dans le travail du geste lui-même, pas dans le but.

Nous retrouvons aussi Montaigne, son scepticisme et son humanisme. « Vanité des vanités, tout est vanité »...car « même sur le plus beau trône du monde, on n'est jamais assis que sur son cul »

 

 

L'engagement de Camus

Cette philosophie de l'absurde conduit Camus à s'engager : En 1941, il entre dans la Résistance à l'intérieur du réseau combat, puis il devient l'âme du journal clandestin du même nom. La paix revenue, Camus dénonce la sauvagerie de la justice sommaire d'après-guerre et les massacres de Sétif (1945). Il dénonce les massacres de Madagascar « nous faisons dans ces cas-là ce que nous avons reproché aux Allemands de faire » (1947). Partout on le retrouve dans la défense de la justice et de la dignité humaine. En 1949, il lance un appel en faveur des communistes grecs condamnés à mort. En 1952, il démissionne de l'UNESCO qui admet en son sein l'Espagne franquiste. Il lance un appel pour une trêve civile en Algérie...

 

 

Pour reprendre des forces, souvent, lorsque le découragement affleure sur mon rivage devant le spectacle de la vie, je reviens à Albert Camus, à l'homme, à son engagement, et à sa philosophie de l'absurde...

 

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