Réhabilitons la pédagogie et les sciences de l'éducation...

On se souvient comment et avec quelle radicale agressivité les pédagogues, furent désignés comme uniques responsables de l'échec de l'école. La charge était sévère : les pédagogues, sous l'influence des « pédagogistes » avaient institués l'enfant-roi au sein de l'éducation nationale, puis, au nom d'une « idéologie égalitariste », ils cherchaient à détruire les élites et à niveler la société par le bas, sans distinguer entre les œuvres de culture et la médiocrité médiatique. Ils nous conduisaient vers une « école totalitaire ».

On se souvient comment et avec quelle radicale agressivité les pédagogues, furent désignés comme uniques responsables de l'échec de l'école. La charge était sévère : les pédagogues, sous l'influence des « pédagogistes » avaient institués l'enfant-roi au sein de l'éducation nationale, puis, au nom d'une « idéologie égalitariste », ils cherchaient à détruire les élites et à niveler la société par le bas, sans distinguer entre les œuvres de culture et la médiocrité médiatique. Ils nous conduisaient vers une « école totalitaire ».

 

 

L'école est perméable à l'évolution de la société

 

Face à une telle attaque de penseurs, labellisés « philosophes », soutenus par les représentants du « sens commun » et de « l'évidence », exigeant des « pédagogues » qu'ils renoncent à penser leur pratique et qu'ils tournent le dos à l'expérimentation et aux sciences de l'éducation, pour se consacrer exclusivement à la discipline à enseigner, il est utile de rappeler que l'école n'est pas étanche à l'évolution de la société.

Le délitement de la famille, de la tradition, de l’autorité, du statut du savoir, l'augmentation de la précarité, l'évolution technique et technologique, les valeurs véhiculées par la société par le truchement des modèles identificatoires mis en scène, ne sont pas le fait des pédagogues, mais constituent des éléments, non sans effets sur les élèves, avec lesquels les enseignants doivent composer.

 

 

Se confronter aux difficultés d'enseigner et d'apprendre

 

 

Au nom du « conservatisme », fleurant bon le nostalgique retour de l'école de nos arrières grands-parents (1885), argumenté comme la protection du trésor culturel, sacralisé, et intouchable, déconnecté de toute évolution, la simple exposition du savoir devant l'élève suffirait, pour qu'il y ait transmission. Il y a là comme un reste de pensée magique. Hélas ! Sur le terrain, le pédagogue se confronte vite aux difficultés d'enseigner et d'apprendre...Ce n'est pas le maître qui apprend à l'élève, c'est l'élève qui apprend du maître... Il faut donc dépasser la simple exposition du savoir pour susciter l'action de l'élève et son appropriation du savoir... Pas si simple ! Ces difficultés obligent l'enseignant à réfléchir sur sa pratique pour tenter de l'améliorer. Il étaye cette réflexion avec les sciences de l'éducation, croisement de différents champs disciplinaires (psychologie, sociologie, histoire, philosophie, didactique, etc...) susceptibles d'apporter un éclairage sur les difficultés, liées à l'expérience de la pratique..

 

 

La relation triangulaire : enseignant / savoir / élève

 

Sur le théâtre de la pédagogie, derrière les rôles distribués par l'institution, les enseignants et les élèves sont avant tout des personnes, des êtres libres, singuliers, complexes, vulnérables, confrontés à du non-savoir, à du non-maitrisable, capables de donner du sens à ce qu'ils sont en train de vivre, et susceptibles de résister ou d'organiser leur système de défense à leur manière lorsqu'ils se sentent menacés (fuite, évitement, provocation). Entièrement mobilisés dans la rencontre au sein d'une relation triangulaire (enseignant / savoir / élève), les acteurs réagissent, interagissent et inter-rétro-agissent les uns aux autres en fonction de la situation et de la position qu'ils occupent, en fonctions des représentations, qu'ils se font d'eux-mêmes, du savoir et de l'autre. Ces représentations subjectives sont liées à des affects, à l'histoire, à la culture, à la classe sociale, aux conditions de vie...

 

 

Le retour du conservatisme traditionaliste réactionnaire antidémocratique

 

 

Je distingue deux filiations au conservatisme : le conservatisme traditionaliste réactionnaire anti-révolutionnaire et antidémocratique (Joseph de Maistre), et un conservatisme humaniste (Hannah Arendt), qui s'oppose aux totalitarismes cherchant, eux, à faire apparaître « ex nihilo », un homme nouveau, déconnecté de tout savoir ancien. Les pourfendeurs du pédagogisme se réclament du conservatisme d'Hannh Arendt... au nom de la préservation du patrimone qu'ils sentent menacé. Mais en réalité que voit-on ?

Le pouvoir s'en prend aux « pédagogistes », mise en question de l'école maternelle, suppression des enseignants spécialisés des réseaux d'aides, suppression de la formation des enseignants spécialisé, rattachement des IUFM à l'université pour inscrire l'enseignement dans sa discipline et éviter la réflexion sur l'acte d'enseigner, suppression des postes d' enseignants, rejet des résultats de toutes les recherches en sciences de l'éducation...dans le même temps, s'affiche en plus haut lieu, par l'exemple, un mépris pour la culture, une destruction de la langue et l'élaboration d'une novlangue : « les conservateurs ce sont les progressistes, nous les conservateurs, nous sommes les vrais progressistes » !

Il ne s'agissait que de mettre en question la « démocratisation de l'enseignement » en prônant l'existence d'une oligarchie cultivée, susceptible de mieux écraser le peuple, méprisé, laissé inculte, abandonné dans la confusion.

 

 

 

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